20/09/2009

Viviane Teitelbaum's survey about anti-Semitism in Belgium

2.1 Analysis

 

Teitelbaum Viviane, Salomon, vous êtes juif !?, L’antisémitisme en Belgique du Moyen-Âge à Internet, éd. Luc Pire, 2008

 

 

(p.11) Pourquoi ai-je pensé à ce petit oiseau ce jour de l'automne 2004 devant la cinquantaine de personnes venues m'écouter en vue des élections régionales ? Parce que dans le regard d'un homme qui, posément, s'est adressé à moi, j'ai senti un frémissement, un frisson, qui m'ont alertée sur les dangers qui nous menacent, invi­sibles, inodores. Cet homme âgé a écouté mon exposé ; son regard ne me quittait pas. Quand les uns et les autres ont posé des questions sur les partis politiques, comment voter, le climat ambiant, mes objectifs, je répondais avec sincérité, axant mon travail sur la pédagogie et la jeunesse. Alors, cet homme s'est levé. Calme­ment, il m'a dit d'un ton las :

« C'est bien de travailler pour la jeunesse, pour l'avenir. Moi je suis un survivant des camps...»

Il a remonté la manche de sa chemise et a montré le numéro tatoué sur son bras. Puis, il a relevé la tête et m'a dit :

«L'été quand il fait chaud, je ne peux plus aujourd'hui retrousser mes manches, surtout quand je suis dans les transports en commun. J'ai chaud mais je garde les bras couverts... »

(p.12) Je l'ai invité à poursuivre.

«L'été dernier, dans le tram, des jeunes gens m'ont agressé verbalement. Ils se sont moqués de mon numéro tatoué, ils m'ont menacé et ils m'ont dit des choses horribles... »

Le silence s'est installé. Il reprend, me regarde droit dans les yeux.

«C'est bien de vous occuper de la jeunesse, et de toutes ces choses, mais pro­mettez-moi de travailler pour que cela ne recommence pas. »

La promesse, je l'ai faite et je vais la tenir.

Pour cet homme dont je ne connais pas le nom, pour tous les autres, j'ai voulu réfléchir à la situation dans mon pays, où même si le constat n'est ni agréable, ni facile à admettre, les actes agressifs ou blessants à l'égard des Juifs sont en recrudes­cence.

Or l'antisémitisme est un baromètre de la démocratie : quand la société se développe harmonieusement, l'antisémitisme régresse. Quand la démocratie décline, l'antisémitisme renaît. Parce que si l'on s'en prend aux Juifs, c'est historiquement parce qu'ils étaient les seuls étrangers. C'est l'autre, celui qui est différent, qui n'est pas d'ici qui est d'abord et toujours visé.

 

(p.13) C'est alors qu'on réalise qu'un petit germe, un embryon à peine perceptible, peut devenir une affection menaçante ; qu'un trouble quasi invisible, inaudible, peut se transformer en traumatisme inquiétant. C'est pourquoi, dès que le malaise paraît, il faut le soigner ! Car lorsque l'antisémitisme prend un nouveau visage, il est difficile de le distinguer; il est plus simple de l'occulter ou pire encore, de l'excuser.

 

(p.14) Cette nouvelle donne déstabilise de nombreux Juifs de Belgique, tout comme les actes violents et hostiles qui se multiplient notamment à l'égard des jeunes ou des rabbins. Au début, certains ont tenté de minimiser les faits, afin de se protéger, ou tout simplement parce qu'il était difficile de croire, de comprendre que l'anti­sémitisme renaissait sous quelque forme que ce soit. Certains politiques minimi­seront eux aussi les faits avec l'objectif de ne pas faire monter la pression et d'éviter de « renvoyer les communautés dos à dos ». En cherchant à ne pas exacerber le problème, certains responsables politiques vont condamner les actes antisémites mais en noyant leur indignation dans des condamnations simultanées et globales dénon­çant les différents racismes et xénophobies.

Depuis, il devient problématique pour certains professeurs d'enseigner l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale dans plusieurs écoles des communautés française et flamande. En 2008, en Belgique comme dans plusieurs pays européens, des ensei­gnants choisissent de ne pas enseigner l'histoire de la Shoah, que ce soit pour ne pas contrarier des étudiants d'origine immigrée, ou pire, par peur de représailles vio­lentes. J'ai rencontré de nombreux enseignants qui en témoignent, parfois dégoûtés, parfois désespérés, parfois encore plus déterminés à se battre, ce qui les a conduits dans certains cas à suivre des formations à Yad Vashem.

Aujourd'hui, se promener dans certains quartiers de Bruxelles avec une étoile de David visible, c'est prendre un risque.

Tous les établissements et institutions de la communauté juive de Belgique sont gardés, qu'il s'agisse d'écoles, de synagogues, de crèches, de centres culturels communautaires ou de mouvements de jeunesse. À tel point que pour des jeunes qui ne connaissent que cela, cela semble presque normal.

En tant que présidente du conseil d'administration de l'école Beth-Aviv3, j'ai assisté à plusieurs reprises à des exercices où les enfants, dès la maternelle, sont entraînés à réagir à d'éventuels attentats. Et lorsque dans l'escalier de secours vous voyez vos propres enfants de neuf et onze ans prendre dans les bras des tout petits pour les aider à sortir rapidement du bâtiment, l'émotion vous prend et la colère aussi.

Ces exercices de prévention prennent de nos jours encore un autre visage, puisqu'en Belgique comme ailleurs en Europe, la liste des incidents antisémites s'allonge.

Depuis 2001, une timide réaction politique s'est fait entendre. Une «cellule veille» a été créée en 20044 au Centre pour l'égalité des chances5. Malheureuse­ment, jamais en Belgique un dirigeant n'a tenu des propos aussi forts que ceux

 

3.  École maternelle et primaire du réseau libre subventionné, dont j'ai présidé le conseil d'admi­nistration de 1993 à 1996.

 

 

(p.17) Joël Kotek précise : « L'antisémitisme est un fait social qui tient de la psychose , collective. C'est un délire sociétal qui fait du Juif — un Juif totalement impossible, imaginaire, fantasmé — le responsable des malheurs du monde et ce, des déborde­ments de la Seine à Paris au XIXe siècle (Drumont) au virus du sida aujourd'hui (Dieudonné) en passant par le tsunami en Indonésie (la presse égyptienne). Il y a toute de même derrière l'antisémitisme une certaine forme de rationalité, que l'on ne peut que qualifier de perverse ou d'irrationnelle. Ce n'est pas par hasard en effet que les Cités chrétienne et musulmane (et elles seules) ont fait du Juif leur bouc émissaire privilégié et idéal. Cela tient naturellement à la faiblesse intrinsèque du Juif (il est le plus souvent sans défense), à sa solitude (il est le plus souvent le seul élément hétérogène) mais aussi surtout à son statut pour le moins ambivalent : le peuple juif a beau être honni et méprisé, il n'en reste pas moins admiré et craint pour être le peuple de la Bible, bref de la matrice originelle. Le mythe de la parousie qui, tant dans le christianisme que dans l'islam, entrevoit la conversion des Juifs à la fin des temps, témoigne de l'espoir de ces deux rameaux du judaïsme de se voir, enfin, accepter comme le «verus Israël». C'est la raison pour laquelle les Juifs seront tant bien que mal tolérés dans la Cité chrétienne (peuple témoin) et la Cité islamique (dhimmitude) et ce, contrairement aux hérétiques qui furent, quant à eux, systé­matiquement mis à mort.

Le fait d'avoir des Juifs à disposition offrait, qui plus est, des avantages inesti- r niables. L'humiliation systémique des Juifs permettait à l'Église de démontrer ce qu'il en coûtait de ne pas accepter le message du Christ. La présence de Juifs, le plus souvent obligés à exercer des professions exposées, notamment le prêt à usure, permettait aux Princes de désigner à bon compte les véritables responsables de ses malheurs, d'où la réalité d'un antisémitisme social et/ou populaire. Pour jouer précisément ce rôle de soupape de sécurité, l'antisémitisme est, par définition,

 (p.18) polymorphe. Si le Juif est toujours celui qui tire les ficelles pour le contrôle du monde, ses marionnettes varient au gré des modes et détestation du moment : au judéo-bolchevique d'hier répond le judéo-néoconservateur d'aujourd'hui, cou­pable de diriger la politique étrangère américaine. À travers ces multiples exemples, on comprendra que la judéophobie peut être aussi bien élitiste que populaire, reli­gieuse que sociale, de droite que de gauche, conservatrice ou progressiste. À la base, on retrouvera toujours la fameuse théorie du complot qui veut qu'il y ait toujours un responsable aux malheurs du monde, un chef d'orchestre caché mais déterminé. L'homme a peur du hasard. Il se défie des facteurs multiples : il préfère la cause unique. L'antisémitisme pour désigner systématiquement le Juif ou l'Israélien comme cette cause unique est en cela rassurant. »

J. Kotek souligne : «Par sa radicalité, l'antisémitisme exterminateur nazi a occulté de la mémoire toutes les autres formes de judéophobie, qu'elles soient de gauche, chrétienne ou musulmane qui, malheureusement, sont loin d'avoir dis­parues. »

 

Evolution

En septembre 2007, lors d'une session de commission des droits de l'homme de l'Onu à Genève, l'Iran célébrait sa nomination comme membre organisateur de la Conférence mondiale contre le racisme qui se tiendra en 2009. N'est-il pas étrange qu'un pays qui qualifie l'Holocauste de mythe et appelle à la destruction de l'État d'Israël soit récompensé sur le plan international ? Et ce serait ce pays qui serait amené à définir l'ordre du jour d'une conférence sur les droits de l'homme ? À cette nomination comme à ces questions, peu de réactions. La relation entre l'antisémitisme et les attaques contre l'Etat d'Israël est forcément complexe, mais l'Union européenne a eu le mérite de clarifier les choses. En mars 2005, l'Obser­vatoire européen des phénomènes de racisme et de xénophobie (EUMC), une instance de l'UE située à Vienne (Autriche), a dans un document de travail, défini le terme «antisémitisme». Dans ce document, l'Union européenne déclare que les attaques verbales ou physiques contre l'État d'Israël, en tant que « collectivité juive », peuvent être assimilées à de l'antisémitisme. De cette manière, l'UE endosse le point de vue selon lequel les attentats terroristes contre les Juifs — en Israël et dans le monde — sont des actes générés par l'antisémitisme.

 

 

(p.20)

02 Aperçu de l'immigration juive et de l'histoire de l'antisémitisme en Belgique. Du XIIIe siècle à la Deuxième Guerre mondiale

 

Au Moyen Âge

Les premiers Juifs sont signalés vers 1220 à Louvain et dans d'autres villes situées sur la route du commerce reliant Cologne à Bruges. Ils viennent surtout de Rhénanie. Dans certaines villes de Hollande, des communautés juives se déve­loppent également. Les affaires d'argent sont leur spécialité, en particulier le prêt à court terme parce que cette profession est proscrite par l'Église1.

 

La légende du miracle sanglant

À Bruxelles et en Brabant, les premières traces d'un établissement datent du XIIIe siècle pour se poursuivre pendant un siècle et demi jusqu'en 1370. À cette date, les survivants juifs de la Grande Peste vont périr sur le bûcher, victime d'une accu­sation de sacrilège.

D'après la légende, le Vendredi Saint 1370, les Juifs du Brabant, présents à la synagogue de Bruxelles, auraient transpercé de poignards des hosties dérobées dans une chapelle. Du sang aurait coulé de ces hosties !

Un mois plus tard, une demi-douzaine de Juifs, habitant Bruxelles et Louvain, sont exécutés sur le bûcher, accusés de vol et de profanation du Saint-Sacrement. Leurs biens sont confisqués2.

 

1. Jacques Gutwirth, Geschiedenis van dejoden van de Lage Landen [Histoire des Juifs des Pays-Bas], Antwerpen-Amsterdam, Meulenhoff-Manteau, 2006.

Cf. http ://assr.revues.org/document3831.html

  1. Histoire du Saint-Sacrement racontée sur le site Internet de la cathédrale saints Michel et Gudule du diocèse de Malines-Bruxelles. Déclaration sur le Miracle du S. Sacrement : Haine des Juifs au Moyen-Age. Rééd. Commission nationale catholique pour les relations avec le monde juif.

 

(p.21) La culpabilité des Juifs n'a jamais été établie, mais leur exécution est légitimée par la foi dans le prétendu miracle du sang apparu sur les hosties. En même temps qu'il accusait les Juifs et permettait de s'en défaire, le miracle signifiait pour les simples fidèles la preuve matérielle de la présence réelle du Christ dans l'Eucha­ristie. Au Moyen Age, de nombreuses histoires semblables sont racontées partout en Europe, justifiant l'accusation des Juifs.

À Bruxelles, le culte du Saint-Sacrement du Miracle s'est avéré tenace. Si l'Église reconnaît aujourd'hui que ce miracle n'en est pas un et que c'est la haine des Juifs qui est à l'origine de cette légende et des exécutions, la dévotion locale pour le Sacrement du Miracle a continué jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Les vitraux, peintures et tapisseries de la cathédrale des saints Michel et Gudule relatent le récit3 de la prétendue profanation des hosties par les Juifs4.

Le Sacrement du Miracle a joué un rôle important comme symbole national, signe de l'identité catholique du pays. Le culte de cette relique s'est inscrit dans la lutte contre les Juifs, les protestants et les libres-penseurs. Ce n'est qu'après la Shoah et sous l'influence de la modernité qu'une attitude plus critique par rapport à cette légende antijuive médiévale a été soutenue dans les milieux catholiques.

En 1968, dans l'esprit du deuxième concile du Vatican, les autorités diocésaines de l'archevêché de Malines-Bruxelles ont attiré l'attention sur le caractère tendan­cieux des accusations et sur la présentation légendaire du miracle.

 

3.  là.

4.  Les vitraux du xvie siècle dans la chapelle du Saint-Sacrement sont au nombre de quinze dans les bas-côtés de l'église. Les dix premiers vitraux, huit dans la nef latérale droite (à compter du chœur) et deux au fond de la nef latérale gauche, représentent la légende du Miracle du Saint-Sacrement telle qu'elle est transmise à Bruxelles depuis la moitié du xve siècle. Elle raconte : «En automne 1369, un notable juif d'Enghien prend l'initiative de faire voler des hosties consacrées et de les profaner. Il paye à cet effet un Juif de Louvain converti au christianisme. Peu après, le notable juif est assassiné (vitraux 1-3). Sa veuve passe les hosties aux Juifs de Bruxelles qui, le jour du Vendredi Saint 1370, transpercent les hosties avec leurs dagues. Du sang sort des hosties (vitraux 4-5). Une Juive convertie au christianisme se fait payer pour aller cacher les hosties chez les Juifs de Cologne mais, prise de remords, elle raconte le récit de la profanation au curé de l'église Notre-Dame de la Chapelle à Bruxelles. Le curé prend les hosties sous sa garde (vitraux 6-7). Suite au témoignage de la convertie (vitrail 8), les Juifs coupables sont condamnés à mort par le duc de Brabant et exécutés sur le bûcher. Les autres sont bannis du duché et leurs biens sont confisqués (vitrail 9). Plus tard, les hosties sont transférées en procession à la collégiale Sainte-Gudule (vitrail 10).»

  1. Les Marranes sont des Juifs sépharades, qui suite aux persécutions de l'Inquisition espagnole ou portugaise, ont été forcés d'adopter une identité chrétienne. Ils ont dès lors pratiqué leur judaïsme en secret, vivant ouvertement comme des catholiques. Nombreux sont ceux qui ont fui en Flandres, aux Pays-Bas, dans l'empire ottoman ou en France. On les appelle aussi les crypto-Juifs ou les Conversos.

 

(p.23) La nationalité belge

Le caractère libéral de la Constitution belge en matière de culte, l'émancipation précoce des Juifs sur le territoire (1795) et le peu de traces d'antisémitisme à cette époque, ont permis l'intégration de nombreux Juifs dans la société belge. Selon l'historien Jean-Philippe Schreiber, la communauté juive est à cette époque le reflet de la Belgique : bourgeoise, censitaire et reflétant des valeurs de libéralisme économique et d'expansion. Pour cette raison, l'Histoire retient les noms de grands entrepreneurs et banquiers juifs venus s'y établir et contribuer à l'expansion écono­mique du pays : Bischoffsheim, Oppenheim, Lambert, Errera, Cassel.

 

(p.27) Économie et antisémitisme

Durement frappée par la crise économique, la Belgique craint d'accueillir sur son sol de nouveaux immigrés qui pourraient prendre le travail de la main-d'œuvre locale ou constituer une concurrence économique menaçante pour les Belges de la classe moyenne.

C'est une des explications principales de l'accroissement de sentiments antisé­mites dans la société belge de cette époque.

À l'antisémitisme chrétien séculaire s'ajoute avec le dernier quart du XIXe siècle, un antisémitisme socio-économique et politique croissant. Il est porté, surtout, mais pas exclusivement, par des courants réactionnaires catholiques qui voient dans le Juif le protagoniste du capitalisme à outrance, du libéralisme et de la libre-pensée, ainsi que de divers courants de gauche subversifs. Dans l'ensemble, ces idées demeurent marginales en Belgique jusqu'aux années 1930. On assiste ensuite à la progression manifeste d'un antisémitisme virulent dans les groupes et partis natio­nalistes belges, francophones comme flamands. Dans les milieux professionnels, la Ligue nationale corporative du travail diffuse des discours contre les immigrés juifs. Dans les organes de presse de ces corporations, les Juifs sont décrits comme des «youpins» et des «métèques». La Voix du Commerce, éditée par l'Association géné­rale des commerçants du Tournaisis, dénonce en mai 1934 les « nombreux Juifs venant d'Anvers », qui représentent une « concurrence déloyale et désastreuse » pour les commerçants belges22.

L'importation de l'antisémitisme racial, biologique, de l'Allemagne nazie ne constitue donc qu'une composante de l'antisémitisme qui renaît en Belgique. La droite catholique, notamment à Anvers, adhérera davantage à ce discours qu'elle ne s'y opposera23. Ce racisme, qui s'attaque quasi exclusivement aux Juifs immigrés et pauvres, trouve également un écho au sein de la « droite bourgeoise » et des cor­porations de commerçants réactionnaires, qui adoptent très vite des thèses hai­neuses à l'égard des Juifs.

 

21.  Schreiber, «L'accueil des réfugiés juifs du Reich en Belgique», op. cit., p. 32.

22.  Alain Colignon, «Le rexisme, un pré-poujadisme», chapitre 2, p. 63, De l'avant à l'après-guerre : L'extrême droite en Belgique francophone, ouvrage collectif, De Boeck-Université, Bruxelles, 1994. Abramowicz, une enquête de Résistances, op. cit.

  1. Extrait de La Belgique docile, op. cit.

 

 

(p.32) L'antisémitisme au pouvoir

(…) Pour l'historien Joël Kotek, l'antisémitisme belge du XIXe siècle est mondain, à l'inverse de l'antisémitisme allemand ou autrichien plutôt populaire. En Belgique, la plupart des grands écrivains que compte alors la jeune nation belge sont amplis de préjugés antijuifs, sinon carrément antisémites. L'Ethos catholique joue à plein dans la représentation des Juifs. Le journaliste Maurice Einhorn l'a démontré dans de nombreux articles43. Verhaeren, Maeterlinck, Crommelynck, De Ghelderode, Marceau ou Jean Ray, pour en citer quelques-uns, sont tous habités d'une hostilité assumée à l'égard des Juifs. C'est vrai pour les milieux catholiques, mais aussi chez les anarchistes, les socialistes ou les laïques. Ainsi, Georges Simenon dira du Proto­cole des Sages de Sion qu'il s'agit d'un «appoint précieux» dans «l'étude des ques­tions juives44».

À gauche également, les partisans de l'antisémitisme sont nombreux, de Léon Hennebicq à Jean Volders et de Louis Bertrand à Jules Destrée sans oublier le juriste et écrivain Edmond Picard45 qui en appelle carrément à l'antisémitisme d'État.

 

41.  Schreiber, «L'accueil des réfugiés juifs du Reich...», op. cit., p. 59-60.

42.  Hitler's Ten Year War on thejew, New York, 1943, p. 247-257, in Schreiber, «L'accueil des réfugiés juifs du Reich... », op. cit., p. 70-71.

43.  Dans le magazine Regards.

44. Jacques Lemaire, Simenon, jeune journaliste. Un "anarchiste" conformiste, Complexe, Bruxelles, 2002, cité in Joël Kotek, « La Belgique et ses Juifs, de l'antijudaïsme comme code culturel, à l'anti-sionisme comme religion civique», Les Études du Crif, n° 4, CRIF, Paris, p. 22.

  1. Sur Edmond Picard en particulier, voir : Mémoire de fin d'année de Patricia Teitelbaum, 1983, «Edmond Picard & l'antisémitisme», sous la direction de André Miroir MEMTO 83/56, et Foulek Ringelheim, Edmond Picard - Jurisconsulte de Race, Éditions Larcier, 1999.

 

(p.33) Inspirés notamment par Charles Maurras (qui préconise une France pure ayant mis hors de ses frontières les « métèques » et autres «Juifs»), les racistes et antisémites belges comme Léon Degrelle trouvent de nom­breux disciples au sein de la droite catholique universitaire et de l'extrême droite militante. C'est le cas, également, en Flandre avec le parti Verdinaso de Joris van Severen et le Vlaamse Nationaal Verbond (VNV) fondé par Staf de Clercq en 1933 dans le but de créer un État flamand séparé de la Wallonie.

 

(p.35) /retour de l’antisémitisme dans les Etats marxistes, dès 1958/

(…)

En Pologne, dès le retour des rescapés des camps, l'antisémitisme continue de s'exprimer et culmine, en 1946, avec le pogrome1 de Kielce, au cours duquel quarante-deux Juifs sont assassinés et environ cinquante blessés.

Sous les dirigeants polonais Gomulka et Moczar, la virulence de l'antisémitisme sous couvert d'antisionisme va croissant jusqu'à la campagne antisémite de 1968 : orchestrée par le gouvernement communiste en place, elle entraîne l'éviction des Juifs, tant des instances politiques que des postes d'enseignants dans les écoles et les universités. En conséquence, les Juifs quittent en nombre la Pologne à destination d'Israël.

A la fin des années 1970, parmi les Juifs restés sur place, plusieurs s'engagent dans des actions anticommunistes. Le plus connu est Adam Michnik2. En réaction, la Pologne du général Jaruzelski renoue avec un antisémitisme séculaire qui s'exprimera au début des années autre-vingt dans la dénonciation par les mouvements ultra-staliniennes d’une manipulation vixsant à  casser Solidarnosc, le syndicat chrétien à l’origine de la chute du pouvoir communiste.

 

1.  Le mot pogrome, d'origine russe, se réfère aux attaques violentes perpétrées par les populations locales contre des Juifs au sein de l'Empire russe et, par extension, partout dans le monde.

  1. Né à Varsovie en 1946, Adam Michnik est historien, journaliste, essayiste. Anticommuniste, conseiller de Solidarnosc, il fonde la Gazeta Wyborcza. Il sera aussi député à la Diète de 1989 à 1991.

 

(p.42) « Mes meilleurs amis sont juifs »

Dans ce contexte particulier du début des années quatre-vingt, la sinistre affaire Lismonde23 sera portée au tribunal en janvier 1983. Au lendemain des élections communales du 10 octobre 1982, l'accord politique signé dans la commune de Forest entre le FDF et le PS s'enlise tant et si bien qu'un nouvel accord de majorité est élargi au PSC et au PRL. La section locale du FDF réagit par la distribution officielle d'un tract, contenant une caricature des cinq transfuges libéraux, dont celle de Joseph Platt, devenu pour l'occasion «Judas Platt». Dans le brouhaha qui entoure l'installation du conseil le 4 janvier 1983, ce dernier est traité de «sale Juif» à plusieurs reprises par Henri Lismonde, ancien socialiste devenu FDF en 1976. Georges Désir, alors secrétaire politique et Antoinette Spaak, présidente du parti, vont condamner les faits. Le bourgmestre socialiste de la commune, André Degroeve, sera lui aussi catégorique dans sa condamnation. Henri Lismonde niera les faits et avancera un argument classique : «Mes meilleurs amis sont juifs ! Je ne suis ni antisémite, ni xénophobe. Je suis un homme de gauche et je refuse d'être considéré comme raciste. Je suis la victime d'un règlement de comptes poli­tique. » Pourtant, il s'était déjà signalé lors des élections de 1982, en publiant une Lettre à la canaille dans laquelle il traitait les étrangers de canailles maghrébines et trafiquants de drogue24 ! La classe politique dans son ensemble a prudemment ignoré l'affaire Lismonde, tout en saluant, in fine, son dénouement : la condamnation de l'échevin forestois à une amende de 30 000 francs belges ou à une peine d'empri­sonnement subsidiaire de trois mois. Un franc symbolique a été alloué aux parties civiles. En conséquence, la plainte contre le tract antisémite n'a pas été maintenue mais pour la première fois un jugement de condamnation était rendu en applica­tion de la Loi Moureaux de 1981.

 

/1982/

(p.44) En Grèce, depuis l'entrée des troupes israéliennes au Liban, la communauté juive doit faire face à des manifestations virulentes d'antisémitisme, encouragées parfois par le gouvernement. La presse tire à boulets rouges sur Israël et sur la communauté juive. Si la jeune génération est choquée par ces attaques, ou par l'appel au boycott des entreprises juives et bien d'autres discriminations antijuives, pour les plus anciens, tout ceci a un goût de déjà-vu. La situation est telle que finalement un communiqué du gouvernement grec condamne les manifes­tations antisémites et le sionisme28 !

Aux Pays-Bas, l'utilisation de slogans antisémites lors de matches de football du club Ajax a pris une telle ampleur que cela fait l'objet d'une question parlemen­taire29.

 

(p.45) Dans d'autres pays européens, le problème se pose également, comme, par * exemple, en Italie où le soulèvement palestinien provoquera un renouveau de l'antisémitisme dénoncé par Tullia Zevi, présidente de l'Union des communautés juives d'Italie. Les médias y ont couvert l'Intifada de façon très unilatérale, entraî­nant une diabolisation d'Israël. Les Italiens vont condamner les Juifs, les traiter d'assassins.

À Turin par exemple, des militants d'extrême gauche s'en prendront à une  . librairie qui, sans appartenir à des Juifs, leur consacrait trop de place à leur goût. Leur slogan est sans équivoque : « Assez de culture juive ! »

(…) La même année, en Belgique, une première démarche est entreprise pour ' banaliser le lieu de déportation qu'est la caserne Dossin, d'où les Juifs de Belgique ont été déportés. Elle est rebaptisée «Cour de Habsbourg» et vingt-neuf apparte­ments y sont construits. Le Musée juif est prévu dans l'ancien bar des officiers. Transformer le lieu de déportation en logements suscite une première émotion forte au sein de la communauté juive de Belgique.

En 1988, c'est au cœur des institutions européennes que le «lobby juif» est stigmatisé : dans l'organe d'un syndicat de fonctionnaires internationaux et euro­péens, Panoptique35. Distribué à la CEE, ce journal syndical publie dans son édi­tion de mars un article dont la teneur rappelle les années d'avant-guerre : « La promotion est longue à venir pour celui qui a fait son travail normalement. Bien sûr les nombreuses exceptions sont là. Il suffit pour cela [...] d'être l'ami de mon­sieur, d'appartenir au lobby juif, à la franc-maçonnerie, d'avoir la bonne carte de parti, [...] etc.» Les commissaires européens ont estimé qu'il fallait un désaveu : le syndicat désavoue le texte du bout des lèvres. Le syndicat est rappelé à l'ordre une fois encore et suite à cela présente ses excuses. Désaveu forcé et en même temps record de lecture inégalé pour ce numéro alors que le syndicat était en perte de vitesse... Toutefois, si les commissaires ont imposé le désaveu au syndicat, ils n'ont jamais eux-mêmes, condamnés l'incident.

 

  1. Le Syndicat des fonctionnaires européens (CONF-SFE) s'inscrit dans le cadre du mouve­ment syndical d'inspiration chrétienne, à vocation européenne. Il édite un journal d'information, Panoptique.

 

(p.51) Dans la banlieue de Hampstead Garden, des swastikas et les mots « Kill ail Jews » (« Tuez tous les Juifs ») et « Allah » sont barbouillés sur maisons et voitures. Selon le journaliste Richard Littlejohn : «J'ai rencontré un guide pour le tour "Jack l'éventreur" dans l'Est londonien, qui a été battu par un groupe de jeunes musulmans, qui après avoir vu son costume d'époque - un long manteau noir et un chapeau noir - a cru qu'il s'agissait d'un Juif orthodoxe, et que donc il méritait une correction. Ils ne voulaient d'un "sale Juif dans "leur" voisinage. » « Problème : Mohammed habite Gaza. C'est un petit Palestinien qui lance des pierres sur les occupants israéliens. Il veut atteindre un soldat assis au sommet d'un char à 60 m de distance. La pierre part à une hauteur de 2 m du sol avec une vitesse vO faisant un angle de 20° avec l'hori­zontale. 1. Ecrivez, sans les établir, les équations horaires et l'équation cartésienne du mouvement. 2. Déterminez vO pour que la pierre atteigne le soldat (à une hauteur de 4 m). 3. L'enfant lance la pierre avec une vitesse de 20 m/s. À partir du moment où le soldat voit partir la pierre, combien de temps a-t-il pour l'esquiver? 4. Un deuxième soldat, accroupi au sol, réagit en tirant une balle de fusil sur l'enfant. La balle sort du fusil avec une vitesse horizontale de 500 m/s. Quel temps mettra-t-elle pour atteindre Mohammed?» Voilà ce que l'on pouvait trouver sur le site web du lycée de garçons Luxembourg jusqu'au 7 décembre 2007, 13 h 28. Cette page a été modifiée. Pour les études et les listes complètes d'actes voir sur le site du Parlement européen : http ://eumc.eu.int

 

(p.54) Répercussions en Europe

La chronique de l'antisémitisme en Europe montre que si des cimetières juifs sont régulièrement profanés, les actes de vandalisme visent de nouvelles cibles à partir de 2001 : synagogues, magasins, locaux de réunions et centres communau­taires.

Ce qui paraissait impensable quelques années plus tôt, fait presque quotidienne­ment la rubrique des faits divers : alertes à la bombe, vandalisme et sabotage contre des lieux juifs. Manifestations de solidarité avec les Palestiniens ou de protestation contre la guerre et l'impérialisme américain dégénèrent en manifestations anti­israéliennes et antijuives. Dans son rapport annuel, sorti en mai 2001, le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLCR) mentionnait qu'il s'était «inquiété des propos antisémites tenus lors de manifestations organisées à Bruxelles et à Anvers suite aux affrontements meurtriers en Israël et dans les terri­toires occupés en octobre 2000». Ce mois-là, précisément, suite à une telle mani­festation, il y a eu débordements et slogans antisémites. Une tentative d'incendie criminel contre une synagogue bruxelloise et des dégradations devant le monument des Martyrs juifs à Anderlecht ont ensuite eu lieu mais sans doute pas dans les pro­portions des violences antisémites qui se commettent au même moment en France. Là, on a pu déjà entendre des slogans du type «À mort les Juifs ! » dans une mani­festation de solidarité avec les

 

(p.55) Comment mieux résumer cette dérive qu'en citant Rogier Cukierman, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) : « Quand un bébé israélien est assassiné par un Palestinien armé d'un fusil à lunette, la presse parle d'un "bébé colon". Comme si le qualificatif de colon justifiait son meurtre. Les Juifs sont "tués", tandis que les Palestiniens sont "assassinés". Cette curieuse déformation de la terminologie utilisée dans les médias est le résultat d'une pensée unique. En France, il n'est pas élégant d'être antisémite mais il est sémantique-ment correct d'être anti-israélien6. »

(…) Pour certains, attaquer Israël permet de s'en prendre aux Juifs en se donnant «bonne» conscience. Dès lors, ces attaques se réfèrent de plus en plus fréquem­ment à la Shoah. Notamment par des analyses qui comparent non seulement le conflit israélo-palestinien à la Seconde Guerre mondiale, mais mettent sur le même pied les nazis et les Israéliens. Progressivement, le peuple israélien tout entier, et tous les Juifs, sont considérés comme coupables ou complices d'un génocide, qui serait le pendant de l'autre. Dans cette logique de déculpabilisation, Israël respon­sable de tous les maux, fauteur de guerre, ne peut qu'être condamné, comme ces complices désignés, les Juifs de la diaspora. C'est cette logique qui est à l'œuvre et qui justifie, insidieusement, les agressions antisémites en Belgique et ailleurs en Europe.

 

(p.56) L'enfant palestinien est élevé dans l'idée que les Juifs sont mauvais, racistes, que la religion leur enseigne qu'il faut les tuer jusqu'au dernier, qu'Israël n'existe pas et doit être détruit et que c'est là une obligation religieuse7.

Une des réponses se trouve aussi en partie dans l'évolution des contenus des manuels scolaires destinés aux enfants palestiniens. Jusqu'en 1994, les manuels d'his­toire et les cartes géographiques étaient d'origine égyptienne ou jordanienne ; quand il apparaît, l'État d'Israël y est le plus souvent dénommé «Palestine occupée» ou «entité sioniste»8.

Que dire, dans le cadre de cette marche vers l'indépendance, de ces livres sco­laires, fruits d'une réflexion nationale palestinienne, qui se transforment dès 1994 en instruments d'incitation à la haine ? C'est suite aux accords d'Oslo, en effet, que la compétence en matière d'éducation a été transférée à l'Autorité palestinienne, y compris la réalisation des manuels et des programmes scolaires, spécifiquement nationaux.

Or, les documents publiés et diffusés encouragent désormais les enfants à haïr les Israéliens et à prendre part à la violence. Les équipements scolaires sont utilisés pour inculquer le culte du héros voué aux auteurs d'attentats-suicides, ce qui pré­pare psychologiquement les enfants palestiniens à suivre leur exemple. Dans les groupes déjeunes et les camps d'été officiels de l'Autorité palestinienne, on enseigne aux enfants à devenir des guerriers saints dans le djihad (guerre sainte) contre Israël et les Juifs9.

Les accords d'Oslo ont ouvert la route de la paix. Mais les enfants palestiniens n'en entendent jamais parler et tout dans leur instruction les en éloigne.

Dans les premières phases de violence, on a vu dans les rues des enfants pales­tiniens lancer des pierres, des bombes incendiaires et des grenades contre les sol­dats ; ensuite, au lieu de s'estomper, la présence d'enfants s'est intensifiée ; sur les lieux de combat ou, pour les plus petits, comme bouclier pour couvrir un trans­port d'armes et d'explosifs.

Ce rôle donné aux enfants par l'Autorité palestinienne, abondamment rapporté par les médias, constitue avant tout une grave violation des conventions et traités internationaux sur la protection des mineurs dans des situations de conflit armé. Cette question relève donc de la législation internationale mais elle intéresse aussi notre sujet parce qu'elle a un effet direct sur la perception du conflit en Europe, sur la place d'Israël et des Juifs dans le monde. Désormais, comme le rappelle Joël Kotek les informations vont consacrer des sujets quasi quotidiens à la situation au Proche-Orient ; la question israélo-palestinienne est devenue, ici en Belgique, un enjeu, celui de toutes les consciences.

 

7. http ://www.resiliencetv.fr/modules/smartsection/item.php ?itemid=901.

8. Cf. l'article de P. Pénaux, « Israël/Palestine, l'histoire des manuels », sur le site d'Amnesty International.

9. Site du ministère des Affaires étrangères d'Israël, www.mfa.gov.il/MFAFR/MFAArchive/ 2000_2009/2002/8/, Réponses à des questions courantes : La violence et le terrorisme palestinien, 5/8/2002.

 

(p.57) Pierre Galand10 apporte sa contri­bution au débat dans une carte blanche au quotidien Le Soir11 et reprise sur le site du PTB12 : «Dans ce contexte d'amplification de la dérégulation et de l'abandon du droit, la Palestine est devenue le nouveau Vietnam, le symbole de la guerre injuste. Peuple privé de ses droits, les Palestiniens, comme les Vietnamiens, il y a cinquante ans, représentent aux yeux d'un nombre de plus en plus important de peuples, de mouvements de citoyens, de jeunes, le Sud résistant, héroïque, qui défend ses droits essentiels et surtout sa dignité, face à une offensive d'Israël sans condamnation ferme de l'Occident. L'alliance entre M. Sharon et M. Bush, le passé criminel du premier et le conservatisme du second, constituent une union qui ne peut aboutir qu'à l'isolement international de l'État hébreu et à sa condam­nation. »

Un mois plus tard, le vendredi, 12 octobre 2001, lors de l'assemblée générale de l'Université libre de Bruxelles, sur la guerre en Afghanistan, on note des interven­tions de Pierre Galand, d'Anne Morelli13, d'Éric Remacle14 et de Nordin Maloua-

10.  En tant que président du Forum Nord-Sud, Pierre Galand a été secrétaire général d'Oxfam Belgique, secrétaire général et fondateur de la Concertation Paix et Développement et du Secréta­riat international de la sécurité et coopération internationale, président du Comité national d'action pour la paix et le développement (CNAPD), président du Centre national de coopération au déve­loppement (CNCD). Il a été sénateur coopté par le PS (2002-2007) et est actuellement président du Centre d'action laïque (CAL). Il est aussi le président de l'Association belgo-palestinienne.

11.  Pierre Galand, «Réflexion à propos de Durban».

12.  http ://www.archivesolidaire.org/scripts/article.phtml ?section=AlAAABCA&obid=5976, «Réflexion à propos de Durban», 6/9/2001.

13.  Historienne, professeur de critique historique, des contacts de culture, de l'histoire des reli­gions et de didactique de l'histoire. Auteur de nombreux ouvrages.

14 Professeur en relations internationales.

 

(p.58) humam15. Éric Remacle d'abord : « On globalise la lutte contre le terrorisme quand celui-ci est tourné vers les USA mais pourquoi ne réagit-on pas de la même manière pour aider les Palestiniens face à l'agression israélienne ? »

Anne Morelli intervient ensuite pour expliquer qu'« un litre de sang n'a pas le même poids médiatique en fonction du PIB du pays dont il est originaire».

Pierre Galand clôture la première salve d'interventions en posant la question : «Que veut dire le mot terroriste16? Je suis fils de terroriste. C'est sous ce mandat-là que mon père a été arrêté pendant la guerre par les nazis. Que veut dire terroriste quand on parle du peuple palestinien qui se bat contre une occupation ? Que vou­lait dire le mot terroriste quand on parlait des Sud-Africains qui se battaient contre le régime de l'apartheid ? Les mots utilisés dans les médias ne sont pas innocents. Nous devons être prudents et bien réfléchir à la sémantique des mots que nous utilisons quotidiennement dans les médias pour faire passer un message. »

Cette radicalisation dans l'importation du conflit, qui veut emporter avec elle rien moins que la jeunesse, les peuples, les citoyens, rassemble une certaine gauche, dont l'anti-américanisme ouvre la voie à l'antisionisme. Et une population arabo-musulmane, qui vit le conflit du Moyen-Orient comme sa cause.

Cette condamnation massive d'Israël fait tache d'huile dans la population. Les dérapages verbaux et les agressions antisémites se multiplient. Un nouveau compor­tement apparaît qui induit également un nouveau vocabulaire. Les dérapages verbaux ne sont plus uniquement le fait des extrêmes droite et gauche. Alain Finkielkraut constate que «l'animosité envers les Juifs fait d'ores et déjà partie du paysage : elle est présente, palpable et très inquiétante, car ceux qui l'expriment et la diffusent ne correspondent pas au portrait-robot de l'antisémite placardé dans toutes les têtes par le devoir de mémoire17».

 

15.  http ://www.archivesolidaire.org/scnpts/article.phtml Psection—AlAAABCC&obid—6501.

16.  Le mot «terroriste» désigne celui qui mène des actions violentes, comme des attentats, visant spécialement à faire des victimes civiles. Le climat de peur et le traumatisme psychologique qui s'ensuit dépassent largement le cadre des victimes directes pour frapper l'opinion publique concer­née. Il s'agit d'un crime contre des vies humaines en violation du droit international. La différence avec le résistant est éthique : la résistance frappe des objectifs militaires en vue de mettre fin à une soumission violente, comme pendant la Seconde Guerre mondiale, et elle ne vise pas spécifique­ment les populations civiles.

17.  «L'antiracisme est l'idéologie de notre temps», propos recueillis par Dominique Simonnet, mis à jour le 27/08/2004, publié le 30/08/2004 dans L'Express.

 

(p.59) /juin 2001/

Lors de la plainte contre Ariel Sharon, l'existence d'Israël est ouvertement délégitimée ; le pays, accusé de tous les maux, est présenté comme le Mal absolu.

Le sénateur écolo Josy Dubié compte parmi les plus virulents accusateurs. En novembre 2001, selon une dépêche de l'agence de presse Belga, «Josy Dubié s'en est pris violemment aux autorités israéliennes, jeudi, à l'occasion d'une conférence de presse. [...] "La Belgique est un Etat de droit, et moi, je m'interroge sur ce qui fait la démocratie en Israël. Nous au moins, nous n'avons pas de sang sur les mains", a-t-il ajouté, dénonçant également l'attitude d'Israël «qui viole toutes les lois internationales».

 

(p.60) D'une part, le sénateur fait fi de la réalité israélienne, du fonctionnement démo­cratique de ce pays. D'autre part, cette citation laisse apparaître un lien incongru : la comparaison spontanée entre les mains sanglantes de ceux qu'il accuse, et l'évi­dente innocence de celui qui parle. Une innocence en forme de paravent qui cache mal les noirs souvenirs de l'époque coloniale. Au moment où la Belgique fêtait son soixantième anniversaire, comme Israël aujourd'hui, notre jeune État s'engageait, via son souverain, dans une politique de colonisation, aux épisodes particulièrement inhumains. La Belgique, aujourd'hui encore, vit sur ce passé qui reste à étudier sans tabou. Car si des auteurs ont publié des ouvrages sur le sujet, l'État belge n'a jamais fait ou commandité une étude officielle sur le sujet.

(…)

 

LE  8  SEPTEMBRE

L'événement traumatise les Juifs dans le monde entier : la «Conférence mon­diale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée», organisée par l'Onu du 31 août au 8 septembre 2001 à Durban (Afrique du Sud) se transforme en conférence de la honte et de la haine. Au forum des ONG, le climat est délétère, anti-impérialiste certes, mais aussi anti-américain, anti-israélien et antijuif. Des représentants s'y rassemblent aux cris de « One Jew, One Bullet» et «Kill Jews ! »2() Sur le modèle des permis de chasse, des «permis de tuer les Juifs », sont distribués dans les rues, ainsi que des tracts déclarant « Hitler n'a pas fini le travail [d'extermination des Juifs] ». Le tout sans aucune sanction de l'Onu.

 

20.  «Un Juif, une balle» et «Tuez les Juifs».

 

 

(p.61) Les deux mémoires de Durban

 

Dans «Carnet de route, Durban. La chronique angoissée d'une jeune Juive de notre époque »22, Joëlle Fiss décrit comment de nombreux jeunes Juifs sont revenus transformés de Durban. Partis à ce rassemblement qui donnerait un sens à leur enga­gement individuel contre le racisme, ils y ont vécu de plein fouet la haine raciste «de gens qui tiennent haut et fort des discours antiracistes».

La violence des propos tenus et leur manichéisme constitutif — « accuser les collaborateurs du sionisme, c'est résister noblement au mal » — débouchent sur des affrontements personnels. Les jeunes Juifs présents sont très vite insultés, accusés d'être des «meurtriers», «des suceurs de sang palestinien». Ils sont menacés, inquiétés, isolés.

Un Juif sud-africain se fait traiter de «chien israélien». Des jeunes portant des pancartes « Apartheid Is Real » distribuent un livre intitulé Israël, An Apartheid State. Un homme propose à la foule un tract, avec une photo d'Adolf Hitler qui dit : «Et si j'avais gagné? La bonne nouvelle, c'est qu'il n'y aurait pas eu d'Israël ni d'ef­fusion de sang palestinien23. » Pour ces jeunes, «Durban, c'est aussi la complaisance de la communauté internationale face à cette tentative de criminaliser les Juifs. C'est la rapidité avec laquelle une minorité réussit à manipuler des milliers de partici­pants et les mettre sous l'emprise de son idéologie haineuse. Au fil des jours, une "morale collective" s'est construite, qui appelait la société civile à trier le mal du bien. Durban fut un forum de la haine orchestré par la "société civile". Au regard de l'opinion publique, on vise à s'attaquer aux causes pour extirper le fléau raciste24 ».

Et la cause : c'est Israël comparé dans cette logique à l'Allemagne nazie. Les images d'enfants palestiniens qui souffrent ne se comptent plus. Le stand des avocats de la Ligue arabe vend Les Protocoles des Sages de Sion. On accroche des caricatures et les vieilles fables antisémites ressurgissent comme sur cette affiche où les Juifs font leur pain avec le sang des musulmans... Résurgence des mystères antisémites du Moyen Âge ! À Durban, les avocats de la Ligue arabe distribuent une autre brochure dont la couverture juxtapose une croix gammée et une étoile de David. Elle abonde en caricatures antisémites : des Juifs au long nez crochu sourient cruel­lement. Ils sont dépeints en sadiques, obsédés par l'argent. Leurs uniformes militaires

 

22.  Article publié dans La Règle du jeu (revue trimestrielle dirigée par Bernard-Henri Lévy), n° 26, septembre 2004.

23.  L'auteur de ce tract est un membre influent de la communauté musulmane de Durban, Yousuf Deedat.

  1. Joëlle Fiss, op. cit.

 

 

(p.62) sont décorés de croix gammées. Et pour parfaire le tableau, ces judéo-nazis pointent leurs fusils sur des Palestiniens terrifiés. Malgré des demandes répétées, ni la bro­chure ni l'Union des avocats arabes ne seront interdites25. Pendant le forum des ONG, on entendra encore d'autres menaces antisémites comme «Vous ne devriez pas être autorisés à avoir un stand ! Vous, les Juifs, vous êtes devenus des racistes ! » ou « Tu n'as pas le droit d'exister et on aura ta peau ! »

 

(p.64) Les milieux islamistes fondamentalistes vont utiliser les attaques terroristes pour influencer déjeunes musulmans belges ou résidant en Belgique. Le résultat : on les verra bientôt défiler dans les rues de Bruxelles et Anvers criant des slogans anti­sémites, comme « Mort aux Juifs ! » lors de manifestations anti-israéliennes30.

Cette intensification de la violence, verbale ou physique, n'est pas le fait du hasard, ni d'un malheureux concours de circonstances. Les animateurs du Centre islamique de Belgique prêchent la haine et nourrissent de discours antisémites les jeunes musulmans de Belgique31. Le CIB a installé sa base à Molenbeek, un quar­tier de Bruxelles où il tente de créer un milieu favorable à la mise en œuvre de son programme fanatique32.

(…)

Le « Parti citoyenneté et prospérité » né au sein du CIB et prônant l'instauration de la charia et l'inégalité homme femme, a récolté près de 3 % de votes lors des élections fédérales de 2003. Le Parti des Jeunes musulmans récolte, lui, près de 2 % lors des élections régionales de 2004 à Bruxelles. Au sein de ces mouvances s'exprime un antisémitisme clair et net, dénoncé par ailleurs par des membres de la communauté arabo-musulmane qui appelle au boycott de ces partis lors des élections. Quant à l'antisionisme de cette mouvance, il ne se borne pas à dénoncer la politique de l'État d'Israël34.

 

30.  www.tau.ac.il/Anti-Semitism/asw2001-2/belgium.htm.

31.  Le Centre islamique belge (CIB), proche du courant salafiste, est dirigé par le Syrien Bassam Ayachi.

32. Jean-Pierre Stroobants, «Terrorisme : contre la loi sur le foulard, un site islamiste belge menace la France», Le Monde, 4/10/2004.

33.  La Dernière Heure, 27/1/2006.

34. Deux membres du Centre islamique belge ont été condamnés le 21 juin 2006 pour avoir diffusé sur le site www.assabyle.com une vidéo assimilant nazisme et sionisme — ce qui est une manière de minimiser la Shoah — et un texte intitulé La Fin du peuple d'Israël, entendu au sens biblique : la fin du peuple des enfants d'Israël, donc du peuple juif. Les Juifs y étaient décrits comme « des transgres-seurs, des lâches, des singes et des porcs ». Le texte précisait : il faut les combattre « au moyen de destriers de guerre», ce qui est une incitation au passage à l'acte. Voir chapitres 3 à 6.

 

(p.65) 36 Dans les mouvements qui soutiennent la Palestine ou sur les listes de diffusion, on découvre avec surprise les noms de révisionnistes avérés, de compagnons de Garaudy, de gens qui ont été exclus de leur parti pour antisémitisme, de dirigeants islamistes d'extrême droite. Par ailleurs, Jean Thiriart, qui a introduit le soutien à la cause du Fatah dans les rangs de l'extrême droite et dirigeait le groupe Jeune Europe, était largement financé par l'Algérie, l'Irak et l'Egypte nassérienne. Voir Jean-Yves Camus, «La vraie histoire du site Tout sauf Sarkozy», Libération, 21/5/2007.

 

(p.68) /2002/

Les médias relaient de plus en plus d'informations qui ravivent le débat : du «judiciaire spectacle» avec la plainte contre Sharon, à l'«humanitaire spectacle» avec les voyages et les délégations (qui comptaient des politiques au sein de toutes les formations), de Josy Dubié à Jean Cornhil Vincent en passant par Van Quicken-borne et Alain Destexhe qui se suivent dans les territoires palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, l'émotion est sans cesse suscitée. Ces deux derniers ont notamment rencontré le Cheikh Yassine, fondateur et président du Hamas, parti d'extrême droite religieux dur, antidémocrate et violent. Pour Alain Destexhe rencontrer une telle personnalité ne veut bien entendu pas dire épouser ses thèses, mais écouter et se renseigner. D'aucuns lui en tiennent encore rigueur à ce jour pour avoir rompu le cordon sanitaire ailleurs...

 

(p.72) Un singulier calendrier politique

En avril 2002, le ministre belge Louis Michel, appelle ses collègues des Affaires étrangères des Quinze à envisager la possibilité de reconsidérer les relations éco­nomiques entre l'Union européenne et Israël. Cela suscite beaucoup de méconten­tement à Jérusalem11, mais aussi une vague de colère dans la communauté juive. D'autant que le ministre a également évoqué, sur les ondes de la VRT, l'éven­tualité de sanctions économiques européennes contre l'État hébreu.

À plusieurs reprises Louis Michel, sur les ondes de Radio Judaïca12, explique sa démarche, et tente de convaincre une communauté blessée et fâchée. Il assure qu'il se sent proche d'elle et que ses critiques à l'égard d'Israël n'entachent pas son amitié pour ce pays. Un message qui passe difficilement, mais certains apprécient le geste.

Le 19 avril 2002, l'Anti-Defamation League13 (ADL) s'adresse au Premier ministre Guy Verhofstadt pour exprimer son inquiétude face à la montée de l'antisémitisme en Belgique. Cette association lui demande de prendre position fermement contre ces incidents, de plus en plus nombreux, à l'encontre d'individus ou d'institutions en les déclarant inacceptables. Car, explique-t-elle, l'attitude hos-

 

11.  Agence Reuter, 4/4/2002.

12.  Créée en mars 1980, Radio Judaïca fut la première radio juive en Europe. Elle se fait l'écho de tout ce qui se passe dans le monde, avec une attention particulière accordée à Israël, au Proche-Orient et au monde juif.

13 Créée en 1913, l'Anti-Defamation League est une organisation mondiale qui combat l'antisémitisme, entre autres par des programmes éducatifs qui visent à endiguer la haine, les préju­gés et l'intolérance.

 

(p.73) tile du gouvernement belge à l'égard d'Israël, renforce malheureusement le sen­timent qu'ont certains individus qu'il est légitime de s'en prendre aux Juifs.

(…) Le même été, le Conseil des ministres décide d'octroyer une contribution finan­cière de 140 000 euros pour les frais de la représentation diplomatique des Palesti­niens à Bruxelles, sur proposition de Louis Michel, ministre des Affaires étrangères et de celle de Eddy Boutmans, secrétaire d'État à la Coopération et au Dévelop­pement.

Plusieurs personnes réagissent vivement à cette décision, qui semble s'inscrire dans un calendrier d'événements dont l'objectif échappe. L'une d'elles, Jacqueline Wiener-Henrion14, écrit au ministre Michel pour lui faire part du malaise gran­dissant auquel les membres de la communauté juive de Belgique, doivent faire face. « Au-delà de la question insolite du financement par un pays hôte des frais de fonc­tionnement d'une mission diplomatique d'un État étranger, existant ou en devenir, l'intervention du contribuable belge dans l'allocation financière accordée à des fonctionnaires palestiniens représentatifs d'une autorité contestable et contestée et décidée par le gouvernement belge procède d'une importation officielle, en Bel­gique, du conflit israélo-palestinien. » Logiquement, la question de la corruption des dirigeants palestiniens devrait refaire surface. Mais pour Jacqueline Wiener, il y a surtout « un espace de douleur, d'espoirs, de souffrances, de terreurs, d'animosités, de sensibilités tellement diversifiées, avec son corollaire de conséquences sur les comportements humains, que la gravité des événements impose aux dirigeants de notre pays de se préserver de tout militantisme aux conséquences ultérieures dra­matiques ». Elle évoque aussi les dangers et les menaces physiques que « tout Belge qui affirme sa judéité » subit de plus en plus fréquemment et qui obligent à une sécurité renforcée lors de manifestations, qu'elles soient culturelles, cultuelles, ou, même, simplement festives. « Face à ce danger potentiel, le Consistoire central israélite de Belgique a été amené récemment à collecter des fonds au sein de la communauté juive afin d'assumer les frais d'une protection renforcée des enfants qui fréquentent des écoles juives ou les mouvements de jeunesse. Protection qui incombe normalement à l'État belge, garant constitutionnel de la liberté religieuse ou philosophique de ses citoyens et, a fortiori, de ses enfants. Que faut-il en déduire dès lors, de l'intervention du contribuable belge dans l'entretien d'une représen­tation diplomatique de Palestiniens dont la modération n'est ni contrôlable ni garantie, alors que, par ailleurs, des deniers supplémentaires pour une protection renforcée des enfants dont question ci-dessus n'a pu être allouée, « fautes de moyens suffisants » ?

 

14 Avocat honoraire, chercheur à la Fondation de la mémoire contemporaine, membre du conseil d'administration de la Communauté israélite libérale de Belgique.

 

(p.74) Parallèlement, dans plusieurs communes bruxelloises et wallonnes, une motion, à l'initiative du Comité pour la solidarité entre les communes belges et palesti­niennes16, fondée en mars 2002, est soumise au vote de Conseils communaux17.

Cette motion18 condamne le «terrorisme d'État» exercé par le gouvernement israélien, appelle au droit du retour des Palestiniens via la résolution de l'Onu, demande au gouvernement belge de participer aux pressions exercées sur le gou­vernement israélien et que la commune s'investisse dans des projets en Palestine. La motion qui est parfois accompagnée d'un texte violemment anti-israélien, est acceptée ou rejetée selon les majorités en place, et en fonction de la personnalité et des convictions des bourgmestres. La motion est votée, entre autres, à Saint-Gilles, Ixelles, Watermael-Boisfort, Saint-Josse et Bruxelles-Ville.

En revanche, grâce à la fermeté de la bourgmestre19 et de la solidarité au sein de son groupe (MR-cdH), elle n'est pas votée à Forest, et sera finalement retirée par le PS.

Fin 2003, la commune d'Ixelles, à l'initiative de l'échevin socialiste Pierre Lardot, qui a effectué une mission en Palestine, propose un jumelage avec la ville palestinienne de Zababdeh, cité natale de Naïm Kadher, assassiné à Bruxelles en 1981. Ce jumelage est le fruit d'une volonté politique de la majorité PS-Ecolo-PSC, traduite dans une motion adoptée en mai 200220. Zababdeh est une ville de

 

16.  Ses membres sont des représentants de collectivités locales, organisations de solidarité et des citoyens souhaitant apporter leur soutien au peuple palestinien.

17.  Intitulée opération humanitaire des communes de Belgique pour la Palestine, à l'initiative du PSC (devenu CdH le 18/05/2002) et sur le modèle français qui date de 1996.

18.  Le texte se trouve sur le site de l'Association belgo-palestinienne Wallonie-Bruxelles (Naïm Khader).

19.  Corinne Depermentier, députée-bourgmestre.

20 Voir chapitre précédent.

 

(p.75) 4 000 habitants, entièrement sous tutelle palestinienne. C'est aussi l'une des rares villes chrétiennes de la région.

(…)

L'affaire Geens à peine retombée, l'émoi est de retour avec cette fois avec le secrétaire d'État à la Coopération et au Développement, Eddy Boutmans (Agalev), à propos des manuels scolaires destinés aux enfants palestiniens. La Belgique a mis en place depuis quelques années un programme d'enseignement et la réalisation de manuels. Le nouveau programme est établi par le ministre palestinien de l'Ensei­gnement, sous les auspices de l'Unesco. L'accord entre la Belgique et la Palestine porte sur 2,85 millions euros dans le cadre d'une convention spécifique signée le (p.76) 24 octobre 200225. Interrogé sur le contenu de ces manuels qui incitent à la haine et contiennent des propos antisémites, le secrétaire d'État répond qu'il l'ignore car il ne lit pas l'arabe ! Mais, dit-il, « nous continuerons à financer les manuels sco­laires en Palestine même si les groupes fondamentalistes du "lobby juif, en Bel­gique26, tentent de nous en empêcher [...] Vous les connaissez [...] » Lors d'une fête de solidarité27avec la Palestine, il tient encore des propos extrêmes : « L'Europe ou l'Onu doivent libérer la Palestine et la rendre à son peuple et en évincer les Juifs ! » Le député fédéral VLD, Claude Marinower, a réagi à ces paroles inaccep­tables28. Eddy Boutemans a nié et a porté plainte contre X.

Toujours en novembre 2002, la branche Ecolo de la commune de Lessines organise un débat sur le thème « Pour une paix juste et durable au Proche-Orient ». A cette occasion, Pierre Galand, président de l'Association belge-palestinienne, refuse de s'asseoir à la même table que Joël Rubinfeld, alors président des Amitiés belgo-israéliennes. Il s'en explique comme suit : « C'est moi ou lui. Ce Rubinfeld n'est pas mon homologue, mais un homme de la propagande israélienne. Il est payé pour ça. Je suis belge, moi ! »

Jacques Vanaise, président d'Ecolo Lessines, s'explique : « Notre projet a évolué. Il est vrai que nous n'avons pas toujours été adroits. L'info que j'ai reçue, c'est que Rubinfeld est directement représentant de l'État d'Israël. Nous avons ouvert le débat à des personnes censées représenter les peuples, pas les États. » C'est dans ce climat malsain qu'Éric Picard, qui a rapporté cette soirée pour les lecteurs de l'ADI29, a eu la surprise de se faire prendre à partie par un participant au motif qu'il portait une kippa. «Nous n'aimons pas cela, ici ! », s'entendit-il dire.

 

29 Agence diasporique d'information, sur Internet. Communiqué n° 29/02 du 26/11/2002, « Pas de kippa chez Ecolo, La paix israélo-palestinienne n'a pas été conclue à Lessines ».

 

(p.77) Les caricatures, les illustrations et les titres sont systématiquement assassins à l'encontre du peuple d'Israël, d'Israël et de son Premier ministre Ariel Sharon. Ils sont diabolisés, nazifiés, condamnés pour chaque action, qu'elle soit défensive ou non. Aucune initiative ne bénéficie d'un regard, ne serait-ce que, mitigé. Le lyn­chage médiatique est total.

À l'inverse, pour Arafat, la presse ne relève ni le double langage, ni la corruption, ni les attentats, ni les mises en scène du leader palestinien. Il apparaît comme la faible victime, le «colonisé». C'est par ce statut de colonisé que ses erreurs sont absoutes, qu'une indulgence particulière lui est réservée.

 

(p.79) Dans le supplément «Junior» du Soir (25/6/2002). Une journaliste publie une nouvelle définition du substantif français qui est décidément au cœur de la question. « Colons : juifs qui s'installent sur les territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967 pour se les approprier. » Selon le Robert, « un colon est une personne qui est allée peupler, exploiter une colonie ; habitant d'une colonie. Les premiers colons d'Amérique. » Selon Wikipédia, « une colonie est une unité administrative sous la domination politique d'une autre entité généralement géographiquement distante. » Cela dit, il est vrai qu'on parle de « colonie de peuplement » ou « implan­tation» à propos de la population civile implantée dans un territoire occupé mili­tairement. Sur la base de cette définition, les meilleurs exemples de colonies paraissent plutôt être le Congo ou l'Inde, par exemple, qu'Israël. La définition, par Le Soir Junior du terme «colon», sans autre qualificatif, est donc pour le moins réductrice et éloignée du sens générique de ce terme.

À propos d'un autre événement, des nouvelles étonnantes vont circuler pen­dant des semaines, souvent sans aucun lien avec la réalité : le siège de la Basilique de la Nativité de Bethléem. Le siège a duré trente-neuf jours. Il a débuté le 1er avril, le lundi de Pâques. Des Palestiniens armés ont forcé la porte du couvent franciscain et se sont retranchés dans la basilique avec des munitions abondantes. Le 24 avril, un moine arménien, rescapé du lieu saint, affirme notamment que des Palestiniens armés ont profané tous les objets sacrés de la basilique, qu'ils ont dérobé les objets du culte et volé quatre crucifix. « Ils ont tout volé et tout saccagé ! » témoigne le moine.

Dans le journal télévisé du 24 avril, la RTBF diffuse ce témoignage après avoir monté le document en coupant le passage où le prêtre dénonce spécifiquement les terroristes palestiniens, ce qui donne : «Ils ont profané tous les objets sacrés de la basilique et ils ont dérobé les objets du culte. Ils ont volé quatre crucifix. Ils ont tout volé et tout saccagé. » Suivi d'un gros plan sur l'étoile de David d'une ambu­lance israélienne. Le reportage sonore de la RTBF ne mentionne nullement les responsables de la profanation du temple, alors qu'elle en avait connaissance. En termes journalistiques, la mention de l'identité de l'auteur d'un crime, lorsqu'il est connu, constitue toujours l'information principale d'une dépêche. Dans le mon­tage du témoignage du moine, les journalistes utilisent volontairement la troi­sième personne du pluriel, oblitérant le début de sa phrase qui désignait clairement l'identité des profanateurs et des pillards.

Une manipulation de la RTBF, rediffusée par TV5, qui accuse l'armée israé­lienne d'un pillage et d'une profanation (de lieux sacrés de la chrétienté) qu'elle (p.79) n'a pas commis et en même temps en exonère les Palestiniens. Après de nom­breuses interpellations à la RTBF, un communiqué30 émis par M. Michel Konen, chef de la rédaction du journal télévisé, était adressé « à toutes les personnes qui nous ont fait part de leur protestation suite à la diffusion du reportage incriminé dans le journal de la mi-journée du 24.04.02 sur La Une (RTBF), reportage repris l'après-midi par TV5. Il s'agit d'une erreur de notre part. Nous rectifions dans nos éditions de ce 26 avril. Avec nos excuses. »

(…)

Un second exemple choisi est celui de l'attaque de la ville palestinienne de Jénine par l'armée israélienne, du 3 au 11 avril 2002, dans le cadre de l'Opération «Rempart». Jénine, en Cisjordanie, est considérée alors par les Israéliens comme une pépinière de kamikazes. Les combats y sont violents. Vingt-trois soldats israé­liens y perdent la vie. Cinquante-six Palestiniens, pour la plupart des terroristes armés, sont tués. Ils se protégeaient derrière des civils palestiniens et dissimulaient à Jénine des centres de commandement, des laboratoires d'explosifs et des caches d'armement.

Les combattants palestiniens, surarmés et bien préparés, ont piégé les maisons. Dans les rues, des tireurs embusqués à l'intérieur des domiciles privés et des édifices publics encouragent la population, notamment les enfants, à participer activement aux combats. Tsahal, l'armée israélienne, a choisi d'utiliser l'infanterie pour effec­tuer les fouilles de maison en maison plutôt que d'utiliser des armes lourdes qui auraient garanti une sécurité supérieure aux troupes israéliennes mais auraient accru les risques pour la population civile palestinienne. Résultat : pendant la bataille, de nombreux soldats israéliens meurent dans des embuscades. Malgré cela, l'événement est présenté comme un « massacre », voire un « génocide ». En y associant des images de la télévision montrant de lourds dommages.

(…)

 

(p.80) Finkielkraut explique ce sentiment de solitude32 : « Les Juifs, qui manifestent seuls, doivent, en plus, répondre de la solitude que l'on fait autour d'eux. Au lieu de prendre en charge la question, redevenue brûlante, de l'antisémitisme, l'esprit antiraciste du temps déclare les Juifs coupables de régression quand ils protestent en tant que Juifs contre les innombrables agressions, verbales et physiques, dont ils sont victimes. Comme on dit familièrement : il faut le faire. [...] Des gens qui sou­tiennent inconditionnellement, les yeux fermés, la cause palestinienne, ne sont pas des pacifistes. Ils acceptent le terrorisme et lui donnent soit le nom usurpé de désespoir, soit le nom odieux de résistance. Ce pacifisme est un premier men­songe. Le deuxième mensonge, ce sont les mots utilisés par José Bové : "rafles", "camps d'internement", "miradors", pour parler de ce que fait l'armée israélienne, c'est-à-dire des mots qui impliquent une comparaison avec le nazisme. [...] Dans un premier temps, on dit : les Israéliens sont des nazis, et tous les-Juifs qui les soutiennent aussi. Dans un deuxième temps, une fois qu'on a nazifié les Israéliens, on reverse sur Israël l'image de la pieuvre ou de l'araignée et le discours para­noïaque des Protocoles des Sages de Sion : ce sont les Juifs qui tirent tous les fils. On nous dira demain qui paie les bombes humaines pour légitimer leur répression. [...] On pourrait vivre avec la violence des banlieues. Mais qu'à cette violence s'ajoute celle d'un discours qui nous dit : "Soit vous vous désolidarisez d'Israël et vous épousez complètement la cause palestinienne, soit vous êtes des nazis et vous en paierez les conséquences", c'est accablant. Le XXIe siècle est en train de nous coudre sur la poitrine une croix gammée à la place de l'étoile. »

 

(p.81) /2003/

« En Espagne, en France, en Italie et en Suède, une partie de la gauche et des groupes arabe-musulmans ont joint leurs efforts pour organiser des manifestations pro-palestiniennes [...] Alors que ces manifestations n'étaient pas intrinsèquement antisémites, des slogans et des banderoles antisémites ont été proférés et brandis dans certaines d'entre elles ; certaines de ces manifestations se sont terminées par des agressions contre des Juifs ou des institutions juives. » Les rapporteurs citent, dans divers pays, plusieurs exemples « où, durant la période d'observation, des attaques

 

1.  Installé à Vienne, l'EUMC dépend directement de l'Union européenne.

  1. Rédigé notamment par Jelane Wetzel et Werner Bergmann, chercheurs au Centre d'études sur l'antisémitisme de l'Université technique de Berlin.

 

(p.82) physiques contre des Juifs, la profanation et la destruction de synagogues ont été souvent le fait déjeunes musulmans3».

(…)  Le chercheur et coauteur du rapport, Werner Bergman, avance une explication sur la décision européenne d'enterrer le rapport5 : «Je pense qu'ils craignaient Une guerre civile entre différentes communautés. » Pour le journal israélien Haaretz, les rédacteurs du rapport ont compris qu'ils détenaient un véritable baril de poudre, lorsqu'ils sont parvenus à la conclusion, suite à des enquêtes poussées, que derrière la plupart des actes antisémites recensés en Europe en 2002, se trouvaient des éléments islamistes radicaux et pro-palestiniens qui agissaient en coordination avec des cellules de la gauche radicale, anticapitaliste et anti-globalisation : « Les Euro­péens ont eu du mal à accepter ces conclusions et ils nous ont demandé à plusieurs reprises de les nuancer et de rééquilibrer les arguments », affirme Bergman6.

(…)

À la même époque, un sondage réalisé par l'Union Européenne révèle que 59 % des Européens estiment qu'Israël est le pays qui menace le plus la paix mon­diale. Cette fois, le rapport est mis en cause : qualifiée d'antisémite par le Centre Simon "Wiesenthal7, l'étude est une farce pour Marvin Hier, fondateur et doyen du Centre : « Ces résultats sont choquants — Israël représenterait la plus grande menace pour la paix dans le monde, davantage que la Corée du Nord et l'Iran — défient la logique et sont une fantaisie raciste8. »

 

À Bruxelles

2003 verra un enchaînement d'actes choquants et de banalisation d'un antisé­mitisme acéré. Les agressions et les injures graves se multiplient, comme le lundi 10 mars à Bruxelles, en fin d'après-midi, à la station de métro Lemonnier. Huit

 

3.  Georges Marion, Le Monde, 29/11/2003.

4.  Idem.

5.  Une dépêche de l'AFP sur le site de Proche-Orient. Info, le 22/11/2003.

6.  Idem.

7. Fondé en 1977 par le rabbin Marvin Hier, qui dirige également le centre d'études, appelé le Musée de la Tolérance, fondé en 1993.

8. Site du Centre Simon Wiesenthal, www.wiesenthal.com.

 

(p.83) élèves de l'athénée Maïmonide se sont fait agresser par d'autres jeunes, maghrébins ceux-là, précisent les témoins : jets de pierres et autres objets, injures racistes et antisémites, coups de pieds, etc. Le tout, sous les yeux d'un public indifférent, ou applaudissant parfois la scène. Une des victimes doit être hospitalisée. Pour les parents scandalisés, l'affaire se terminera au tribunal.

Le rythme s'accélère. Toujours à Bruxelles, à Uccle précisément, des insultes antisémites sont lancées au passage d'un cortège funèbre. À Forest, les jeunes de différents mouvements de jeunesse scouts sionistes ne peuvent plus fréquenter le parc de la commune, à cause des insultes criées régulièrement lors de rencontres sportives. Pour certains, l'air devient irrespirable. Simon9, chercheur à l'Université libre de Bruxelles, traverse la capitale en taxi. Soudain le chauffeur explose, s'en prend à l'Amérique. À Dick Cheney, ce pur Juif. Aux attentats du 11 septembre, provoqués par le « lobby » juif. Ce même « lobby » qui, hurle le taximan, domine le monde. Simon se tait, outré. Et essuie une ultime salve : « Hitler n'avait pas tort, il faudrait se débarrasser de tous ces Juifs. » Sophie10 a 39 ans et se promène entre le Sablon et la Bourse avec un ami israélien portant la kippa. « Deux jeunes Maghré­bins ont commencé à nous suivre et à nous souffler des insultes et des menaces dans l'oreille. Nous nous sommes réfugiés sur une terrasse. Mon ami était bouleversé. » D'autres témoignages vont dans ce sens. Comme celui de David, 14 ans, qui a peur de porter la kippa dans la rue, peur de parler en hébreu, peur de se regrouper entre copains. Tout peut être pris comme de la provocation, il faut être sur ses gardes en permanence. Yael, étudiante à l'ULB, confirme : « On vit un peu replié. On va difficilement vers l'autre. Je ne porte plus mon étoile de David autour du cou. Je préfère rester discrète. »

(…) Le journaliste Hugues Dorzée explique dans son article, qu'il s'agit d'un anti­sémitisme « décomplexé », « banalisé », qui se répand « masqué » sans qu'on y prenne garde. Des violences antijuives qui sont autant d'exutoires pour une jeunesse arabo-musulmane, elle-même victime de racisme et portée par la cause palestinienne. Cet antisémitisme se nourrit de l'actualité internationale : le déclenchement de la seconde Intifada (septembre 2000), les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, les opérations militaires de l'armée israélienne dans les territoires palestiniens (depuis 2001) et la guerre en Irak (avril 2003) notamment.

Ces jeunes, inondés d'images de guerre en provenance de Palestine (via notam­ment, la chaîne arabe Al Jazira), ont par ailleurs accès dans certaines librairies

 

9.  Anecdotes dans Le Soir, 2/7/2003, Hugues Dorzée, «La Belgique, terre d'antisémitisme?», où pour les témoins, seuls les prénoms sont mentionnés.

10.  Idem.

11 Au nom de l’antisionisme : l'image des juifs et d'Israël dans la caricature depuis la seconde Intifada, avec Dan Kotek, avant-propos de Plantu, Bruxelles, Éd. Complexe, 2003.

 

(p.84) islamiques, aux classiques de l'antisionisme (Les Protocoles des sages de Sion, Procès du sionisme israélien de Roger Garaudy). «Ces jeunes sans repères, en mal d'identité, trouvent parfois dans le rejet des Juifs un exutoire à leur mal de vivre », explique un éducateur de rue de Forest12.

 

12 Dorzée, op.cit.

 

(p.89) Les masques tombent

II ne faut pas attendre longtemps pour que cette excitation monomaniaque à l'encontre d'Israël produise l'ostracisme et la stigmatisation d'un peuple. Mi-juin 2003, une campagne où une photo représentant une orange juteuse d'où s'écoulent des gouttes de sang accompagnée de la légende suivante : « Les fruits israéliens ont un goût amer», «Refusez l'occupation de la Palestine, n'achetez pas de fruits et légumes israéliens » est diffusée par des organisations belges pro-palestiniennes27. Cette campagne, vise par là à bafouer un des symboles nationaux d'Israël, dont l'orange fait partie. Sous le texte apparaissent les noms de plusieurs sociétés israé­liennes exportant leur production agricole.

Cet été-là, un courrier adressé à « Sharon la Charogne » à Bruxelles et sans autre précision d'adresse est délivré par le facteur à l'ambassade d'Israël en Belgique ! Un diplomate en poste à Bruxelles déclare que l'ambassade ne réagit plus à toutes les déclarations antisémites, sous couvert d'antisionisme, tant elles sont nombreuses en Belgique ces derniers temps. Le site Internet de l'Association belgo-palestinienne, dans sa rubrique «Boycott des produits israéliens», rappelle la liste des membres de la plate-forme francophone pour la Palestine28, qui invitent — comme leurs homologues flamands à boycotter les produits israéliens. Dans «Contre­champs »29, sa contribution régulière au Soir, Pierre Mertens écrit : « L'antisémitisme nouveau est arrivé. Hier encore, des judéophobes pur sucre ne disaient pas trop haut ce qu'ils pensaient. A présent, les masques tombent. Toutes les impunités sont assurées. On n'a plus à se gêner. On s'installe déjà dans une routine de la haine.

 

26.  «Justice.   Plaintes   irrecevables   dans   l'affaire  Yerodia. »  Belga  LLB,   mis   en  ligne  le 16/04/2002.

27.  La plate-forme d'action Palestine, le Vlaams Palestina Kommittee,  11.11.11, Oxfam, Broederlijk Delen, etc.

28.  Il s'agit des associations suivantes : Association belgo-palestinienne, CADTM, Centre d'édu­cation populaire André Genot, CNAPD, CNCD, CNE, CSC, Femmes prévoyantes socialistes, FGTB Wallonne, Magasins du monde-Oxfam, MIR-IRG, MCP, MOC, Oxfam Solidarité, Pax Christi Wallonie-Bruxelles, Quinoa, Service civil international, Secours populaire Wallonie-Bruxelles, Solidarité internationale des travailleurs Nord-Sud, Solidarité mondiale, Solidarité socialiste, Vie fémi­nine.

29 «Un antisémitisme quatre étoiles?», Le Soir, 5/5/2003. Pierre Mertens est écrivain. Der­nier ouvrage paru : A propos de l'engagement littéraire, Lux, Montréal.

 

 

(p.90) Un prix Nobel de littérature assimile la répression du terrorisme dans les terri­toires occupés à Auschwitz. L'université de Paris VI appelle au boycott des facultés israéliennes. Un rabbin est attaqué dans une synagogue à Paris ; un professeur, un libraire juif le sont à Bruxelles. Des lycéens de l'athénée Maïmonide sont agressés dans le métro au cœur d'une indifférence générale. Un écrivain, jusque-là insigni­fiant, dénonce "la colonisation de France-Culture par l'intelligentsia juive". On transporte le conflit israélo-arabe entre Uccle, Anderlecht et la station Lemonnier. On confond et amalgame tout, en prétendant que l'antisionisme n'a rien à voir avec l'antisémitisme et que, même, ce serait le sionisme seul qui nourrirait le second. On ajoute "subtilement" que le rappel lancinant de la Shoah servirait à tout jamais de prétexte et d'alibi aux pires exactions dans la bande de Gaza! [...] S'en prendre à Sharon en occultant Hobeika30, ce n'est pas appliquer une politique antisioniste, seulement, mais celle du bouc émissaire ! »

(…)

Oui, il y a des racistes et des antisémites, comme il y a des anti-arabes, des antiflamands et des antiwallons. Par contre, nous avons des lois qui protègent toutes les minorités, qui répriment le racisme, l'antisémitisme, le négationnisme et l'apologie de la violence. Alors, pourquoi accuser la Belgique d'antisémitisme? [...] Toute exportation du conflit du Moyen-Orient est natu­rellement à proscrire. [...]. Nous constatons que dans notre pays, les Juifs béné­ficient de toutes les libertés d'expression. Alors pourquoi cette campagne et cette démesure? Ce n'est pas parce que l'on est en désaccord avec la politique d'un gouvernement israélien que l'on est antisémite pour autant. Non, la Belgique n'est ni antisémite ni anti-israélienne. »

Deux semaines plus tard, dans les colonnes du Soir, Michèle Szwarcburt, Pré­sidente du CCLJ, publie une belle carte blanche32 intitulée «Antisémitisme, bri­sons le silence ! » Extraits : « Avec le recul qui s'impose, le Centre communautaire laïc juif s'inquiète des traces que peut laisser au sein de la population juive de Belgique, la ratonnade antisémite dont huit adolescents juifs ont été la cible, à la station de métro Lemonnier, après avoir quitté l'athénée Maïmonide de Bruxelles, le 10 mars dernier, ainsi que l'attaque au cocktail Molotov de la synagogue de la rue de la clinique à Anderlecht du 18 mars. Ces agressions antisémites ne sont mal-

 

31.  Du 13/3/2003.

 

 

(p.91) Les auteurs d'actes antisémites, ceux qui crient mort aux Juifs dans les rues, ou qui commettent des voies de fait sur des Juifs, sont pour la plupart de jeunes Belges issus de l'immigration arabo-musulinane. Le conflit israélo-palestinien et sa subjective médiatisation ont fouetté l'imaginaire de cette jeunesse qui, moins par conscientisation politique que par frustration sociale, s'est identifiée aux Chebabs33 palestiniens défiant l'armée israélienne. À cet égard, l'antisionisme rabique de cer­tains milieux associatifs et de mouvements d'extrême gauche a bien souvent ali­menté les passions antisémites en diabolisant Israël par tous les moyens.

 

33 Jeunes hommes parfois cagoules ou enturbannés d'un keffieh.

 

(p.93)

Les voisins d'extrême droite

 

Le 9 septembre 2003, à Anvers, les frères Siegfried et Herbert Verbeke ont été condamnés pour révisionnisme, en infraction à la loi contre le racisme et contre le négationnisme34. Dans sa condamnation, le tribunal ajoute aux accusations un manque total de respect pour les victimes de guerre et leurs descendants. Il reproche aussi le manque total de culpabilité de la part des accusés qui se consi­dèrent eux-mêmes comme victimes.

À Bruxelles, le député François-Xavier de Donnéa interroge, en commission, la ministre de la Justice, Laurette Onkelinx, au sujet du site Internet www.assabyle.com du Centre islamique belge sis à Molenbeek. Ce site, qui propose un sondage en forme de «pronostic » sur la fin de l'État sioniste, avait déjà été épingle par la presse, notamment en février 2002 par Le Vif/L'Express (dossier « Massoud : enquête exclu­sive») pour le rôle discutable qu'il pouvait remplir auprès de la communauté musulmane. Dans sa réponse, la ministre a confirmé l'intérêt porté par la Sûreté de l'État à ce centre et à son site Internet, précisant par ailleurs qu'elle attendait l'avis des autorités judiciaires pour savoir si le sondage en question était constitutif d'une incitation à la haine et au racisme. Le député s'étonne qu'il faille une enquête juridique pour déterminer si un sondage prévoyant la date de la destruc­tion de l'État hébreu est ou non une incitation à la haine et au racisme.

François-Xavier de Donnéa estime qu'il vaudrait mieux agir au plus vite contre ce genre d'initiative qui ne peut qu'exacerber les passions entre communautés et déplore cette frilosité... d'autant plus regrettable que les incidents à caractère anti­sémite sont toujours à la hausse et le climat international instable et contagieux.

 

Dérapages dangereux

Michèle Zevart, alors présidente des Femmes libérales de Visé, reçoit par hasard la copie d'un article d'opinion publié dans Le Soir. Voici ce qu'elle répond à l'au­teur du message.

«J'ignore, Madame, pourquoi vous m'envoyez une copie de votre article. Je n'ai rien à voir avec cela, étant du reste pro-palestinienne. S'il n'y avait pas de reli­gion juive, il n'y aurait pas de peuple juif non plus, pour moi les Juifs ne sont pas un peuple, mais des adeptes d'une religion qui souffrent d'un complexe de supério­rité. Ah si tout le monde était laïc, que de conflits évités ! Michèle. »

 

34 http ://www.resistances.be/negatO.html.

 

(p.94) L'antisémitisme est-il une forme de racisme comme les autres ? Je ne le pense pas. Comme je l'ai déjà dit, il s'agit d'une forme de racisme qui occupe une place particulière dans l'histoire de l'Europe puisque c'est sur le territoire européen que la vie juive a été anéantie et, à certains endroits, détruite à tout jamais. Cela jus­tifie une différenciation tant sur le plan du vocabulaire que sur celui de la Mémoire et devrait entraîner de la part des démocrates un refus de l'englober comme une forme de racisme parmi les autres.

Pourtant, il est toujours ou encore difficile en 2004 de parler d'actes antisémites sans, qu'immédiatement, ils ne soient noyés dans des condamnations simultanées et globales de différents racismes et xénophobies. Une façon de se dédouaner, peut-être, ou alors inversement, suite à une agression à l'encontre d'un Juif ou d'une institution, on réunit Juifs et musulmans dans une même phrase ou dans une démarche conjointe, pour partager l'indignation et ensuite les responsabilités sur le mode du « II faut cesser les invectives et les attaques intercommunautaires. » Mais de qui parle-t-on ?

Un seul Juif européen s'est-il rendu coupable d'avoir attaqué une mosquée ? Ce processus de l'inversion par un amalgame — qu'il soit inconscient, ou non — est récurrent. Dans une interview sur Bel-RTL le 20 janvier 2004, Joëlle Milquet3 est interrogée peu avant le journal télévisé de vingt heures sur la proposition d'un mandataire libéral4 de faire dispenser des cours d'instruction philosophique dans les écoles. Elle l'approuve en ces termes : « C'est une bonne chose, cela permettrait aux Juifs de connaître l'islam. Et inversement aussi, évidemment... » L'inversion est patente. Si l'on estime à entre 20 et 25 000, le nombre de Juifs en communauté française, et que l'on en soustrait le nombre croissant ces dernières années, à fré­quenter les écoles juives du réseau libre subventionné, le nombre d'élèves juifs, parmi les quelque 346 000 élèves fréquentant les écoles secondaires francophones à qui cette formation se propose d'être donnée, se réduit évidemment à une infime minorité. D'où vient alors cette réaction, si ce n'est dans le fantasme du nombre de Juifs — il n'est pas rare d'entendre certaines personnes dire qu'ils pensent qu'il y a un million de Juifs en Belgique —, ou dans la mise dos à dos systématique des communautés.

 

 

(p.96) l’Histoire européenne le démontre, l’antisémitisme ne touche pas que les Juifs, dès qu’il pointe, il concerne les libertés de tous.

 

(p.99) La tache d'huile

« HAMAS,   LES  JUIFS  AU  GAZ »

 

Les mises en garde de la conférence de Berlin ou du rapport de l'ECRI vont malheureusement s'avérer insuffisantes. Un pas supplémentaire est franchi, fin janvier 2004, à Hasselt7, lors d'un match de football en salle8 opposant Israël à la Belgique.

Des membres de l'Arab European League (AEL), avec les encouragements du joueur belge Mustapha Toukouki qui, suspendu, suivait le match de la salle avec des amis marocains de Borgerhout (Anvers) et de Châtelet (Charleroi), ont agité des drapeaux du Hamas et du Hezbollah pendant toute la rencontre sportive, per­turbant le jeu en hurlant : « Egorgeons les Juifs ! », « Hamas, Hamas les Juifs au gaz ! » La police a refusé d'intervenir, malgré les injures et les crachats sur le terrain. L'entraîneur israélien, Victor Hadad, témoigne du climat difficile partout où les Israéliens se déplacent. « Dans d'autres pays, les fauteurs de troubles sont immé­diatement identifiés et sortis de la tribune, ici non. » Ce qui s'est passé est, à ses yeux, inadmissible : « Notre équipe comprend des Juifs et des Palestiniens : nous man­geons, buvons, dormons et jouons ensemble. N'est-ce pas ça le but du sport? Le sport doit réunir les gens. Un joueur international ne peut se présenter comme raciste, il doit être un exemple, sur et en dehors du terrain. »

 

8 Dans le cadre d'une qualification pour le championnat d'Europe.

 

(p.103) En décembre, paraît dans le journal gratuit Métro une publicité de Hoover pour son aspirateur modèle Octopus, qui « élimine les acariens jusqu'au dernier». Cette publicité pleine page se compose en réalité de 196 annonces nécrologiques, dont 14 juives, munies de divers signes religieux. Les photos des morts figurant sur les nécrologies sont des photos d'acariens. Neuf photos sur quatorze dans les nécro­logies juives, soit 64 %, sont des acariens; alors que sur l'ensemble des 182 autres nécrologies, on trouvera seulement 25 photos d'acariens, soit 13,7 %.

On se souviendra des parallèles dans la propagande nazie, entre les Juifs et les insectes nuisibles. Mais c'est surtout le texte figurant sous les nécrologies «juives» qui retient notre attention, dans la mesure où il reprend un des clichés les plus éculés de l'imagerie antisémite, à savoir celle du Juif malin, mais sans cœur. En voici le texte : « Nous nous souviendrons toujours de son esprit aiguisé, plus que de son cœur, car il ne nous donnera pas la poussière de diamant qu'il avait. Le pauvre type. » Le fait qu'une loupe soit nécessaire pour arriver à lire le texte ne change rien à la gravité de l'affaire. Ayant appris l'émotion suscitée par cette publicité, Hoover l'a retirée.

 

 

(p.105) C'est de l'humour, mais pas seulement. Dans L'Autre Quotidien20, Nadia Fark, porte-parole de l'ABP (Association belge-palestinienne), écrit: «À l'ABP, on condamne fortement l'antisémitisme. Mais si la diaspora juive était aussi claire par rapport aux excès de l'État d'Israël, on aurait moins de problèmes » ! Le raccourci est saisissant : en somme, l'antisémitisme serait justifié par l'extrémisme juif. L'anti­sémitisme, c'est encore la faute aux Juifs. (…)

 

Manifestations... d'agressivité

Autre incident représentatif de cet antisionisme, qui diabolise non seulement l'État d'Israël, mais tous ceux qui le soutiennent. En février de cette même année 2004, en plein centre de la ville de Bruxelles, le bourgmestre23 autorise une mani­festation très choquante : des comédiens revêtus de treillis militaires évoquant les soldats de Tsahal, mitraillette au poing, frappent des enfants coiffés du keffieh pales­tinien ainsi que des civils opposés à la construction du Mur en Israël. « C'est un spectacle, mais de mauvais goût », déclare un badaud. Tandis que les autres pas­sants s'éloignent à grands pas, effrayés par ces scènes de violence qui, pour fausses qu'elles soient, n'en ont pas moins l'air vraies24. Cette parodie haineuse, sur le sol

 

20. 12/03/2004.

23.  Freddy Thielemans, qui par ailleurs accueillera aussi les anciens enfants cachés pour une manifestation à l'hôtel de ville, autorisera une manifestation propalestimenne tous les vendredis devant la Bourse, ou encore saluera lui-même des enfants israéliens malades en visite à Bruxelles.

24 Sara Brajbart-Proche-Orient.info, 12 février 2004 http ://www.procheorient.info/xjournal_ racism_rep.php3?id_article=21375.

 

(p.106) belge, d'un conflit qui se passe à plus de trois mille kilomètres d'ici, a-t-elle une raison d'être ? Imagine-t-on une scène similaire pour la guerre en ex-Yougoslavie? Non, alors pourquoi ? Est-ce parce qu'il y a des Juifs en Belgique et qu'ils sont visés par cette mascarade ? Est-ce que parce qu'il y a chez nous des fanatiques, musul­mans, qui excitent les esprits ? Toutes ces questions sont sous-jacentes au processus de progression de l'antisémitisme en Belgique et en Europe. Elles ne sont pourtant pas posées clairement.

Quelques jours plus tard, la députée socialiste Véronique de Keyser est de retour de Cisjordanie, membre de la délégation européenne en mission d'observation pendant trois jours. Au journal télévisé de la RTBF du 23 février, elle compare le « mur de sécurité » aux camps de concentration : « Les murs sont équipés de caméras de surveillance, il y a, tous les x mètres, des miradors avec des soldats qui surveillent, là où il n'y a pas de mur de béton, il y a des barbelés et on a vraiment l'impression de camps de concentration». De manière délibérée, une députée européenne sollicite l'inconscient collectif relatif à la Seconde Guerre mondiale et contribue au processus de nazification d'Israël.

La comparaison est d'abord une injure à tous ceux, Juifs et non Juifs, qui ont été victimes des camps de concentration25 (en allemand Konzentrationslager, en abrégé KL ou KZ) et qui fut l'une des caractéristiques marquantes du régime nazi entre 1933 et 1945. Le premier camp de concentration en Allemagne, Dachau, est créé peu après la nomination de Hitler au poste de chancelier en janvier 1933. Les camps dépendent des nazis qui y font régner une discipline brutale. Les détenus sont rasés, portent un uniforme rayé et dans certains camps les nazis leur tatouaient un numéro en guise d'identité. Ils vivent dans des baraques non chauffées : les blocks, entourés de barbelés électrifiés et surveillés par des miradors. Ils travaillent seize heures par jour et ne reçoivent comme nourriture qu'un bol de soupe et un peu de pain. L'utilisation abusive du vocabulaire, comme par cette euro-députée, explique vraisemblablement en partie les sondages qui font d'Israël la principale menace pour la paix mondiale, devant des dictatures comme l'Iran ou la Corée du Nord.

 

(p.108)

Les autres murs

Une étude statistique fournie par le ministère des Affaires étrangères israélien29 affirme que la construction de la « barrière de sécurité » a permis de réduire le nombre d'infiltrations de terroristes palestiniens et donc aussi d'attentats-suicides. Les statistiques montrent qu'entre avril et décembre 2002, avant la construction de la barrière, 17 attentats-suicides ont été perpétrés depuis le Nord de la Cisjordanie. En 2003, après la construction du mur, on ne compte plus que cinq attaques contre d'Israël. En revanche, les attaques en provenance du Sud de la Cisjordanie, où la clôture de sécurité n'a pas été construite, passent de 10 à 11 pour la même période.

Israël n'est pas le premier pays à construire un mur, une clôture ou une barrière de sécurité. Il en existe un nombre appréciable un peu partout dans le monde. C'est cependant le mur israélien qui retient toutes les attentions et les critiques, minimisant de fait l'enjeu : éviter des attaques terroristes. On n'entend pas ces mêmes critiques à l'égard d'autres pays ayant construit des murs de séparation afin d'éviter par exemple l'immigration clandestine. Construire un mur pour se protéger d'immigrants en détresse est-il plus légitime que le faire pour empêcher l'entrée de kamikazes ? Comme pour le mur entre le Mexique et les États-Unis, une barrière contre les millions de Mexicains illégaux qui veulent pénétrer au pays d'Oncle Sam et trouver une réponse à la misère.

« La grande muraille du Maroc » connue sous le nom de « ceinture de sécurité », est un mur de défense, long de 2 720 kilomètres, érigé par le Maroc dans le Sahara marocain dans le but de protéger ses territoires et sa population contre les invasions hostiles du Front du Polisario.

La Corée du Sud se protège de la Corée du Nord par une barrière. L'Inde aussi, a construit une barrière de 3 300 km afin de marquer sa séparation du Pakistan voisin, qui la conteste. Le Botswana construit des barrières électrifiées à sa frontière avec le Zimbabwe, officiellement pour empêcher les animaux de ferme contaminés d'entrer dans le pays ; elles servent surtout à empêcher ceux qui fuient les troubles d'arriver au Zimbabwe. L'Arabie Saoudite, une des voix majeures à critiquer la barrière de sécurité israélienne, en construit une, en béton, avec caméras de sur­veillance. Un projet d'un peu plus d'un demi-milliard d'euros sur la frontière

 

29 Israel's Anti Terrorist Fence.

 

(p.109) poreuse avec le Yémen, afin d'empêcher les infiltrations. Ce qui provoque la colère de plusieurs tribus locales qui affirment que la construction lèse le territoire yéménite de près de sept kilomètres. L'Arabie Saoudite met également en place une barrière ultramoderne sur les 900 km de frontière commune avec l'Irak30. Autre lieu de tension, où s'érige un mur, Chypre, dont une partie du territoire est contestée par la Turquie. Cette dernière, candidate à l'entrée dans l'Union européenne, a construit une barrière afin de délimiter le territoire qu'elle revendique sur l'île chy­priote. Reste le cas fameux de l'Irlande, où, depuis plus de trente ans, des dizaines de murs séparent catholiques et protestants. Des rues ont été coupées afin de mettre un terme aux jets de projectiles, pierres, cocktails Molotov, grenades, etc. Des quartiers entiers de Belfast ont été défigurés, des maisons rasées et des habitants expulsés pour permettre la construction de ces murs.

La Thaïlande a annoncé en 2007 son projet d'édifier une barrière physique le long des 75 km les plus inaccessibles de sa frontière avec la Malaisie. Le but, selon Bangkok, est d'empêcher les « terroristes » de traverser les provinces agitées, à majo­rité musulmane du sud de la Thaïlande31.

Le Pakistan construit actuellement une barrière de 2 400 km pour être séparé de l'Afghanistan. L'Ouzbékistan a érigé une clôture le long de sa frontière avec le Tadjikistan. Les Émirats arabes unis sont en train de mettre en place une barrière sur leur frontière avec Oman et le Koweït renforce le mur de 215 km le long de sa frontière avec l'Irak.

L'Espagne de Javier Solana a érigé une barrière électrifiée gardée par des soldats, aux enclaves de Ceuta et Melilla à la frontière du Maroc. Elle fait rempart aux travailleurs illégaux, qui, par centaines, tentent d'entrer en Espagne.

 

30.  Murs, clôtures de sécurité... On ne fortifie plus les villes mais des pays entiers ! Gwynne Dyer, Le Soleil, mercredi 14 février 2007 http ://www.vigile.net/Murs-clotures-de-securite-

31.  Idem.

 

(p.112) /2005/

(…) lorsque la Belgique adhère enfin à la Task Force, Jan Deboutte se heurte à la structure belgo-belge. En effet, la Mémoire de la Shoah est une compé­tence fédérale, or les questions d'éducation sont directement régies par les commu­nautés. Du côté flamand, le ministre Vandenbroucke, heurté par le fait que les jeunes qui sortent des écoles ne connaissent rien à la Shoah, veut y remédier. Côté francophone, en évoquant le problème de l'indépendance des écoles, on s'engage du bout des lèvres.

(…) Toujours selon l'ambassadeur, si, en Belgique, de nombreux incidents antisé­mites sont déclarés, nombreux sont ceux qui ne sont pas portés à la connaissance du public ou de la police. Il rappelle un incident marquant survenu en 2004, qui lui a été rapporté par la victime. Une artiste israélienne, chanteuse d'opéra venue pour une performance à la Monnaie, lui raconte : « Dans votre pays, vous avez de gros problèmes ! J'ai été agressée par des jeunes d'origine maghrébine, qui m'ont dit : "Sale Juive, on va t'apprendre !" Jan Deboutte témoigne : II y a quarante ans, on disait de quelqu'un qui faisait quelque chose de louche : "Hij maakt jodenstreken9!", (p.113) aujourd'hui dans le tram, on entend : "Ça pue le Juif!" L'acceptation et la minimisation de ces phénomènes sont préoccupantes et ne devraient pas être tolérées. Or, le monde politique ne réagit pas assez. » Que faire ? « Le Premier ministre a beaucoup fait, tant pour les questions de réparations, que pour celles de la reconnaissance des responsabilités de la Belgique officielle (comme la com­mande de l'étude du Ceges, ou la plaque pour les sauveurs, ou encore le dépla­cement à Auschwitz, accompagné du roi Albert II, puis celui à Yad Vashem). Il faut travailler au niveau des Communautés et de l'ensemble du pays. Une action ponctuelle, même très bonne, comme le projet-pilote École pour la Démo­cratie10, n'est pas suffisante s'il n'y a pas de suivi. »

 

(p.115) «Le socialisme des imbéciles»

Si l'antisémitisme est virulent à l'extrême droite, il est bien présent aussi à l'extrême gauche. Il a, en fait, toujours existé dans l'ensemble du spectre poli­tique. À gauche aussi, même si on en parle moins, car il était difficile, pour certains, d'admettre que l'antisémitisme soit porté par ceux-là même qui se revendiquent, dans leur combat politique, de l'humanisme. Ceux qui basent leur action sur la lutte des classes, passant sous silence la dimension antisémite qui a longtemps pollué les théories progressistes. Jean Jaurès, sans doute interpellé par le succès de Drumont, se laissera aller à écrire, en 1895 dans La Dépêche de Toulouse, au retour d'un voyage en Algérie : « Sous la forme un peu étroite de l'antisémitisme se propage en Algérie un véritable esprit révolutionnaire et "l'usure juive" réconcilie contre elle l'Européen et l'Arabe20. » II a son alter ego en Belgique en la personne de Jules Destrée, père du socialisme wallon et virulent antisémite, dans la tradition d'anti­sémitisme social de tout le mouvement ouvrier. Le raciste vit donc bel et bien également au sein des courants qui défendent l'antiracisme. Pour le réseau de lutte contre le fascisme et le racisme, Ras l'Front21, ce silence et ce déficit de réflexion «permettent dans les périodes de crise (Guerre du Golfe, effondrement du système soviétique) que des réflexes surgissent, que la vigilance s'assoupisse. L'attaque raciste masquée derrière "l'anticapitalisme", "l'antisionisme" ne sert véritablement, en désignant une communauté à la vindicte, qu'à occulter les véritables mécanismes de domination à l'œuvre dans nos sociétés».

 

20.  «Racisme et antisémitisme à gauche», Ras l'Front, Strasbourg, 12/12/1997.

21 Réseau de lutte contre le fascisme et le racisme http ://www.raslfront.org/fondements/ intro.php

 

 

(p.116) Le jeune Karl Marx, précisément, a contribué à implanter l'idée selon laquelle le socialisme implique une dose d'antisémitisme en motivant l'amalgame entre judaïsme et bourgeoisie. Il écrit : «Ayant reçu à la place de son livret de caisse d'épargne des bons du Trésor, il fut contraint d'aller les vendre à la Bourse et de se livrer ainsi directement aux mains des Juifs de la Bourse contre lesquels il avait fait la révolution de février. » Friedrich Engels23 lui répond en démontant cette mystification : « L'antisémitisme falsifie le véritable état des choses. Il ne connaît même pas ces Juifs contre lesquels il vocifère. Sinon, il saurait qu'ici, en Angleterre et en Amérique, grâce aux antisémites d'Europe orientale, et en Turquie, grâce à l'Inquisition espagnole, il y a des milliers et des milliers de prolétaires juifs, et que ce sont précisément ces travailleurs juifs qui subissent l'exploitation la plus féroce et qui connaissent l'existence la plus misérable. Chez nous, ici, en Angleterre, trois grèves de travailleurs juifs ont eu lieu l'année dernière, comment peut-on donc parler de l'antisémitisme comme d'un moyen de lutte contre le capital24?» Loin d'être unanime à gauche non plus, le caractère réactionnaire de l'antisémitisme fut rappelé par August Bebel25, qui l'appelait «le socialisme des imbéciles».

 

23.  Au tournant du siècle, la rupture des relations douteuses entre la gauche socialiste ou marxiste et l'antisémitisme date de l'affaire Dreyfus, lorsque Emile Zola se dressa contre l'antisémitisme et rédigea J'accuse. Toutefois, rappelons que Jaurès, trois jours après le J'accuse de Zola, évoque pourtant, «derrière son initiative hardie et noble, toute la bande suspecte des écumeurs juifs [...] ».

24.  «Racisme et antisémitisme à gauche», Ras l’Front, Strasbourg, 12/12/1997.

25 August Bebel, né à Deutz (près de Cologne) le 22 février 1840 et mort le 13 août 1913. Artisan allemand devenu homme politique socialiste.

 

(p.117) Dominique Sopo27, président de Sos-Racisme, dresse un constat sur l'anti-racisme contemporain. «Au nom de cet antiracisme Canada Dry, parce qu'il en a la couleur, mais pas la teneur, une partie de la gauche dite progressiste couvre ainsi un certain nombre de dérapages. Par relativisme culturel, elle soutient des orga­nisations islamistes qui œuvrent au repli identitaire et non à l'épanouissement de l'individu. [...] Par anti-impérialisme, cette gauche trouve ses plus fervents ténors dans la rédaction en chef du Monde diplomatique et cautionne l'anti-impérialisme islamiste, qui n'a pourtant rien de progressiste. Sans compter qu'elle condamne l'antisémitisme d'un Le Pen, listant les intellectuels juifs lors d'une fête Bleu Blanc Rouge, mais qu'elle "excuse" par la situation au Proche-Orient, celui d'un Tariq Ramadan se livrant au même exercice sur le site www.ournma.com en octobre 2003. Y aurait-il donc un antisémitisme de gauche?28» Une fausse question, répond Alexis Lacroix, journaliste au Figaro et auteur du Socialisme des imbéciles, car cet antisémitisme de gauche, fondé sur une association de l'oppression du prolé­tariat avec le «grand capital juif », a toujours existé. Simplement, surfant sur une mauvaise interprétation du conflit israélo-palestinien, il revient aujourd'hui à gauche avec une vigueur que ne dédaignerait pas l'extrême droite. Et Lacroix de rappeler que José Bové amalgame antilibéralisme et conflit au Proche-Orient lors d'une réunion à Bordeaux, le 6 octobre 2001 : «Israël est une sentinelle avancée de la colonisation libérale. [...] La lutte pour les droits du peuple palestinien s'ins­crit dans la lutte contre la mondialisation financière29 ». Enfin, en France encore, Caroline Fourest, dénonce dans La Tentation obscurantiste^"0 «les compromissions de ces "idiots utiles" d'une gauche, qui des Verts à la JCR, en passant par le MRAP, est prête à s'allier avec les pires associations antidémocratiques par nostalgie de la révolution ou culpabilité postcoloniale». Ces associations où l'on retrouve des personnalités aussi progressistes et éclairées que Hassan Iquioussen, qui voit les Juifs comme «le top de la félonie» et la Shoah comme un «complot juif». Elle

 

27.  SOS antiradsme, Denoël.

28.  Le Point Édition, Sus à l'« obscurantisme de gauche!», n° 1729, 3/11/2005.

29.  Idem.

30 La Tentation obscurantiste, Grasset. Dans cet essai, elle poursuit son travail de dénonciation des mouvements français de gauche anti-impérialistes, coupables, d'après elle, de complaisance avec les « islamistes ».

 

(p.118) décrit de l'intérieur les acteurs de ce climat délétère où, au terme d'un retourne­ment dialectique tragique, ceux qui défendent la laïcité sont aujourd'hui traités d'islamophobes ou de colonialistes, tandis que, par peur d'être taxés de racisme ou par électoralisme, des municipalités socialistes du Nord de la France se trans­forment en bastions de l'«islamo-gauchisme». Ce sont bien des auteurs ou mili­tants antiracistes français qui sont cités, alors qu'en Belgique peu, pour ne pas dire aucune, voix ne s'élève pour condamner cette attitude. Au contraire, dans ce domaine, la parole est laissée à des leaders comme Pierre Galand, militants d'Oxfam, du Mrax ou de 11.11.11., qui, loin de se remettre en question joue ce jeu dan­gereux, dénoncé avec courage en France.

 

À l'école

En Belgique, l'année 2005 est aussi celle de la condamnation de l'étudiant Youssef S. de l'athénée Marcel Tricot, qui écope d'un an de prison avec sursis pour incitation à la haine raciale. Les juges ont estimé que le prévenu n'avait toujours pas compris la gravité de ses actes et qu'il était donc exclu de lui octroyer une peine de travail. Pour rappel, les faits datent de novembre 2002. Un jeune enseignant en 5e année professionnelle, David Berman, s'entend d'abord dire qu'« il a une tête de Juif». Ensuite d'autres élèves, dont Youssef, se sont montrés plus agressifs. Youssef a effectué des saluts nazis, a hurlé «Heil Hitler! » et «Mort aux Juifs» et brandi des croix gammées. L'enquête a établi que le prévenu possédait des photos des tours WTC en feu le 11 septembre 2001 sur son GSM. Il a enfin hurlé «Je suis Hitler, je suis ben Laden31 ! » Le professeur s'est vu jeter un banc à la figure, et plusieurs chaises. Youssef n'était pas seul à agir. Un autre élève a été poursuivi, mais ce dernier n'a pas interjeté appel. Un troisième n'a pas été inquiété car il était mineur au moment des faits.

Face à ces comportements, le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme s'est constitué partie civile, à côté de la victime. Pour le Centre, il s'agit « d'une réponse ferme à des actes intolérables qui rendent le vivre ensemble dans notre société encore plus difficile ». La direction de l'athénée, se disant incapable d'assurer sa sécurité, a conseillé au professeur de quitter l'établissement. Ce qu'il s'est résigné à faire.

 

31    h. Bt, La Dernière Heure, 2005.

 

 

(p.119) Edgar Bronfman, président du Congrès juif mondial (CJM), a expliqué que le conflit israélo-palestinien « est devenu une excuse pour une résurgence de l'anti­sémitisme au cours des dernières années. Israël peut certainement être légitimement critiqué mais, quelles que soient ses erreurs, ce n'est pas une raison pour brûler une synagogue en Suisse, dynamiter une pâtisserie juive à Paris, poignarder un adolescent juif dans une rue d’Anvers ou attaquer une famille juive qui vient de célébrer le Shabbat dans l’Essex (Grande-Bretagne). »

 

(p.123) /2006/

Depuis 2001, date à laquelle le site www.antisemitisme.be a commencé à recen­ser les incidents antisémites en Belgique, 2006 fait figure de record. La guerre du Liban en est certainement un élément déterminant, étant donné qu'un tiers des actes antisémites a précisément eu lieu pendant les deux mois d'été.

 

(p.127) L'université libre de Bruxelles, «suffisamment antisioniste»?

Le 10 mars, une polémique naît, toujours à l'ULB, autour du professeur de droit à Harvard, Alan Dershowitz, qui met en cause la liberté à l'Aima Mater. Dans son article, « Pourquoi relancer à l'ULB un incident de 2004 ?13 », Christian Laporte explique : « L'émotion est vive à l'ULB après une déclaration d'un pro­fesseur de Harvard sur la liberté à l'Aima Mater. » Mais les flèches visent surtout l'Atlantis Institute. «L'Université de Bruxelles devrait sérieusement reconsidérer son appellation car il semble que la liberté de pensée et d'expression s'y portent mal, du moins dans certaines sections où cette liberté n'est apparemment reconnue qu'à certains. » II n'y était pas allé avec le dos de la cuiller, le professeur Alan Dershowitz, éminent théoricien et praticien du droit à l'université de Harvard, dans une inter­view publiée sur le site de l'Atlantis Institute, un think tank indépendant aux thèses souvent très libérales. Le juriste de Harvard entendait ainsi réagir, avant d'émettre toute autre réflexion, à un incident à l'encontre d'une étudiante juive rapporté par son intervieweur Joël Rubinfeld. Selon ce dernier, voici deux ans, une étudiante juive de l'École de Commerce Solvay se serait fait traiter de « You bloody Jew ! » lors d'un cours d'anglais par un professeur qui n'aurait pas apprécié son hommage personnel à George Bush, «pas aussi mauvais que ce que l'on en disait». Selon Rubinfeld, l'étudiante a quitté le cours en larmes niais elle ne fut pas la seule cible d'agressions antisémites : ainsi, toujours à en croire l'Atlantis Institute, plusieurs étudiants juifs auraient été menacés de mort. C'est cette évocation qui a fait réagir Alan Dershowitz de manière un peu vive à l'égard de l'Aima Mater bruxelloise. Ces propos un peu durs ont ému au Solbosch et extensions. Pour le professeur Victor Ginsbourgh, il s'impose de mettre très vite les choses au point. D'abord parce qu'il y va de l'honneur de l'ULB mais aussi parce que selon ce spécialiste de l'économie, Alan Dershowitz se serait vu présenter une version un peu biaisée de l'incident survenu à Solvay : « Lors d'une discussion résumant un article en anglais sur la politique de George Bush, et parce que l'article citait les aspects négatifs mais aussi positifs de cette politique, l'enseignante a pris des positions gauchistes et anti-israéliennes, c'est-à-dire antisionistes mais pas du tout antisémites. Il n'y a jamais eu la moindre insulte antisémite, a-t-elle ajouté et certainement pas de "bloody Jew". » Pour Victor Ginsburgh, il est évidemment farfelu d'accuser l'ULB d'antisémitisme : «Je n'ai jamais entendu cela en près de 50 ans de vie commune. L'ULB antisioniste, alors? Pas assez à mon goût, mais il est temps en tout cas qu'elle éjecte les provocateurs qui la salissent. » Et de pointer l'index vers l'Atlantis

 

  1. Article du quotidien La Libre Belgique. «Pourquoi relancer à l'ULB un incident de... 2004» avec l'autorisation de l'auteur, Christian Laporte. Mis en ligne le 10/03/2006 http ://www.lalibre.be/article.phtml?id=10&subid=90&art_id=273465

 

 

(p.128) Institute dont certains membres ont pignon sur rue à l'Université de Bruxelles. Le débat gêne quelque peu les hautes sphères de l'Université. C'est ainsi que la direction de la Solvay Business School, interpellée par nos soins, n'a fini par dif­fuser un communiqué de presse, que le jeudi en toute fin de journée. Tout en s'interrogeant sur les visées de l'Atlantis Institute, le texte précise que l'étudiante en question a été contactée par la Solvay Business School et qu'elle a confirmé la teneur de l'incident mais qu'elle avait décidé de ne pas en informer les autorités. Cela n'empêche pas la direction de « réaffirmer son attachement à la liberté d'ex­pression et de pensée » mais aussi de « condamner toute forme de racisme et d'anti­sémitisme ».

(…)

 

La confusion des genres

Le mardi 9 mai 2006, la ministre de la Justice Laurette Onkelinx compare le recensement des imams au port de l'étoile jaune pendant la Deuxième Guerre mondiale14.

Le dimanche 16 octobre 2005, lors du journal télévisé de RTL-TVI, à l'oc­casion des vingt-cinq ans du Parlement wallon, le président José Happart15 n'hésite pas à comparer le climat politique qui prévaut en Wallonie à celui de l'Allemagne de 1933.

Lorsque, pendant les émeutes des banlieues en France, en novembre 2005, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy propose l'instauration de la double peine et donc l'expulsion de ressortissants étrangers ayant commis des actes criminels dans les banlieues, le MRAP qualifie ces propositions, d'épuration ethnique.

En novembre à Bruxelles, lors d'une exposition organisée au Parlement euro­péen par la Ligue des familles polonaises, un parti très conservateur soutenu par

 

14.  http ://www.dekamer.be/doc/CCRI/html/51/ic954.html.

15 Sur le site du Parlement wallon, la retranscription du discours du président pour les 25 ans du Parlement wallon lors de la séance solennelle au Théâtre royal de Namur (15/10/2005), José Hap­part dit de surcroît : «La Démocratie, ce n'est pas un acquis définitif. Lorsqu'on dit "Faites atten­tion, regardez à ce qu'on fait aujourd'hui !", on est bien, quoi qu'on en dise ! Mais ils ne sont pas loin, celles et ceux qui voudraient nous remettre dans les camps de concentration pour nous expliquer qu'on ne comprend pas ce qu'ils disent, et donc, qu'il faut nous écarter. »

 

(p.129) l'Eglise polonaise, par l'Association polonaise pour la protection de la vie humaine et par certains eurodéputés polonais, compare l'avortement à la Shoah.

(…)

Fin décembre 2006, Le Soir annonce dans ses éditions en ligne qu'« Israël a décidé de renouveler son engagement pour la trêve à Gaza, mais ne renoncera pas à ses attaques ciblées contre les militants palestiniens qui tirent des roquettes sur le territoire israélien». Yves Caelen, membre du collectif Dialogue et Partage, s'étonne auprès de Béatrice Delvaux, rédactrice en chef, de l'emploi, dans ce contexte, du terme «militants».

« Ce terme, écrit-il, est en général utilisé pour désigner les membres actifs d'un parti politique ou d'une organisation sociale. On parle, par exemple, des militants du PS ou du MR ou encore de la FGTB, de Greenpeace ou d'Amnesty Interna­tional. Ces militants ne tirent à ma connaissance de roquettes sur personne.

« Pour rappel, le sens généralement reconnu du terme "militer" est : "parti­ciper de manière active à la propagation d'une idée. Ex. : militer pour la paix." Avec l'emploi que vous faites du terme "militant", nous ne nous situons plus simplement dans le domaine de l'imprécision, niais dans celui de la contrevérité ou de l'intoxi­cation. Pourriez-vous, soit expliquer à vos lecteurs en quoi l'envoi de roquettes sur le territoire d'Israël constitue un acte militant (à savoir un acte qui fait avancer une idée, un idéal, quel qu'il soit), soit adapter votre vocabulaire à une réalité que, décidément, vous semblez avoir décidé de ne pas voir.

«Au cas où vous manqueriez d'idées, voici quelques termes convenables pour caractériser les personnes que vous désignez improprement sous le vocable de "militants" : guérilleros, terroristes, éléments armés, commandos, tireurs, snipers, assassins, unités paramilitaires... Je ne cite que les premiers qui me viennent en tête, mais vous trouverez, j'en suis certain, d'autres termes si vous souhaitez com­pléter la liste.

«J'espère que vous comprendrez que la première des rigueurs que j'attends de mon journal consiste dans l'emploi d'un vocabulaire exact.»

Comme c'est le cas pour d'autres courriels, aucune réponse n'a été donnée à celui-ci.

 

Logique des comparaisons déraisonnables

Quels sont les points communs entre la situation politique de la Wallonie et celle de l'Allemagne en 1933 ? Il n'y en a pas ! Les comparaisons abusives de José Happart cherchent à faire peur et nuisent au bon fonctionnement de nos institu­tions. Elles dénigrent les hommes et les femmes qui sont engagés dans l'action politique ainsi que la presse qui fait son travail. Dès leur prise de pouvoir en jan­vier 1933, les nazis ont construit des camps de concentration pour y enfermer les opposants politiques, les homosexuels, les handicapés, les Juifs et les tziganes. En 1933, l'étoile de David fut peinte en jaune et en noir sur des milliers de portes et

(p.130) Institute dont certains membres ont pignon sur rue à l'Université de Bruxelles. Le débat gêne quelque peu les hautes sphères de l'Université. C'est ainsi que la direction de la Solvay Business School, interpellée par nos soins, n'a fini par dif­fuser un communiqué de presse, que le jeudi en toute fin de journée. Tout en s'interrogeant sur les visées de l'Atlantis Institute, le texte précise que l'étudiante en question a été contactée par la Solvay Business School et qu'elle a confirmé la teneur de l'incident mais qu'elle avait décidé de ne pas en informer les autorités. Cela n'empêche pas la direction de « réaffirmer son attachement à la liberté d'ex­pression et de pensée » mais aussi de « condamner toute forme de racisme et d'anti­sémitisme ».

Événements qui posent question. Tout d'abord, peut-on être antisioniste sans être antisémite ? Sans doute pas au vu de la définition du petit Robert du sionisme qui est un «mouvement politique et religieux, visant à l'établissement puis à la consolidation d'un État juif (la nouvelle Sion) en Palestine». A contrario, l'antisio-nisme serait donc l'opposition à l'établissement puis à la consolidation d'un État juif en Palestine... Ensuite, quand le professeur de l'ULB, parle des provocateurs qui « salissent » l'université, il ne pense pas, bien entendu, à ceux qui ont effectivement proféré les menaces de mort ou à certains conférenciers qui insultent les valeurs libres-exaministes. Alors qui sont les coupables ?

 

(p.130) Les sanctions prises à l'encontre de certains responsables politiques wallons, qui se seraient rendus coupables de malversations, peuvent-elles être comparées aux premières mesures discriminatoires des nazis ?

En quoi le terme « militant » s'applique-t-il à des terroristes ? Quel rapport y a-t-il entre l'avortement et le massacre de six millions de Juifs en Europe pendant la Deuxième Guerre mondiale ? Quel rapport y a-t-il entre vouloir régulariser la situation des imams en Belgique et le port de l'étoile jaune, rendu obligatoire pour les Juifs le 7 juin 1942 ? Cette brimade qui clôtura les mesures d'exception en vue d'éliminer les Juifs de la vie économique et sociale rendait la persécution visible et déboucha le même mois sur la décision prise à Berlin de commencer les dépor­tations.

 

Boycott or no boycott?

Fin mai, peu avant les vacances parlementaires, plusieurs députés bruxellois MR, suite à diverses interpellations demandant la relance de l'accord de coopération entre la Région Bruxelloise et l'État d'Israël, ont déposé une proposition de réso­lution à ce sujet16. Jusqu'ici, le ministre-président Charles Picqué a toujours répondu par la négative aux interpellations ; les motions motivées déposées au Parlement allant dans le même sens ont été systématiquement, et parfois violemment, rejetées par la majorité PS-cdH-Ecolo. Ces résolutions et motions tentent de remettre une nouvelle fois le point à l'ordre du jour du Parlement.

Pour rappel, l'accord de coopération entre la Région bruxelloise et l'État d'Israël du 8 septembre 1998 a été ratifié par le Parlement bruxellois le 17 mars 2000, publié au Moniteur belge en date du 13 juillet 2000 et suspendu le 29 mars 2002.

Les députés MR, qui déposent la nouvelle résolution, estiment que de nouveaux éléments ont vu le jour dans l'actualité au Moyen-Orient depuis la suspension de facto de l'accord, ce qui permet d'envisager à nouveau la coopération entre les deux partenaires. Critiquer un gouvernement démocratiquement élu empêche-t-il

 

16     mon initiative, et cosigné par Jacques Simonet, Marion Lemesre, Didier Gosuin et Michèle Hasquin.

 

(p.131) d'entretenir des relations constructives sur les plans économique, culturel ou de la recherche ? Les conséquences de l'arrêt des échanges sont directes. Le Dr Brotchi, chef de service de neurologie à l'hôpital Érasme, président de l'Association mon­diale de neurologie et sénateur MR, en témoigne : « La suspension de cet accord bloque actuellement la coopération entre les services de neurochirurgie de l'hôpital Érasme et de l'Université hébraïque de Jérusalem pour les soins à apporter aux malades atteints de maladies comme la maladie de Parkinson. » ( …)

 

Vandales et martyrs

Le premier événement de l'été qui a particulièrement bouleversé la commu­nauté juive est la dégradation du Mémorial aux martyrs juifs à Anderlecht, lieu symbolique de recueillement à la mémoire des Juifs déportés de Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur les murs, 25 411 noms y rappellent le devoir de mémoire et la nécessaire vigilance de tous pour éviter des dérives racistes de toute nature. Les vandales ont vidé de son contenu une urne contenant des cendres humaines ramenées d'Auschwitz-Birkenau, une grille a été arrachée, des vitrines cassées et des documents détruits. Le sol a été souillé de préservatifs et d'excré­ments.

Pour l'Union des déportés juifs en Belgique, ces actes violents et heurtants sont l'œuvre d'antisémites animés d'une rage destructrice. En revanche, selon la police de la zone Bruxelles-Midi17, tout comme pour les politiques qui se sont exprimés directement après la découverte des lieux, les actes ne seraient pas le fait d'antisémites, mais plutôt déjeunes vandales qui ont enjambé un mur.

 

17 Depuis le 1er janvier 2001, la police, autrefois gérée au niveau de la commune, a été restruc­turée. La Belgique a été subdivisée en 196 zones de police, appelées également zones «interpolices» ou ZIP. Dans la région de Bruxelles-Capitale, on est passé de 19 polices communales à six zones de police. Chacune d'elle couvre plusieurs communes. Les zones sont «Ville de Bruxelles-Ixelles», « Schaerbeek-Saint-Josse-ten-Noode-Evere », « Woluwe-Saint-Pierre-Woluwe-Saint-Lambert », « An-derlecht-Saint-Gilles-Forest» ou zone Bruxelles-Midi, «Molenbeek-Saint-Jean-Koekelberg-Jette-Ganshoren-Berchem-Sainte-Agathe » et « Uccle-Watermael-Boitsfort-Auderghem».

 

(p.133) Claude Kandiyoti20, présent, écrit aussi au ministre : «Lors de la cérémonie qui s'est tenue ce jeudi 27 juillet 2006 à Anderlecht visant à dénoncer la profana­tion du Mémorial aux Martyrs juifs de Belgique, un événement intolérable s'est produit qui a choqué les personnes présentes venues se recueillir, qui blesse l'en­semble de la communauté juive de Belgique et qui nous inquiète profondément. M. André Flahaut, ministre de la Défense et représentant du gouvernement fédéral à cette manifestation, s'est permis dans la première partie de son discours de dresser un parallèle honteux entre les victimes juives de la Shoah et les victimes du conflit qui oppose en ce moment l'État d'Israël et le mouvement terroriste du Hezbollah. Cette faute doit être dénoncée à deux niveaux : premièrement, même si toutes les victimes civiles de conflits armés doivent être déplorées, il est scan­daleux de choisir ce lieu et cet instant pour procéder à un amalgame pour le moins douteux entre les six millions de victimes juives du génocide nazi et celles du conflit au Moyen-Orient. Deuxièmement, il est totalement irresponsable de la part d'un dirigeant politique du rang de M. Flahaut de contribuer ainsi à l'importation de ce conflit en Belgique. Est-il nécessaire de lui rappeler le regain d'actes anti­sémites dont ont été victimes les communautés juives en Europe et en Belgique, suite au déclenchement de la seconde Intifada? Est-il nécessaire de rappeler à M. le ministre que cette "importation" fut le fruit d'amalgames de ce type ? »

 

20 Jeune militant actif, engagé. Actuellement directeur de la revue Contact J.

 

(p.134) La guerre du Liban en Belgique

Au congrès de rentrée du Parti socialiste, fin août, le président du PS, Elio Di Rupo, se prononce : « II est essentiel que l'armée israélienne stoppe son offensive meurtrière dans la bande de Gaza et libère les officiels palestiniens arrêtés dans ce cadre. [...] Les moyens de guerre utilisés par l'État hébreu au nom du droit à l'autodéfense, [sont] non seulement disproportionnés, mais aussi illégaux et crimi­nels au regard du droit international. [...] Il n'est jamais légitime de répondre à des attaques d'organisations terroristes, en mettant des pays, que ce soit le Liban ou la Palestine, unilatéralement sous blocus, ce qui risque d'y provoquer des catastro­phes humanitaires, en détruisant des infrastructures vitales pour les populations, comme des centrales électriques, des ponts et des aéroports, et en utilisant des armes de guerre qui sèment indistinctement la mort et la désolation parmi les populations civiles.» Et d'ajouter [...] «Ceux qui ont cassé doivent payer, sinon c'est trop facile ! » Cette dernière phrase étant répétée à plusieurs reprises.

Une analyse de la guerre sans aucune nuance ni mise en perspective ; une accusation unilatérale et un ultimatum à payer le prix du conflit, sans transiger.

En répétant « Ceux qui ont cassé doivent payer, sinon c'est trop facile », fait-il allusion à Al Qaida et aux tours du World Trade Center ? Au Hezbollah qui a lancé des milliers de missiles contre Israël? La réponse est malheureusement évidente et toujours la même : non, c'est Israël le seul coupable.

(p.135) Dans une lettre signée par de nombreux membres et dirigeants de la commu­nauté juive22, mais aussi de nombreux amis non juifs, il est demandé à Elio Di Rupo de justifier son accusation à l'encontre d'Israël de «riposte disproportionnée». « Un pays, contre lequel la guerre a été déclarée et qui répond à la violence, commet un "acte disproportionné", dites-vous. L'assassinat de soldats, l'enlèvement de mili­taires, les tirs de milliers de missiles et de roquettes Qassam dirigés contre des civils par des terroristes qui se servent de femmes et d'enfants palestiniens et libanais comme boucliers humains, seraient donc, pour vous, "proportionnés"? (...) Vous-même, M. Di Rupo, accepteriez-vous de discuter avec quelqu'un qui, non seu­lement ne vous reconnaît pas, mais exige votre destruction, non pour ce que vous faites, mais pour ce que vous êtes ? Pourquoi le président du Parti socialiste belge, a-t-il pour seul intérêt ce conflit-là alors que dans de nombreux endroits, les morts se comptent par milliers ou par millions dans l'indifférence générale ? »

Dans sa réponse aux courriers, Elio Di Rupo précise les positions du PS et les termes de son intervention, lors de l'Université d'été à Dinant, le 25 août, sur la guerre au Liban. «[...] À ceux qui assimilent toute critique du gouvernement israélien à de l'antisémitisme, je réponds qu'ils font des amalgames injurieux et inac­ceptables. C'est la même réponse que j'apporte à ceux qui prétendent que la posi­tion du PS est dictée par des visées électorales à court terme. À ceux qui affirment que le PS a une vision partielle de l'actualité internationale, parce que je n'ai pas, dans mon discours du 25 août, évoqué tous les problèmes de la planète, je dis qu'ils sont simplement de mauvaise foi. À moins de condamner de la même manière l'ensemble des médias internationaux qui ont fait de cette guerre la une perma­nente de l'actualité durant plus d'un mois. [...]. Je le réaffirme haut et fort, je suis un véritable ami d'Israël. Il ne s'agit pas d'une pétition de principe sans consé­quence. Rien je dis bien rien! — ne peut remettre en cause le droit à l'existence de l'État d'Israël. Mais je suis intimement convaincu que seules des négociations de paix entre l'État d'Israël et ses voisins palestiniens, syriens et libanais, sur la base des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies, garantiront cette existence dans la sécurité de ses citoyens et permettront de pacifier le Proche-Orient. L'État d'Israël jouera alors un rôle catalyseur dans le développement économique de toute la région et contribuera à y renforcer la démocratie. C'est fort de cette conviction que, à l'instar d'autres responsables européens, j'exprime des opinions qui peuvent être considérées comme sévères par certains, notamment lorsque je considère que les dirigeants israéliens font fausse route, parce que l'ap­proche unilatérale et militaire ne permettra pas de résoudre un conflit qui est éminemment politique et que de tels conflits ne peuvent se résoudre que par la négociation.

 

22 À l'initiative de Moise Rahmani, écrivain et notamment initiateur de la liste de diffusion Belsef.

 

(p.137) De l'amalgame à la résurgence du mythe

Indifférence au reste du monde, attention focalisée sur le Moyen-Orient, mani­pulation des médias qui réactivent des clichés. Shmuel Trigano23 pointe le retour du mythe antisémite du Juif tueur d'enfants24. « Mais où êtes-vous ? Où sont les grandes âmes, le scandale ? Les déclarations des plus hautes autorités politiques du monde? Depuis le 14 août, je cherche désespérément, dans les colonnes des jour­naux et sur les écrans la condamnation du bombardement d'un orphelinat par l'armée sri-lankaise dans sa lutte contre le mouvement terroriste des Tigres tamouls.

 

23.  Président de l'Observatoire du monde juif, directeur de la revue Controverses. Philosophe et écrivain.

24 «Guerre, mensonges et vidéos», Libération, 31/8/2006.

 

(p.138) Quarante-trois écolières tuées, soixante autres blessées. Pas seize enfants sur vingt-huit morts, comme à Cana. On ne peut qu'être abasourdi devant la différence de traitement. Les victimes arabo-musulmanes seraient-elles plus précieuses que les autres? Pas nécessairement, car qui s'émeut des meurtres de masse perpétrés en Irak par des Arabes sur d'autres Arabes ? Non, ce qui est en question, c'est Israël ou, plus exactement, les Juifs.

« Toute personne sensée, aura remarqué, depuis l'année 2000, quelque chose d'étrange dans les images du conflit : la centralité de la figure de l'enfant, des corps sanguinolents des victimes d'Israël. Il suffit d'ouvrir la télévision française pour voir le projecteur braqué uniquement sur les civils libanais alors que l'image d'Israël se résume à des blindés, des avions ou des soldats. Aucune société civile n'est visible : ni les dégâts matériels, ni les victimes et les drames. Pas de corps ensan­glantés, ni de blessés, ni de cadavres ou de cercueils. Ce choix ne fait que réactiver une idée antisémite très archaïque : les Juifs tuent des enfants. »

Mais la guerre du Liban, c'est aussi la manipulation des images, les trucages, que l'on sait exister depuis Jenine. Peu le dénoncent, tous semblent regarder ailleurs, comme si la construction d'une autre réalité n'était pas importante, puisqu'il s'agit de dénoncer Israël, le fauteur de guerre, le casseur qui doit devenir payeur, le monstre occupant, assassin.

Trigano de préciser : « Le récent scandale (vite étouffé) de la photo truquée de Beyrouth en flammes, diffusée par l'agence Reuters, face émergée d'un ensemble de trucages, nous montre comment l'exemplum est fabriqué avec des images, alors qu'auparavant on agençait des mots pour mettre en forme le fantasme. [...] Le spectacle des destructions de Beyrouth est ainsi surdimensionné. Ce sont toujours les mêmes prises de vue qui passent en boucle à la télé, pour donner une impres­sion d'étendue. Le spectateur innocent pense que tout Beyrouth est en flammes. Comment saura-t-il que, en dehors du quartier qui sert de QG au Hezbollah, les gens vont à la plage ou sont attablés aux cafés? [...] On n'a jamais vu les "com­battants" du Hezbollah, ni leurs bunkers systématiquement placés au milieu des civils, utilisés comme boucliers "moraux". On a gommé le caractère de milice fasciste du parti, ses provocations, ses tirs centrés sur la population civile israé­lienne. [...] »

« Le mal est profond, écrit Trigano, car la facilité avec laquelle de nombreux médias acceptent ce récit montre que subsiste un fond archaïque, toujours vivace. Le discours sur Israël est hanté par une forme nouvelle de l'antisémitisme, un antisémitisme compassionnel qui se focalise sur la "victime" des Juifs, forcément innocente et pure comme un enfant, sans pour autant formuler directement le nom du bourreau cruel et inhumain que sa victime désigne. Un antisémitisme "par défaut", que la moralité conforte. »

 

(p.140) Ce n’est bien évidemment pas le fait d’organiser des manifestations en faveur du peuple palestinien qui pose problème, bien au contraire, mais le fait que (p.141) la plupart du temps celles-ci ne présentent jamais un autre volet du problème. De même, il ne s'agit pas ici de critiquer la démocratie israélienne — bien que souvent contestée en Belgique — qui permet à des artistes de gauche, pacifistes israéliens, arabes israéliens et palestiniens de s'exprimer en toute liberté. Ni d'accuser ces artistes d'antisémitisme ce qui serait tout à fait idiot ! Mais il s'agit bien de pointer une attitude typiquement belge qui instrumentalise ce qui se dit au sein d'une démocratie — dans le cadre d'un débat démocratique — pour construire un dossier à charge, qui souvent suite à l'émotion qu'il suscite, entraîne de manière volon­taire ou non un antisémitisme qui prend des proportions douloureuses.

 

Pédagogie à la une : le sionisme mène à la guerre !

Les activités comme les articles engagés pour la Palestine se multiplient. Un exemple, celui de Nico Hirtt30, grand défenseur de l'école et des enseignants : « C'est le sionisme qui mène à la guerre » « Irrationnelle, la politique du gouver­nement israélien? Non, elle est conforme à la doctrine fondatrice d'Israël : le sio­nisme avec ses dérives de racisme et de colonialisme. [...] Les choses deviennent beaucoup moins obscures lorsqu'on examine la politique de l'Etat israélien à la lumière de sa doctrine fondatrice : le sionisme. [...] Enfin, beaucoup de Juifs, sur­tout les intellectuels et les progressistes, s'opposaient radicalement au caractère déli­bérément raciste et colonialiste du projet sioniste. Ils ne se reconnaissaient pas dans les propos d'un Ahad Haam quand celui-ci décrétait que "le peuple d'Israël, en tant que peuple supérieur et continuateur moderne du Peuple élu doit aussi devenir un ordre réel" [...] Israël est au Moyen-Orient ce que l'Afrique du Sud de l'apar­theid fut, jadis, à l'Afrique australe : une colonie euro-américaine, imposant aux populations autochtones une domination à caractère raciste, et dont l'existence serait impossible sans l'aide matérielle d'une puissance impérialiste "en échange de services rendus". [...] Dire cela aujourd'hui, en Europe, oser contester les fonde­ments du projet sioniste, c'est risquer de se voir attaquer comme antisémite, voire comme négationniste. Il est temps que cesse cette hypocrisie. La Shoah ne peut justifier les souffrances des Palestiniens et des Libanais. [...] On s'est offusqué d'entendre le président iranien dire qu'il fallait "rayer Israël de la carte". Ce serait pourtant bien l'unique solution que de voir disparaître politiquement bien sûr, l'État d'Israël et, pareillement, les prétendus "territoires palestiniens", ces nou­veaux bantoustans31.

Suite à la publication de cet article, de nombreux Juifs et Israéliens ont réagi. L'ambassade d'Israël, d'abord, qui s'étonne32 que La Libre Belgique ait jugé bon de mettre l'existence d'Israël en débat dans son édition du 25 juillet. «Notre propos ici n'est pas de céder à la polémique [...] La négation de la légitimité du concept d'État juif porte atteinte aux principes universels d'égalité, parce qu'elle présup­pose la négation du droit du peuple juif à l'autodétermination et à l'indépendance

 

30.  Enseignant et écrivain.

31.  Titre et sous-titre sont de la rédaction. La Libre Belgique, 25/07/2006.

32. Jeudi 27 juillet 2006.

 

(p.142) nationale. [...] Il est frappant de voir que Nico Hirtt veut faire tenir à Israël la place qu'occupait le Juif en Europe avant la Shoah, celle d'obstacle. À tous ceux qui veulent nous rayer de la carte politiquement, idéologiquement, physiquement ou nucléairement, nous disons en reprenant la déclaration d'Indépendance de l'État d'Israël de 1948 que "C'est le droit naturel du peuple juif d'être une nation comme les autres nations et de devenir maître de son destin dans son propre État souverain." Quand Ahmadinejad, le Hezbollah, le Hamas, La Libre Belgique et Nico Hirtt auront bien compris qu'Israël n'est pas "gommable", mais est là pour durer, alors la paix sera possible. »

 

En Flandre

Le Nord du pays s'agite aussi à l'été 2006, à propos du Moyen-Orient. Dans De Standaard du 19 juillet33, Jean-Marie De Decker34 se laisse aller à des commen­taires antisionistes d'une violence inouïe, utilisant un vocabulaire se référant à celui des nazis. « L'État d'Israël ne manque pas seulement de respect pour l'étranger, il méconnaît également les droits élémentaires de la population autochtone, les Palestiniens, des "Untermenschen" dans leur pays. Un régime d'apartheid leur octroie encore moins de droits qu'à l'époque, aux Noirs en Afrique du Sud. Israël est le dernier pouvoir colonisateur, qui exploite le sentiment de culpabilité col­lectif du siècle passé et une propriété religieuse datant d'il y a deux mille ans. Un sauf-conduit pour opprimer un autre peuple et violer les droits élémentaires. [...] Un tiers des femmes enceintes ne peuvent rejoindre les maternités à cause du comportement des militaires aux check-points. Les enfants sont abattus sur la plage35 et la région connaît le plus haut taux d'analphabétisation du Moyen-Orient. [...] Tout homme politique occidental qui s'exprime de manière critique se voit stig­matisé comme raciste et antisémite par le lobby juif et l'industrie de l'holocauste36. Tout le monde occidental fait mine de regarder ailleurs, dans une indignation rési­gnée, à cause d'un complexe de culpabilité dû à l'holocauste, au lieu de se rendre au mur des Lamentations et leur donner un bon de coup de pied à leur conscience. C'est l'exploitation de la souffrance juive, sur base d'un sentiment de honte pour des aberrations datant d'il y a soixante ans. » Et de citer Johan Anthierens37 qui écrivait en 1979 ces «mots prophétiques» selon J.M. De Decker: «Les Arabes qui sont les bossus de l'histoire, qui doivent payer les pots cassés allemands, qui

 

33.  «Het recht van de sterkste is het sterkste onrecht», jeux de mots, littéralement : «le droit du plus fort, est la plus forte injustice».

34.  Sénateur VLD, qui sera exclu du Parti libéral flamand trois mois plus tard, en octobre 2006.

35.  Après avoir présenté des excuses aux Palestiniens suite à l'incident qui a coûté la vie à plusieurs personnes sur la plage à Gaza, une enquête de l'armée israélienne a conclu au fait que les morts n'étaient pas dus aux tirs de l'armée israélienne, mais à l'explosion d'un obus enseveli sous le sable.

36.  L'Américain Norman Finkelstein utilise ce terme pour expliquer un processus historique, où l'Holocauste est considéré comme un événement unique dans l'histoire, qui serait exploité par les intéressés pour bénéficier d'avantages politiques ou financiers.

37 Ami de l'homme politique, auteur, journaliste satirique.

 

(p.143) paient pour les chipotages et les violences des Allemands envers les Juifs. Nous, Européens, nous avons cassé en mille morceaux le mobilier juif et renvoyons Isaac à la caisse palestinienne pour le dédommagement. »

J.-M. D.D. reprend : «Ce qui laissait aux malheureux musulmans l'art peu noble du terrorisme. L'on fait croire au monde que l'oppression d'un peuple est en fait la lutte contre le terrorisme. C'est là, la clé de l'injustice. Il ne faut pas justifier les actes horribles et désespérés des Palestiniens, toutefois ils sont le baromètre de l'impuissance et de la colère. [...] Le conflit du Moyen-Orient prend le monde en otage depuis plus d'un demi-siècle, sur le plan économique et politique (avec les crises pétrolières les unes après les autres) et l'exportation de la terreur. Il donne un faux alibi aux fous d'Al Qaida ou aux fondamentalistes chiites du Hezbollah. L'impuissance des Nations unies, la lâcheté de l'Europe et des Etats-Unis créent une réaction en chaîne de violence. Un boycott économique simple a mis l'Afrique du Sud à genoux, et signifierait pour Israël, la même voie vers la paix. »

La journaliste Mia Doornaert38 réagit à l'article de J.M. De Decker, où coha­bitent tous les clichés, des Juifs fauteurs de guerre aux assassins d'enfants. Elle l'attaque sur sa démarche superficielle et populiste, sur son exploitation de l'ex­pression «industrie de l'holocauste», qui contraste avec le comportement et les opinions de bien d'autres membres du Parti libéral flamand, dont le Premier ministre Guy Verhofstadt. Mia Doornaert estime aussi que le négationnisme pointe son nez, en particulier, lorsque la Shoah est qualifiée d'« aberration datant d'il y a 60 ans » !

(…)

Jean-Marie De Decker n'est pas le seul homme politique flamand à considérer le sionisme comme un fascisme ou une maladie incurable, ni à considérer l'Etat d'Israël comme seul responsable de tous les maux du Moyen-Orient, voire du monde. Un autre homme politique flamand influent, Bert Anciaux40, semble partager ces idées préconçues.

 

38.  De Standaard, 22/7/2006.

39.  De Standaard, pagina 6, 25-07-2006 Midden-Oosten ontploft binnen VLD  de Wouter Verschelde.

40 Ministre flamand de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, Spirit depuis 2004.

 

(p.144) Toujours dans De Standaard41, Bert Anciaux répondant à une question sur le financement de l'extrême droite et le travail sur l'inter-culturalité, se lance dans une envolée... qui puise ses références... au Moyen-Orient : « Le Vlaams Blok est occupé avec tout autre chose. Le Blok et Israël c'est à peu près la même chose. Les dirigeants du Blok disent que les gens méritent plus de sécurité. Bien hein? Je les envie pour cela, car qui est contre la sécurité ? Mais dans la pratique, on n'aide personne à lui faire croire qu'il sera plus heureux dans un monde blanc, pur, où tout le monde parle la même langue (monte la voix). Bullshit. Israël fait la même chose, en disant : "Voyez comme nous sommes heureux et en sécurité dans nos frontières", alors qu'ils vivent dans un monde arabe. S'ils veulent jamais s'y sentir en sécurité, ils devront commencer par dire à leur population qu'ils ne vivent pas sur une île [...] À long terme, ils défendent une cause perdue. En créant plus de peurs, on n'atteindra jamais un vivre ensemble de qualité en sécurité. Cela demande du temps. Chaque bombe qui tombe sur Haïfa, fait comprendre aux habitants que l'idée on est en sécurité et heureux ensemble est une utopie. Ils deviennent plus fanatiques. Des gens bêtes en tout cas. Mais je ne pense pas que l'homme soit bête de nature. »

 

Appel pour le Liban...

sur les extraits de compte bancaire

La guerre du Liban, c'est aussi une manifestation, le 7 août à Bruxelles, auto­risée par le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, qui loin d'être pacifique, a vu défiler des manifestants sous les drapeaux libanais, mais aussi du Hezbollah et du Hamas42 ! Pendant la manifestation, des passants ont pu entendre l'appel au djihad et ont vu certains manifestants brûler le drapeau israélien.

Au même moment, le groupe ING pour le nommer, s'implique dans le conflit.

Comme beaucoup de clients de cette institution bancaire, j'ai reçu un courrier libellé comme suit : « Soutenez les ONG présentes au Liban ! Grâce à HomePay, faites vos dons on-line sur les sites de : Caritas international, Médecins sans fron­tières, Médecins du monde, Croix-Rouge de Belgique. Tout don à partir de 30 euros est déductible fiscalement. Solidairement vôtre, ING. » Démarche très (sinon trop) sélective aux yeux de nombreux clients de cette banque, surpris que soient passées sous silence les victimes israéliennes et les centaines de milliers de réfugiés qui ont dû fuir. Surpris aussi par son quasi-silence sur le Darfour, ou encore sur les réfugiés venus de pays moins médiatisés comme le Congo, le Rwanda, la Côte d'Ivoire, le Timor-Oriental et le Tibet, pour ne citer qu'eux.

Aux diverses interpellations et courriers, la banque, par la voix de son Corpo-rate Communication Officer, Sabine Riga, a donné la réponse suivante : « ING

 

41.  Dans l'article «Ben ik zelfwel een goede vader?» («Suis je un bon père?»), signé par Wouter Verschelden et Bart Brinckman.

42 Pour rappel, le Hamas est un parti qui est inscrit sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne.

 

(p.145) Belgique s'impose pour règle constante d'observer une stricte neutralité dans toutes les matières qui relèvent, de près ou de loin, des domaines philosophique, religieux ou politique. La banque regrette la formulation lapidaire qui a été donnée au titre du message : elle comprend que celle-ci ait pu vous interpeller. Sur le fond, elle vous demande de comprendre, à votre tour, que son intervention s'est bornée à relayer, à leur demande expresse, un appel à la générosité, lancé par diverses ONG internationalement reconnues, dont la neutralité ne peut être raisonnablement mise en cause. »

Une caisse de résonance, certes, mais qui n'exonère pas d'une responsabilité.

 

Un Belge en Iran au concours de caricatures antisémites

Cet été 2006 est aussi marqué par l'exposition, violemment antisémite, des caricatures sur la Shoah, organisée à Téhéran depuis le 14 août au musée d'Art contemporain palestinien. Une « réponse » aux caricatures danoises du Prophète Mahomet43, publiées quelques mois plus tôt par le quotidien danois Jyllands-Posten et relayées par la presse européenne. « Nous avons ouvert cette exposition pour trouver où était la limite de la liberté d'expression chez les Occidentaux», a déclaré Massoud Shojai, directeur de l'association44, qui précisa également : « Nous sommes préoccupés par les véritables holocaustes prenant place autour de nous. » Rappelons que les dirigeants iraniens, le président Mahmoud Ahmadinedjad en tête, définissent l'extermination des six millions de Juifs par les nazis comme « un mythe » et appellent à «rayer» Israël de la carte.

Sont exposés : une caricature représentant une croix gammée se transformant en étoile de David barbelée étranglant des Palestiniens ; une statue de la Liberté tenant d'une main un livre sur l'Holocauste et faisant de l'autre bras le salut nazi ; trois casques allemands empilés, dont l'un des trois est orné d'une étoile de David en lieu et place de la swastika ; Adolf Hitler exhortant les dirigeants israéliens à pro­céder à un holocauste, ou encore des bottes juives écrasant le globe. Les pires stéréotypes antisémites sur le complot juif pour dominer le monde se mêlent aux nouveaux clichés : le sionisme, c'est le nazisme, et le véritable Holocauste est celui des Palestiniens45. Les dessins ont été sélectionnés sur un total de près de 1 200 envois46, 1 193 partis de 61 pays, dont la France (7 dessinateurs), les États-Unis (12) et la Belgique avec Ben Heine47, alors étudiant à l'IHECS, ayant contribué au concours avec un dessin comparant les Israéliens à des bourreaux d'Auschwitz.

Pour Philippe Val, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, cette exposition à Téhéran « est une déclaration de guerre aux États de droit qui, au sortir de la

 

43.  Elles avaient provoqué de violentes manifestations dans plusieurs pays musulmans, dont des attaques d'ambassades occidentales en Iran.

44.  AFP.

45.  Libération, jeudi 17 août.

46.  AFP, Reuters.

47 Accusateur systématique et permanent d'Israël et des États-Unis sur son site Internet, Ben Heine occulte sa participation au concours iranien, qu'il ne condamne pas. Il récidivera encore dans ses propos antisémites, voir http ://philosermtismeblog.blogspot.com/2008/01/ben-heine-et-fausto-giudice-une-devise.html.

 

(p.146) Seconde Guerre mondiale, se sont fondés sur quelques principes, parmi lesquels, l'égalité entre les hommes et les femmes et la criminalisation de l'antisémitisme. Il ne faut pas croire qu'il s'agisse de pures provocations. Cette exposition est pro­grammatique, comme le sont les déclarations du Président iranien sur la destruc­tion de l'Etat d'Israël48. »

 

Réunion en Iran des «docteurs en négationnisme»

Comme si cela n'était pas suffisant, Téhéran a accueilli les 11-12 décembre une conférence internationale controversée sur la « réalité » de la Shoah : le rendez-vous, dans la capitale iranienne, de tous les négationnistes et révisionnistes que compte l'Occident49.

Quelques titres de communication donnent le ton : « Nazisme et sionisme : collaboration ou coopération », « Les chambres à gaz, négation ou confirmation », «Les médias danois et l'Holocauste», ou encore «Le vocabulaire irrationnel de la classe professorale américaine par rapport à l'holocauste». Ces thèmes ont donc été abordés au cours de ce conclave lancé par l'Institut pour les études politiques de Téhéran, et inauguré par le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mot-taki. Cette rencontre-conférence est résolument condamnée par les organisations juives, par Israël, par le gouvernement français, et en Belgique par le Mouvement réformateur qui a publié un communiqué de presse50 qualifiant l'événement d'« insulte à la mémoire des six millions de victimes du génocide nazi, mais aussi une manifestation de haine et de mépris à l'égard du peuple juif et de l'humanité tout entière».

 

Une fin d'année sans éclaircie

Un mois avant les élections communales d'octobre, la Communauté française et la Région wallonne renforcent leur coopération avec la Palestine. La Délé­guée générale de Palestine à Bruxelles, Leila Shahid et la ministre cdH Marie-Dominique Simonet51 ont, en effet, jeté pour 2008 les bases d'une année culturelle palestinienne en Wallonie et à Bruxelles. Dans ce cadre, une centaine d'artistes palestiniens seront invités dans plusieurs villes de Wallonie et de Bruxelles pendant quelques semaines. Ce projet se veut exclusivement dirigé vers la population pales­tinienne, a précisé Mme Simonet. Partenaire de coopération depuis 2001, la Pales­tine vient de se voir confirmée dans ce rôle privilégié par la Région wallonne et la Communauté française. En effet, la Palestine fait partie de la liste des douze pays recensés comme prioritaires par la nouvelle Note de politique internationale adoptée le 31 août 2006 par les gouvernements wallon et de la Communauté française.

 

48.  Extrait de «Affaire des caricatures sur l'Holocauste, Une déclaration de guerre aux États de droit», iArww.nouvelobs.com, 17/8/2006.

49.  http ://www.rfi.fr/actufr/articles/084/article_48114.asp.

50.  Mercredi 13 décembre 2006.

  1. Ministre des Relations internationales de la Communauté française et de la Région wal­lonne.

 

(p.147) Il s'agit de favoriser des échanges culturels en créant, dès 2008, une «saison culturelle palestinienne» en Wallonie et à Bruxelles. Calqué sur le modèle des coopérations avec l'Afrique (Yambi, Alafia), un programme d'une année de ren­contres artistiques dans tous les domaines permettra de valoriser et de mettre en valeur les liens entre créateurs contemporains. L'asbl les Halles de Schaerbeek envisage ainsi en septembre une première mission d'identification de projets, dans les domaines du théâtre, de la danse, de la musique, de la mode et de la photogra­phie. Par ailleurs, il s'agit pour la ministre cdH de relancer et de structurer la coopération universitaire bilatérale entre les institutions palestiniennes et celles de la Communauté française grâce à un programme de bourses qui permettra à des jeunes étudiants palestiniens de venir pour de courtes périodes étudier en Com­munauté française.

Un projet ambitieux qui contraste avec l'attitude vis-à-vis d'Israël. D'un côté on souhaite renforcer les échanges culturels avec la Palestine, d'un autre on boycotte les relations scientifiques avec l'État d'Israël. D'un côté on se soucie de comment est vécue la Nakba (la «catastrophe» pour les Palestiniens), d'un autre on salue à peine le soixantième anniversaire de l'Etat d'Israël. Un contraste qui pose d'autant plus question, qu'en revanche, à la Région bruxelloise, l'accord de coopération avec l'État d'Israël reste désespérément suspendu. Pour Ecolo, un projet avec un seul partenaire du conflit n'étant pas envisageable...

En automne, bien que la guerre soit arrêtée, les campagnes d'affichage et les   , actions unilatérales se poursuivent.

Le 18 novembre, par exemple, le comité Vlaams Palestina Komitee (VPK) en , appelle au boycott des produits israéliens dans plusieurs villes et communes du pays. À Blankenberge, Bruxelles, Ixelles, Etterbeek, Hasselt, Ypres, Louvain et Schaer­beek, ce comité va s'adresser aux clients de grandes surfaces pour les inciter à refuser d'acheter les produits israéliens, en particulier ceux des marques Carmel, Jaffa, Tivall et Sabra. A 14 h 00, le même jour, une réunion se tiendra à Anvers afin de plaider de vive voix pour un boycott national.

D'autres événements de cette fin d'année sont frappants, par leur intensité et   ; leur violence.

Lors des élections communales d'octobre 2006, je me présentais à Ixelles. Lors de la confection des listes, une colistière estime, que je ne suis pas «assez belge» pour occuper une place importante sur la liste, par exemple. Pendant la campagne, sur un marché, plusieurs personnes m'agressent parce que mon nom : « Teitelbaum, c'est Juif ça ? »

De l'autre côté de la frontière linguistique, la section belge de l'AEL fait un   / appel aux votes : « Une autre machine électorale raciste comme le VLD, qui à côté de son idéologie néolibérale mordante, est pénétrée d'agents sionistes (Claude Marinower) et d'une clique islamophobe [...] ».

Le 2 novembre, je participe à une conférence-débat organisée par le MOC-ACW, avec le soutien de Axcent vzw et la plate-forme Bruxelles Espérance, sur le thème : « Les hommes et femmes politiques et leur conviction de vie. Quelles sont leurs motivations ? » Les quatre intervenants étant issus de différents univers (p.148) philosophico-religieux et politiques. À mes côtés, Mahfoudh Romdhani52 pour le PS, Henk Van Hellem53 de Groen54 et Steven Vanackere55 du CD&V56. Ce qui devait être un débat calme et respectueux sur l'influence des convictions de vie dans nos choix politiques s'est transformé en une expérience cauchemardesque, lorsque parole a été donnée à la salle.

Un certain M. Rachid Zegzaoui a crié à mon intention : « Vous dites que vous combattez les fascismes et l'extrême droite, mais vous êtes sioniste, et le sionisme c'est le fascisme donc vous êtes une fasciste ! » II s'est ensuite emporté davantage et a hurlé : « Mme Teitelbaum, vous êtes l'ennemi, vous êtes notre ennemi ! » Enfin, le modérateur l'a arrêté et on lui a arraché le micro.

Il proférait là une menace claire à mon encontre, me faisant porter, en tant que femme politique, tous les maux de l'Orient. Comment réagir quand j'avais devant moi l'exemplification même du phénomène que je décris : le passage d'une critique légitime d'actes gouvernementaux et militaires, à la concentration de la haine sur une personne, parce qu'elle est juive.

Une semaine plus tard, le mercredi 8 novembre, je représente le MR à une conférence-débat organisée par le Mouvement Citoyen Palestine sur « Quel rôle peut jouer la Belgique pour une paix juste et durable en Palestine ? » C'est un parlementaire palestinien qui, par téléphone, va introduire le sujet. Interviendront ensuite Marianne Blume, Ahmed Mouhssin et Georges Spriet. Volet politique, je siégeais avec Mohammed Boukourna, député fédéral PS, Dominique Weerts, secrétaire national du cdH (ex-ll.ll.ll/CNCD) et Paul Galand, député bruxellois écolo. L'affiche annonçant la conférence représente une carte du Moyen-Orient d'où Israël est absent. Cette mise en image d'un monde dont « Israël serait rayé de la carte » a évidemment suscité beaucoup d'émoi au sein de la communauté juive.

 

52.  Député bruxellois.

53.  Membre du cabinet de Pascal Smet.

54.  Verts flamands.

55.  Aujourd'hui ministre au sein du gouvernement flamand.

  1. Le Parti social chrétien flamand.

 

(p.148) Pour clôturer l'année, et cette triste suite des moments marquants, le dernier que je tiens à citer est le match de football PSG-Hapoël Tel-Aviv, du 23 novembre au Parc des Princes à Paris. Ce soir-là, une violence antisémite et antisioniste d'une rare intensité a déferlé dans le stade. La presse parle de « chasse spontanée aux Juifs en plein Paris», «d'une atmosphère de pogrome» ! Un groupe de 150 sup­porters du PSG s'est livré à une «véritable tentative de ratonnade» contre un jeune Français identifié comme Juif. Un policier en civil — sans brassard officiel — s'est porté, seul, au secours du jeune homme. «En état de légitime défense», selon le procureur de la République, il a tué un des agresseurs et en a blessé un autre. Ce policier a fait montre d'un courage exemplaire qui est aussi un acte d'honneur, il a pris d'énormes risques pour soutenir ce sursaut d'humanité et ce combat — véritable — contre l'injustice criminelle qui se déroulait sous ses yeux. Cela contraste tellement avec les témoignages d'antisémitisme dans et autour du stade, où adultes et enfants venus soutenir l'équipe israélienne ont été violemment pris à partie. Cette rage s'est accentuée lorsque les espoirs du PSG de gagner la Coupe de l'UEFA se sont envolés avec le score : la frustration de la défaite (4 buts à 2) n'a fait qu'intensifier cette scène hallucinante d'antisémitisme collectif, où l'Histoire et le présent se superposent.

 

(p.151) /2007/

En Belgique

LA JUSTICE   EN   MARCHE

En 2007, à Bruxelles, des jeunes d'origine turque sont condamnés à trente heures de travaux d'intérêt général et doivent présenter leurs excuses aux jeunes victimes. Ils avaient violemment attaqué, à coups de pierres, des jeunes juifs ortho­doxes qui s'étaient arrêtés pour la nuit à Beringen. Les jeunes d'origine turque ont également été invités à visiter le musée Anne Frank à Amsterdam.

Verdict encourageant également, pour la plainte que Jacques Simonet6, Didier Gosuin7 et moi-même avons déposée contre les personnes et opérateurs ayant contribué à la création, l'interprétation et la diffusion de la chanson « Nique les Juifs». Pour rappel, nous nous étions constitués partie civile entre les mains du juge d'instruction sur la base de la loi de 1891 portant répression de la provocation à commettre des crimes et des délits, de celle de 1981 tendant à réprimer le racisme et la xénophobie et de celle de 1995 réprimant le négationnisme et le révision­nisme.

 

6.  Bourgmestre d'Anderlecht, ancien ministre-président de la Région bruxelloise, ancien secré­taire d'État aux Affaires européennes, député et chef de groupe MR au Parlement régional bruxellois. Jacques Simonet est mort le 14 juin 2007.

7 Ancien ministre, bourgmestre d'Auderghem et député MR au Parlement régional bruxel­lois.

 

 

(p.154) QUAND  LE   PASSÉ  REVIENT   NOUS   HANTER...

 

Le 29 janvier, Patrice De Bruyne, coauteur avec Patrick Henderickx, du livre Les Protocoles de Sion, répond par courrier électronique à une carte blanche13 du collectif Dialogue et Partage. Extrait de cette prose antisémite14 :

« [...] Je suis sidéré de constater la capacité des gens à succomber à l'esbroufe, je vise ici une certaine communauté très imbue d'elle-même, vivant en "clan" et plus qu'aisée financièrement. Proposez-leur des chaussures de sport à triple semelle thermonucléaire articulée et couverte de reflets en or, ils lâchent un "waouh" épaté. Idem pour les jantes en alliage "lourd" (c'est gag !) ou les bottes en diamant brut... Cette vulgarité du clinquant n'est pas réservée aux loustics en manque de prestige sociofinancier. Loin de là. Non, ce qui m'atterre et me terrifie, ce sont tous ces gens respectables, très religieux au point de croire sans rire qu'ils sont les "Élus" du monde, au degré de culture et d'éducation jugé "supérieur" par les instituts de classification socio-anthropométrique, qui lâchent eux aussi un "waouh" d'admi­ration devant n'importe quoi. [...] La marche du monde ne tient que dans leur sexualité, leur pognon, leur appartenance à une caste "Élue" et leur faculté à épater [...] On en voulait au livre que mon ami Patrick Henderickx et moi venons de publier et qui se nomme Les Protocoles de Sion. [...] Je lui ai dit que : "Le lobbying juif auprès de l'Onu à New York pour faire adopter une résolution condamnant sans réserve toute négation de l'Holocauste et rejetant toute négation de l'Holocauste comme fait historique, n'a pas mesuré que la pénalisation du débat historique amène à l'exact inverse de l'effet recherché". Si la mémoire de l'Holo­causte doit être une sorte de devoir "sacré", on ne peut "sacraliser" l'indispensable exercice historique, celui qui se rapporte à des faits avérés et non à une "révélation" qu'il faut protéger par des lois, des tabous, de l'autocensure et de la censure. [...] Chers "zamis" juifs, si vous éprouvez le besoin de garder en mémoire l'image du monstre, affirmant, pour vous justifier, que les chemins qui y conduisent sont toujours très fréquentés, force m'est de constater que si vous écrivez que l'ombre du monstre, toujours présente dans les mémoires, est la seule gardienne de votre vigilance, c'est que vous êtes devenu le monstre [...] »

 

(p.155) Affaire ULB / Tariq Ramadan

(…)

Les attaques de militants islamistes ou de ceux qui les soutiennent s'adressent la plupart du temps aux « sionistes », mais aussi aux laïcs. Deux catégories considé­rées comme fascistes, par ceux-là même qui combattent les valeurs démocratiques. Dans un message en forme de lettre ouverte à « Philippe Vincke, Ubu-recteur à l'ULB et à sa conseillère... », posté et commenté sur différents sites internet dont les « Ogres bruxellois15 ». La violence des propos est en soi insultante. L'anonymat derrière lequel se réfugient ces nouveaux croisés de la toile n'est évidemment pas étranger au phénomène.

 

(p.156) Le débat est présent également dans la grande presse comme dans Le Soir, où Anne-Marie Roviello, professeur de philosophie à l'ULB, réagit par mail20.

«Mais que se passe-t-il donc au Soir'? Comment ce journal peut-il accueillir, à plusieurs reprises ces derniers jours, ces propos qui commencent vraiment à sentir mauvais et qui consistent à expliquer des principes, idées et arguments par l'origine juive — toujours uniquement l'origine juive — de ceux qui les défendent? ! ! ! Et, après cela à clore un débat, qu'on ne prend même plus la peine de vraiment entamer avec ces idées et arguments ? Tout cela, bien entendu, en défendant dans de grandes déclarations d'intention, d'autant plus généreuses qu'elles sont vides, le libre débat contradictoire !

 

20 Le 17 mars 2007, adressé à Béatrice Delvaux, rédacteur en chef du Soir.

 

(p.157)

Et toujours dans le même esprit de Judentum...

Dans l'édition du même quotidien des 17 et 18 mars, un éditorial de Véronique Kiesel et Ricardo Gutiérrez rend compte du passage du flambeau entre Pierre Galand et Philippe Grollet, au Centre d'action laïque : « Philippe Grollet lui confie, ce samedi, le flambeau de la laïcité organisée... Cocasse consécration, au terme d'un parcours qui a mené cet ex-catholique de gauche, formé à l'Institut Cardijn et à l'UCL, à présider le Centre d'action laïque. Le voici gardien du temple aconfes-sionnel, bras politique armé du million de francophones qui se revendiquent de la laïcité. Le cheminement n'allait pas de soi pour ce militant de la cause palesti­nienne.. . Une qualité qui l'avait disqualifié d'emblée, aux yeux de quelques figures de la laïcité officielle : Paul Danblon, Jacques Lemaire, Guy Haarscher, Pierre Mertens et d'autres, largement épaulés par les laïques juifs. Ils ne voulaient pas, à la tête du CAL, du président des Amitiés belgo-palestiniennes, ce "personnage politique", cet "homme orienté, partisan", adversaire malgré lui, en somme, "d'une laïcité ferme, ouverte et rassembleuse". »

Un raccourci étonnant, et une stigmatisation de la communauté juive, d'autant que ces intellectuels soutenaient le candidat laïc d'origine turque, Chemsi Chereff Kan. Pourquoi dès lors, réduire cela à une opposition, laïque, voir laïque juive, contre le « pro-Palestinien » Galand? De quel journalisme s'agit-il?

Par ailleurs, Pierre Galand a clairement annoncé la donne : lors d'une interview accordée à www.wafm.be, il met en cause l'existence de l'État d'Israël et parle d'un «lobby sioniste international».

 

 

(p.159) POLÉMIQUE  AU   PARLEMENT  EUROPÉEN

 

À plusieurs reprises pendant cette année 2007, le Parlement européen est au centre de polémiques. Que ce soit sur l'antisémitisme ou sur ses positions anti­israéliennes. En février, il est manifestement abusé par l'un de ses députés polonais, d'extrême droite, qui publie une brochure antisémite en imprimant le logo du Par­lement européen en couverture.

Voici son argument de vente :

«Vous voulez tout savoir sur la "civilisation juive" ? Sur les "différences bio­logiques" entre les Juifs et les "gentils" ? Sur le choix volontaire de la ghettoïsation qu'aurait fait un "peuple" qui désire ne pas se fondre dans la masse ? Sur l'impossi­bilité de cohabiter avec la "civilisation juive" en Europe ? Le livre en anglais - inti­tulé Civilisations at War in Europe — que vient de publier le député européen Maciej Giertych répond aux questions qu'il s'est posées. »

Le député Giertych26, nostalgique d'une Pologne antisémite, reprend la rengaine que « les Juifs sont partout et toujours prêts à trahir leur pays au profit de leur peuple. Notamment lors des guerres, dit-il, puisque les Juifs sont présents dans les deux camps, évidemment. Mais le Juif qui appartient au camp des vainqueurs veille à ce que le Juif appartenant au camp des vaincus soit bien traité. C'est bien connu d'ailleurs, les Juifs s'aident entre eux parce qu'ils sont Juifs alors que "nous", les chrétiens, nous nous battons pour nos valeurs et nos idées ».

Cinq députés polonais à l'Europe, membres du groupe politique des démocrates et libéraux27 (ADLE), dont feu l'ancien ministre des Affaires étrangères Bronislaw Geremek, publient une déclaration condamnant fermement la prose antisémite de Marciej Giertych.

Le 14 mars, Hans-Gert Pöttering, président du Parlement européen, a annoncé que le député Giertych reçoit un blâme pour publication de brochure antisémite et

 

26. L'un des dirigeants de la Ligue des familles polonaises (LPR).

27  Bronislaw Geremek, Jan Kulakowski, Janusz Onyszkiewicz, Pawel Piskorski, Grazyna Sta-niszewska.

 

(p.160) utilisation du logo du Parlement. Le blâme est la sanction la plus légère prévue par le règlement.

 

(p.163) «Je combats aussi ce parti, mais je ne vais pas entraîner la Shoah dans ma démarche34», a encore commenté le président de la N-VA. Il va plus loin, trop loin : « Ce n'est pas la ville d'Anvers qui a organisé la déportation, mais elle fut, elle-même, une victime de l'Occupation. Ceux qui la dirigeaient à l'époque ont dû prendre des décisions délicates dans des circonstances difficiles. Je ne trouve pas très courageux de les stigmatiser maintenant. » Et de faire remarquer que « si l'on doit commémorer la Shoah, l'on ne peut perdre de vue la situation des territoires palestiniens occupés où certains ont recours à des techniques qui me font penser à un passé noir, plutôt que de tirer les leçons du passé. »

 

LE CAS  BART  DE  WEVER

(…) Le MR aussi réagit par la voix d'Hervé Hasquin37, administrateur délégué du Centre Jean Gol et professeur à l'Université libre de Bruxelles38. « Le Mouvement

 

34.  Christian Laporte, «Le pardon d'Anvers relance le débat», La Libre Belgique, 30/10/2007.

37.  Communiqué «Non au négationnisme rampant», 30/10/2007.

38  Professeur d'histoire à l'ULB, ancien ministre-président de la Communauté française, ancien ministre et ancien député fédéral MR, ancien recteur de l'ULB, aujourd'hui président du Centre pour l'égalité des Chances, secrétaire perpétuel de l'Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique.

 

(p.168) /2008/

 

Bonne année 2008 !

Le 4 janvier, dans le quotidien De Morgen, le journaliste Marjan Justaert relève qu'il est devenu dangereux de se promener en rue, surtout à Anvers et Bruxelles, avec une kippa sur la tête. L'athénée Maïmonide à Anderlecht conseille depuis quelques années à ses élèves de remplacer la kippa par une casquette de base-bail. Shulamit Pinson, la directrice des études hébraïques, s'en explique : « Nous sug­gérons à nos élèves, en particulier à ceux qui viennent en tram, d'être prudents et de ne pas attirer l'attention, en portant la calotte. Ils suivent quasi tous nos conseils. »

À Anvers, la situation des élèves est également précaire, malgré le fait que le nombre d'écoles juives soit plus élevé. Michael Freilich2 confirme que tous les jours des enfants juifs sont regardés de travers sur le chemin de l'école, insultés, ou même canardés d'œufs. Il précise que si auparavant, les incidents antisémites étaient sur-

 

1.  Les Penchants criminels de l'Europe démocratique, Verdier, 2003, p. 130.

  1. Rédacteur en chef de Joods Aktueel.

 

(p.169) tout provoqués par des musulmans, « aujourd'hui ce sont aussi les immigrés d'Eu­rope de l'Est» qui s'en prennent aux Juifs; derniers en date : les Polonais.

Restons en Flandre où, peu de temps après, le comédien Alex Agnew s'exprime comme suit dans P-magazine3 : « Pourquoi doit-on continuer de s'excuser auprès des Juifs, pour le fait qu'ils se sont laissés assassiner dans les camps de concentration, au lieu de mourir un fusil à la main comme mon grand-père ? [...] J'habite au milieu des Juifs hassidiques à Berchem. Et parfois je me dis que s'ils se sont toujours conduits comme aujourd'hui avec nous, cela ne me surprend pas que dans le cours de l'histoire, ils se sont dit : « On va d'abord les casser et puis on s'occupera du reste...»

Plainte a été déposée auprès du Centre pour l'égalité des chances.

 

(…) À Paris

Des événements graves se déroulent en Belgique. Ils ont leurs pendants dans l'Hexagone. À Paris aussi, la tension est montée d'un cran. Fin juin, Rudy, un jeune Juif de 17 ans est tabassé au cours d'une rixe. Une affaire qui plonge la France dans la perplexité.

Roué de coups en début de soirée par plusieurs individus dans la rue Petit du XIXe arrondissement de Paris, l'adolescent est tombé dans le coma avant d'en sortir

 

3.  Rudolphus De Groote y avait fait paraître un article le 7/12/2001, comparant Israël et les Juifs à un ténia, voir annexe 2001. P-magazine, est un magazine hebdomadaire néerlandophone masculin (Flandres et Bruxelles) dont le tirage est d'environ 80 000 exemplaires.

 

(p.170) quelques jours plus tard. Comme il portait sa calotte au moment des faits, tout porte à croire qu'il s'agit d'une agression antisémite. Or, des témoins ont eu le sentiment qu'il était plutôt question d'une bagarre entre des bandes rivales qui s'affrontent depuis plusieurs mois.

(…)

 

Retour en Belgique

Deux événements historiques sont célébrés durant le premier semestre 20088 : le soixantième anniversaire de l'État d'Israël, le 14 mai 2008, et l'année de la Pales­tine, soutenue par les partis au pouvoir à la Région bruxelloise et en Communauté française9. Une année palestinienne qui, pour certains, se double de la commé­moration de la Nakba, la catastrophe, la création d'Israël. Cela va donner lieu, à Nivelles, à une manifestation digne des parodies antisémites du Moyen Age, « Le psychodrame de la Nakba», auquel participent en mai 2008 des personnalités poli­tiques comme l'ancien ministre André Flahaut et la députée Ecolo Thérèse Snoy et d'Oppuers.

 

Les soixante ans d'Israël vus de Bruxelles

Le lundi 10 mars 2008, le nouvel ambassadeur de l'État d'Israël en Belgique, Tamar Samash, est l'invitée de «Matin Première» sur la RTBF10, pour faire le point sur la situation au Proche-Orient. Elle est là pour répondre aux questions des audi­teurs, comme c'est la coutume, par téléphone, ou via le blog de la RTBF, où en principe un filtre est mis en place afin d'éviter insultes et dérapages.

Toutefois, l'interview de l'ambassadeur d'Israël passe très vite le cap de la cour­toisie pour se révéler assez agressive. Certaines interventions relayées par la chaîne, sont tellement excessives qu'elles tombent sous le coup de la loi de 1981 contre l'antisémitisme.

 

8.  La liste des incidents du présent ouvrage est clôturée fin juin 2008.

9.  À la Région bruxelloise ce sont le PS, le cdH et Ecolo, et à la Communauté française le PS et le cdH.

  1. De 7h40 à 8hOO et de 8h40 à 9hOO.

 

(p.172) Les réactions aux soixante ans d'Israël sont donc, en Belgique, pour le moins agressives. Le gouvernement belge, les Communautés et les Régions ont d'ailleurs très peu manifesté leur soutien à cet anniversaire. La Communauté française s'est contentée de financer quelques événements culturels, concerts et une soirée, en octroyant un budget assez limité, en comparaison avec les budgets alloués à l'Année de la Palestine, annoncée depuis un an à grand renfort de publicité. Si, en soi, cela ne pose guère problème, c'est le contraste qui est saisissant.

 

(p.173) UNE INAUGURATION SANS PARTAGE

 

L'inauguration a eu lieu en décembre 2007, à la Maison Folie, à Mons, avec l'exposition des œuvres du Zan Studio de Ramallah13. Un groupe qui contraire­ment à bien d'autres groupements d'artistes palestiniens, dénie à Israël le droit d'exister et milite activement en ce sens. Ce collectif d'artistes, qui incarne le refus du dialogue, a été fondé par l'un des participants à Masarat, Basel Nasr, qui sur le site de l'association Intal14, répond à l'interviewer qui lui fait remarquer qu'il « uti­lise l'expression "Palestiniens de 48" pour désigner les Palestiniens qui vivent, en 2007, en Israël ». Il répond : « C'est vrai... Mais il s'agit là d'un choix politique. Tout le monde, les médias, les gouvernements parlent de quarante ans d'occupation, c'est-à-dire depuis la guerre des Six Jours de 1967, quand Israël a envahi la Cisjor-danie et Gaza. Mais pour nous, et pour l'écrasante majorité des Palestiniens, Israël, dans ses frontières de 1948, est une colonie, et les personnes ou leurs descendants qui y vivent, sont des colons. La création d'Israël est, pour nous, une dépossession illégitime qui a débuté en 1948.»

 

13.  http ://philosemitismeblog.blogspot.com/

14 International Action for Liberation, http ://www.intal.be/fr/node/5536

 

(p.174) CIRCUS  BEHIND  THE  WALL

 

L'École du cirque de Palestine présente à Mons le spectacle « Circus Behind the Wall » inspiré de la vie réelle de Palestiniens, « séparés de leur eau, leur terre, leur passé, leurs proches par le mur de la ségrégation ». La barrière de sécurité, construite par Israël pour se protéger des attaques terroristes, est qualifiée de « mur de la ségré­gation » dans la description de ce spectacle16 publiée sur le site officiel de Bruxelles-Wallonie-Palestine 2008. Le programme de Masarat le mentionne sans autre explication quant au type de «ségrégation». Cette référence à la ségrégation n'ap­paraît pourtant pas sur le site de l'Ecole du cirque de Palestine ; en revanche, il

 

16 http ://philosemitismeblog.blogspot.com/

 

(p.175) mentionne avec beaucoup de courtoisie sa collaboration avec le cirque de Jérusalem.

On peut dès lors se demander pourquoi le gouvernement de la Communauté française fait tant d’efforts pour impoter le conflit à travers un événement culturel qu’elle subventionne largement.

Non contents d’accueillir des artistes qui ne reconnaissent pas l’existence d’Israël ou sont à l’origine de messages de haine et d’incitation à la violence à son encontre, ou encore ceux qui oeuvrent au boycott, avec toutes les conséquences réelles auprès d’une jeunesse déjà en manque de repères, c’est surtout une carte d’Israël faisant référence à la Belgique qui fâche.

 

EN WALESTINNE17,   GAZA  C'EST  LES  FOURONS!

Le centre de la polémique est une carte du Moyen-Orient sur laquelle la Flandre est représentée en lieu et place d'Israël et la Wallonie comme les territoires pales­tiniens. Quant à la bande de Gaza, elle figure en lieu et place des Fourons18. Une Palestine sur laquelle on a transposé une réalité politique belge et où les Flamands - agressifs et arrogants — sont les expansionnistes, qui à l'instar de la situation belge veulent annexer la pauvre Wallonie ! Au point où en étaient les inventeurs de cette carte « wallestinienne », on peut se demander pourquoi ils n'ont pas filé la métaphore jusqu'à l'absurde en plaquant sur les Flamands la remarque cinglante que le général de Gaulle décochait aux Israéliens : « Un peuple d'élite, sûr de lui-même et domi­nateur19 ».

Suite aux critiques formulées par la Communauté flamande, la carte a été sup­primée. Par contre, le contenu du site ayant trait à Israël n'a pas été modifié : on y trouve toujours l'expression : le «mur de la ségrégation» ainsi que l'éloge du Zan Studio20.

 

17.  Selon le mot forgé par M. Macina à Paris.

18.  Devenus flamands alors que les Israéliens se sont retirés en 2005 du territoire occupé de Gaza. Source : Belga.

19.  Menahem Macina, www.upjf.org, 10/04/08.

20.  http ://philosemitismeblog.blogspot.com/

 

(p.176) Le psychodrame de la Nakba

Autre événement, qui a suscité émotion et colère, l'organisation en mai dernier à Nivelles, du «psychodrame Nakba».

Les groupes Paix juste au Proche-Orient (PJPO) d'Ittre et Nivelles sont les organisateurs22 de ce qu'ils ont eux-mêmes appelé le «psychodrame Nakba23», joué dans les rues et sur le marché de Nivelles le samedi 24 mai. Des participants à qui l'on avait demandé de s'habiller en Palestiniens, les mains levées, escortés par d'autres participants qui s'étaient habillés en « soldats israéliens » ont défilé dans plu­sieurs rues du centre en hurlant des contre-vérités historiques. Une mise en scène choquante et violente, qui a saisi des spectateurs et fait pleurer des enfants24.

Un psychodrame qui présentait la Nakba comme si elle avait été le résultat d'une intervention unilatérale des Juifs contre la population arabe de Palestine en 1948. Il s'agit là d'un négationnisme historique pur et simple. De la même façon qu'on ne peut passer sous silence les responsabilités du côté israélien, de même, on ne peut pas ne pas rappeler le refus arabe, l'invasion des pays voisins dans l'intention de jeter les Juifs à la mer ou bien les massacres de populations juives qui ont existé comme les massacres de populations arabes25.

 

22.  Marc Abramowicz pour Ittre et Anne Mottart pour Nivelles.

23.  La catastrophe en 1948 pour les Palestiniens.

24.  Sur la vidéo déposée sur YouTube, on voit clairement le déroulement de cette mise en scène http ://www.youtube.com/watch ?v=EXFmYH76aFY

  1. Extrait d'un mail de réaction aux événements de Nivelles, envoyé par le rabbin Alain Michel, docteur en histoire et directeur des programmes éducatifs francophones à Yad Vashem.

 

(p.177) Les représentants des partis politiques invités à parler se sont alors exprimés. Ont pris la parole Thérèse Snoy et d'Oppuers (députée fédérale Ecolo), André Flahaut (PS) et Evelyne Van Pée (cdH), au nom du collège en tant qu'échevine aux relations Nord-Sud.

(…)

En effet, Thérèse Snoy, députée fédérale Ecolo, a tenu des propos antisémites, n'hésitant pas à parler de « pressions de certains groupes juifs » à propos du refus des autorités communales de circuler avec un tracteur en pleine ville de Nivelles le samedi, jour de marché : «Je suis sidérée de voir ce qui se passe à la commune de Nivelles où on subit de pressions. D'abord, on nous a empêchés de circuler avec le tracteur. Maintenant, on voudrait nous empêcher de faire un deuxième tour à pied. Je suppose que ça illustre la capacité de la classe politique malheureusement à être, à subir et à accepter des pressions de la part de certains groupes juifs. Je suppose que cela se passe à tous les niveaux. Et c'est peut-être aussi pour cela que le gouvernement belge est si timide dans ses positions. »

 

LA RÉCURRENCE  D'ANDRÉ   FLAHAUT

André Flahaut, par sa position d'ancien ministre, de conseiller communal à Nivelles et de député socialiste, apportait sans nul doute aux organisateurs une cau­tion de poids. Voici son intervention : «(…) (p.179) Après le CCOJB, et l'ambassade d'Israël, ce sont le Forum d'An­vers, puis le Centre communautaire laïc juif (CCLJ), pour qui M. Flahaut «sème le trouble en induisant une similitude entre la Shoah et le sort des Palestiniens, ainsi qu'une confusion entre soldats israéliens et violeurs », et enfin le Cercle Ben Gou­rion qui va réagir par divers communiqués condamnant tant la manifestation que les propos tenus par les représentants politiques.

La communauté juive — très partagée sur la manière d'aborder ce problème — s'était déjà sentie agressée par les propos du ministre Flahaut lors du saccage du Mémorial à Anderlecht, pendant la guerre du Liban27, un an auparavant. À l'époque ministre de la Défense en charge des victimes de la guerre, il reçoit une demande de l'Agence diasporique d'information (ADI) concernant le bien-fondé de la mis­sion confiée à un de ses fonctionnaires, Henri Laquay dont les sympathies d'ex­trême droite sont de notoriété publique. Son rôle est de recevoir, en tant que représentation de l'État belge face aux Juifs rescapés de la Shoah, les personnes demandant une pension comme victimes de guerre. Pourquoi obliger les survivants à se présenter devant ce candidat FN aux élections communales 1994, qui incarne et soutient, encore aujourd'hui, une idéologie apparentée à celle qui a fait d'eux des victimes ? L'association des deux, par les « hasards » de la fonction publique, est choquante et elle peut être remise en cause même si elle est due au hasard ! Aux demandes adressées au ministre Flahaut, émanant du CCOJB et de l'ADI, de déplacer cette personne dans une autre fonction, il leur a répondu : « Contrairement à ce que vous insinuez, je ne suis pas indifférent au fait que l'État belge puisse être représenté, dans une matière aussi sensible que l'évaluation des dossiers des vic­times des déportations racistes nazies, par un fonctionnaire qui a pu manifester des opinions politiques d'extrême droite. Toute mon action, en particulier dans mes compétences de ministre de tutelle des anciens combattants et victimes de guerre, montre à suffisance mon souci de lutter contre l'extrême droite. Cela étant, ne vous , en déplaise, la Constitution de notre pays garantit à chacun, même à ceux qui véhi­culent des théories nauséeuses fondées sur la haine de l'autre, le droit à la liberté d'opinion, elle garantit aussi le droit d'être poursuivi pour des infractions avérées et pas seulement supposées. Ces principes sont inclus dans le statut des agents de l'État. Dans le cas d'espèce, je n'ai pas connaissance de plaintes reposant sur des faits - les insinuations qui truffent votre article ne suffisent pas —, qui m'autoriseraient à prendre à l'encontre de M. Henri Laquay, l'une ou l'autre des mesures prévues par le statut des agents de l'État. Au surplus, le fonctionnaire dirigeant le service des Victimes de la Guerre est particulièrement vigilant à ce sujet et me confirme que les opinions politiques de M. Laquay28 n'interfèrent en aucune façon, sur la manière dont il traite les dossiers, lesquels sont, en tout état de cause, soumis à un contrôle rigoureux de la part dudit fonctionnaire dirigeant. Je conclurai, dès lors,

 

27.  Voir chapitre 6.

  1. Entretemps, monsieur Laquay a quitté ses fonctions anticipativement en 2008.

 

(p.480) la présente en vous assurant que toutes les garanties m'ont été données que les audiences de la Commission civile d'invalidité se déroulent dans les conditions de sérénité nécessaires et dans le respect des droits des victimes. »

Commentaire de l'Agence diasporique d'information :

« Le ministre Flahaut joue sur les mots, puisque notre article ne demandait pas qu'une sanction soit prise contre le fonctionnaire d'extrême droite, mais bien qu'il soit affecté à un autre poste, où il conservera ses droits acquis. Le ministre a répondu en donnant au lecteur des leçons de droit administratif, le ministre s'épargne d'avoir à se comporter respectueusement avec les victimes juives, qui sollicitent la recon­naissance par l'État des séquelles qu'elles conservent suite aux persécutions raciales qu'elles ont subies, et sont souvent douloureusement angoissées de se trouver dans ces circonstances, toujours très difficiles, face à un militant d'extrême droite.»

Pour en revenir à Nivelles, le casus belli a dépassé les frontières de la petite Bel­gique. Michel Rosenzweig, pour Guysen International news29, écrit un article intitulé, «La Nakba au pays de Tintin30». «Des militaires casqués en uniforme israé­lien, arme au poing, des hommes, des femmes et des enfants maltraités, apeurés, hébétés, des cris, des hurlements, des ordres de déplacement, des passants inter­loqués, certains franchement inquiets, des camions destinés à la déportation dans lesquels on entasse des Palestiniens avec violence, chassés de leurs maisons et de leurs terres, la scène est filmée, mais pas en Palestine disputée ou occupée, ni en Israël, non, la scène se déroule dans une petite ville belge non loin de Bruxelles, à Nivelles, nous sommes le 24 mai 2008 : bienvenue au Royaume de Belgique qui célèbre la Nakba, à l'occasion du 60e anniversaire de l'État d'Israël. [...] Lorsqu'on visionne les images sur YouTube, on est partagé, un peu figé et glacé, entre la consternation et l'hébétement, le tout mâtiné d'une nausée diffuse. [...] D'une part, un ex-ministre socialiste de la Défense (excusez du peu!) [...] D'autre part, une députée fédérale écolo, qui ne se cache pas d'en appeler au complot ourdi par les Juifs, qui, tout le monde le sait, sont partout et surpuissants. [...] ».

Pour M. Rosenzweig, les propos sont clairs, les amalgames et accusations sont graves (les femmes violées ? par qui ? par des soldats israéliens ? !) et il n'est pas nécessaire d'être un expert en sémantique pour comprendre le lien entre « les atro­cités dont le peuple juif a été victime » et le parallèle, clairement établi dans le paragraphe suivant, entre le nazisme allemand et un hypothétique nazisme israélien. « Lorsque l'on voit ce même député fédéral, ex-ministre, regarder cette mise en scène cari­caturale avec un sourire de contentement et d'amusement, on ne peut que ressentir le caractère obscène de la scène ainsi que l'aspect pervers qui s'en dégage. Ainsi, les acteurs et les spectateurs complaisants de cette macabre et sordide parodie his­torique étaient censés révéler La Vérité sur un moment douloureux de l'histoire de la création de l'État d'Israël. »

 

29.  Agence de presse francophone d'Israël, qui fournit nouvelles et articles sur le Moyen-Orient.

29. 28 mai 2008. Pour Guysen International News, texte repris de son site.

 

 

(p.181) LES JUIFS ACCABLENT  FLAHAUT

 

Ce titre31 fait froid dans le dos. Il résume la justification d'André Flahaut : «Je n'ai pas dit ça et je n'ai pas cité l'État d'Israël, réplique-t-il, alignant ses multiples démarches en faveur de la communauté juive : demandez donc à ceux qui ont souffert dans les camps nazis ce qu'ils pensent de moi ! Demandez à ceux avec qui nous avons remis en état le pavillon belge d'Auschwitz ! Demandez aussi qui a permis la création du Musée juif de Bruxelles ! »

Etant donné la présence d'une députée de son parti à Nivelles, Isabelle Durant, coprésidente d'Ecolo, intervient lors d'une émission du collectif Dialogue et Par­tage32, sur Radio Judaïca.

Elle y prend ses distances par rapport aux propos de Thérèse Snoy, pour lesquels elle s'excuse. Ce qui met un peu de baume au cœur, au sein de la communauté juive, toujours sous le choc, de la mise en scène et des propos tenus.

Pourtant, dès le surlendemain elle rectifie, dans Le Soir : « On peut être anti­sioniste sans être antisémite. » On y revient toujours : Comment peut-on désirer l'annihilation d'un pays, sans contenir un fond plus ou moins conscient de haine consciente ou non pour le peuple de ce pays ?

Encore une fois, le poids des mots, le choix des images, est important. Etre antisioniste, ne veut pas dire condamner les implantations ou défendre la naissance d'un véritable Etat palestinien aux côtés d'Israël. Etre antisioniste, c'est précisément être pour la fin d'Israël, que ce soit de manière directe et violente à la manière d'Ahmadinejad, ou de manière sournoise en réclamant un fantasmatique «État binational», dont on sait qu'il ne serait en aucun cas viable.

De la même manière peut-on crier «België barst» sans vouloir la fin d'un État belge et sans être raciste ? Si l'on peut, donc très légitimement, critiquer le gouver­nement d'Israël sans être antisémite, il semble plus difficile d'être « antisioniste » sans être d'une manière ou d'une autre «antisémite». Rappelons qu'Israël est le seul pays à être remis en question, non dans un aspect de son évolution, mais dans le principe même de son existence.

 

31. Le Soir, 29/5/2008 (p. 7), édition Namur/Luxembourg, sous la plume de Ricardo Guttierez.

32. Débat organisé par Sara Brajbart-Zajtman, coprésidente du collectif Dialogue et Partage, en présence de Corinne Depermentier, députée fédérale MR.

 

(p.185) En Belgique, les textes racistes, xénophobes, antisémites diffusés sur Internet relèvent de la loi du 30 juillet 1981 relative à la répression du racisme, et de la loi du 23 mars 1995 réprimant le négationnisme8. Ces lois sont-elles pour autant appli­quées dès lors que les documents niant ou minimisant la Shoah sont consultables sur le Net9 ? Si des poursuites pénales étaient engagées, elles ne pourraient, selon une première analyse, que viser des sites belges établis en Belgique. C'est pour cette raison que des sites xénophobes ont été bloqués par leurs fournisseurs d'accès (en anglais : providers) mais profitent aujourd'hui des conditions alléchantes d'hébergement de l'Américain GeoCities10, au grand dam des autorités euro­péennes11.

 

10.  GeoCities est un service d'hébergement Web gratuit, créé en 1994 et détenu par Yahoo.

 

(p.187) Islamisme à la carte

Jean-Yves Camus16, dans une interview au Monde17- explique qu'Internet, en donnant la possibilité de recevoir des textes grâce à des listes de diffusion et de télé­charger de la musique à contenu raciste ou antisémite, provoque une démultipli­cation du message. Les inhibitions sont d'autant plus levées que l'anonymat est garanti sur les forums virtuels. «Le site "radio islam" est, semble-t-il, un véritable laboratoire vivant de la haine. Réalisé par un individu isolé, un Marocain réfugié en Suède, il promeut un antisémitisme négationniste. Selon Camus, en ce qui concerne les sites musulmans, il faut faire la distinction entre les identitaires, les islamistes et les djihadistes. Le site belge www.assabyle.com18, par exemple, peut être considéré comme islamiste radical, avec des tendances djihadistes. Le site islamiya, lui, utilise un habillage religieux pour véhiculer un antisionisme radical à forte coloration anti­sémite, par exemple lorsqu'il compare Tsahal à l'armée d'Hitler. On assiste aussi à des dérives inacceptables sur les forums de sites comme www.oumma.com. Ce sont, sans aucun doute, des sites dont les modérateurs ne jouent pas suffisamment leur rôle.

 

16.  Politologue, enseignant à l'Institut universitaire d'études juives Elie-Wiesel.

17.  Propos recueillis par Xavier Ternisien, Le Monde, 16/06/2004. Jean-Yves Camus est spécia­liste de l'extrême droite française, du Front national, et expert des groupes radicaux islamistes. Auteurs de nombreux ouvrages sur le sujet.

  1. Dans le rapport de la commission nationale consultative des droits de l'homme en France, Assabyle est épingle comme étant un «site fondamentaliste, diabolisant le peuple juif et reprenant tous les poncifs traditionnels de l'antisémitisme ».

 

(p.189) Parmi les sites racistes, antisémites et d'extrême droite d'origine belge, on trouve ceux du Vlaams Blok, du Front national, du Front nouveau de Belgique, du Bloc wallon, du VHO, de Blood & Honour-Flanders, d'Aryan Nightmare. Mais aussi le site de Dyab Abou Jahjah, président de l'Arabian European League (AEL) qui encourage la haine, la discrimination et la violence, en particulier à l'égard de la communauté juive. Des plaintes ont été déposées à son encontre. Quant au site d'extrême gauche et antiglobalisation Indymedia Belgium, il a lui aussi véhiculé des propos violents et antisionistes, tout comme le site flamand Kif Kif.

 

(p.190) Les plaidoiries vont démontrer que bien que le site se présente comme un site d'information sur l'islam, www.assabyle.com diffuse essentiellement des textes hai­neux à l'égard des Juifs, des chrétiens et des Occidentaux en général. Exemples de ce que l'on peut y lire : « Les Occidentaux sont tous pareils : leur conscience est pourrie et leur civilisation est trompeuse. Ils prônent une ruse appelée la démo­cratie. » Les textes se concentrent quasi exclusivement sur la haine des Juifs, pré­sentés comme des « mécréants, ennemis, corrompus, maudits, rebelles, ambitieux, sournois, égarés, indignes, désobéissants, transgresseurs, vils, lâches, consternants, faibles, partisans de l'Antéchrist, arrogants, singes et porcs». Les musulmans «modé­rés » y sont également vilipendés pour leur tolérance envers les Juifs et les chrétiens et traités d'« ignorants ».

 

Vente d'objets nazis sur Yahoo

L'UEJF et la Liera ont attaqué conjointement la société américaine Yahoo Inc et sa filiale française afin d'interdire, à partir du 10 janvier 2001, l'accès à la vente des objets nazis sur Internet. Après une bataille juridique de neuf mois, Yahoo s'est enfin résigné en précisant qu'il ne s'agissait pas d'une réponse à la décision de la justice française du 20 novembre 2000, donnant trois mois à Yahoo pour interdire aux ressortissants français l'achat d'objets nazis. Beaucoup se sont félicités de la déci­sion de Yahoo.

En janvier 2006, une cour d'appel de Californie a admis qu'un tribunal français pouvait interdire la vente sur le Net de croix gammées ou d'insignes de SS. Elle a, ainsi, mis fin au différend entre le site américain Yahoo et les associations françaises (UEJF et LICRA), au terme de plusieurs années de controverses fertiles en rebon­dissements.

 

(p.196) Origines de l'antisémitisme musulman

Retour aux sources des relations judéo-musulmanes. Pendant des siècles, l'op­pression des Juifs par les musulmans fut extrêmement dure et stricte ; ce ne fut que grâce à la colonisation européenne qui imposa des lois civiles fondant l'égalité juri­dique de toutes les communautés, vivant sous gouvernement ou protectorat occi­dentaux, que le monde musulman, alors soumis, connut une période d'apaisement et de relations non conflictuelles entre musulmans, Juifs et colons chrétiens. Une période dont on garde un souvenir plutôt agréable et au cours de laquelle les rela­tions avec les Arabes étaient relativement bonnes.

La source de l'antisémitisme et de l'antichristianisme musulman plonge dans les racines de l'islam, qui est d'abord et avant tout la réponse d'un guerrier (Mahomet). Réponse à la domination occidentale incarnée par Rome et à la christianisation du monde poussant l'islam à ses conquêtes du VIIe siècle jusqu'à s'étendre en Europe. Réponse, aussi, à la survivance des enfants de Moïse qui fondèrent le premier Israël après leur fuite d'Egypte.

Comprendre l'Histoire dans sa globalité, c'est comprendre les enjeux d'aujour­d'hui en tenant compte de leurs sources.

 

(p.197) Bat Ye'or a forgé le terme « dhimmitude »5 pour désigner le statut cruel des minorités non musulmanes dans les pays islamiques ou en «terre d'islam». C'est, selon elle, un outil conceptuel qu'elle a forgé en travaillant sur la traduction anglaise d'une édition augmentée de son livre Le Dhimmi.

«La dhimmitude est corrélée au djihad6. C'est le statut de soumission des indi­gènes non musulmans -juifs, chrétiens, sabéens, zoroastriens, hindous, etc. — régis dans leur pays par la loi islamique. Il est inhérent nufiqh (jurisprudence) et à la charia (loi islamique) », précise l'historienne7. « Les éléments sont d'ordre territorial, reli­gieux, politique et social. Le pays conquis s'intègre au dar aï-islam sur lequel s'ap­plique la charia. Celle-ci détermine, en fonction des modalités de la conquête, les droits et les devoirs des peuples conquis, qui gardent leur religion à condition de payer une capitation mentionnée dans le Coran et, donc, obligatoire. Les éléments caractéristiques de ces infidèles conquis (dhimmi5) sont leur infériorité dans tous les domaines par rapport aux musulmans, un statut d'humiliation et d'insécurité obligatoires et leur exploitation économique.» Le statut de «dhimmi» assure éga­lement la protection aux Gens du Livre, les Juifs et les chrétiens, au contraire des païens qui n'ont pas le droit de vivre.

Les dhimmis ne pouvaient construire de nouveaux lieux de culte et la restaura­tion de ces lieux obéissait à des règles très sévères.

Ils étaient obligés de vivre dans des quartiers séparés, de se différencier des musulmans par des vêtements non colorés et de forme particulière, par leur coiffure, leurs selles en bois, leurs étriers et leurs ânes, seule monture autorisée. Ils étaient astreints à des corvées humiliantes, mêmes les jours de fête ainsi qu'à des rançons ruineuses extorquées, souvent par des supplices. L'incapacité de les payer les condamnait à l'esclavage.

Comme partout, il y eut des périodes de tolérance dont profitaient les dhimmis, mais elles demeurent circonstancielles, liées à des conjonctures politiques tempo­raires dont la disparition provoque le retour à une répression accrue.

Cette tolérance, du reste, est provisoire et peut-être abolie si l'autorité musul­mane juge que le dhimmi contrevient aux règlements de son statut. Dans ce cas,

 

5.  Une forme de sous-citoyenneté aux droits limités et inférieurs à celui des musulmans, telle que l'impossibilité pour un Juif d'être propriétaire de la terre en pays d'islam. Les lois de la «dhimmitude» obéissent à trois principes essentiels : l'infériorité des non-musulmans dans tous les domaines, cette situation existe aujourd'hui pratiquement dans tous les pays arabes, en Iran, en Afghanistan, et dans d'autres pays ; la vulnérabilité de l'infidèle, réalisée autrefois par l'interdiction du port d'armes et l'in­terdiction du témoignage contre un musulman, ce qui implique un danger mortel en cas d'accusation de blasphème, une situation encore actuelle, notamment au Pakistan et qui a provoqué les assassinats de Chrétiens innocents. Un évêque catholique pakistanais, John Joseph, s'est suicidé le 6 mai 1998 pour attirer l'attention du monde sur cette injustice ; l'humiliation et l'avilissement du non-musulman imposés par un ensemble très précis de règlements.

 

6.  Guerre sainte. Le jihad est une guerre qui ordonne le massacre des hommes et l'esclavage des femmes et des enfants en cas de résistance. Ces règles continuent jusqu'aujourd'hui, par exemple, au Sud-Soudan, avec l'esclavage des femmes et des enfants des rebelles.

  1. Entretien avec Bat Ye'or sur la dhimmitude et Eurabia (lre partie), par Véronique Chemla pour Guysen International News, 28/01/2008.

 

(p.198) divers châtiments sont envisagés. En outre, la notion de laïcité est inexistante dans l'islam et semble même blasphématoire8.

(…)

Bat Ye'or : «Les talibans l'appliquèrent à l'égard des hindous, les coptes en Egypte continuent d'en souffrir ainsi que les chrétiens en Irak, en Iran, au Sou­dan, au Nigeria. Même la Turquie maintient certaines restrictions sur les lieux de culte. La dhimmitude ne pourra pas changer tant que l'idéologie du djihad se main­tiendra. »

 

Rompre les tabous

Nadia Bouria, journaliste à RTL-TVI, a accepté de répondre à mes questions sur cette problématique : «Les tabous sont tombés. Quand j'étais petite, "Sale Juif, ça ne se disait pas. Aujourd'hui on entend "Sale juif', même dans le sens "radin"... » Nadia Bouria est toujours perturbée quand elle entend ce type de langage, car ses parents l'ont éduquée dans la tolérance.

 

(p.203) Ainsi, après des siècles d'antijudaïsme chrétien, où les Juifs sont accusés de déi­cide, celui-ci existe toujours. Il s'est d'ailleurs exprimé ouvertement, par exemple, dans le film de Mel Gibson, la Passion du Christ (2004), où le peuple juif est — une fois encore — accusé de la mort du Christ. Il s'exprime de manière feutrée égale­ment : avez-vous déjà entendu deux amies parler d'une soirée, tout en poussant leur chariot dans une grande surface ? Si vous entendez : «Je n'y ai pas été car il y avait trop de "Lituaniens" », sachez que ce sont les Juifs que cette dame voulait éviter.

 

(p.204) Par ailleurs, lorsque un ministre de la Défense6 dérape au Mémorial ou lors­que le même, redevenu député fédéral, monte sur une estrade pour faire un nouveau discours fait d'amalgames, n'entraîne-t-il pas la responsabilité de son groupe politique au Parlement, mais aussi celle de l'État belge dans son sillage? Lorsqu'une ministre de la Culture à la Communauté française laisse s'installer un malaise grandissant sur un comportement qui ressemble de plus de plus à de l'anti­sémitisme et ne subventionnant plus une trilogie juive mettant ainsi en péril le théâtre, quel message fait-elle passer7 ? Lorsqu'au sein d'une asbl, Le Bois du

 

6.  Il s'agit d'André Flahaut. Les faits sont décrits supra.

7 Il s'agit de la manière dont Richard Kalisz, directeur du Théâtre Jacques Gueux, a été malmené suite à la demande de subside de la trilogie juive (trois pièces à thème juif, dont Quelque chose d'Anne Frank). D'abord un avis positif transformé en avis négatif, suppression de subsides des remarques sur l'existence d'un antisémitisme d'extrême gauche, jusqu'à une remarque du comité d'avis à la ministre disant : « Il n'y a pas de ligne de conduite sauf d'assurer un complément de salaire au directeur. » La formule est saisissante.

 

(p.205) Cazier8, le conseil d'administration présidé par Jean-Claude Van Cauwenberghe, refuse qu'un artiste crée une structure en étoile de David car un conseiller com­munal socialiste et l'autre écolo estiment que cela fait penser à Israël, alors qu'ils ont de la «compassion» pour les Palestiniens. Cela n'entraîne-t-il pas la responsabilité du conseil d'administration tout entier, voire de la ville de Charleroi ou de la Région wallonne? L'argumentaire ne se trouve pas dans les procès-verbaux et malgré l'action dynamique de l'échevin libéral de Charleroi, Philippe Sonnet, sou­tenu en cela par l'échevin cdH aussi de Charleroi, Antoine Tanzilli, l'exposition ne se déroulera pas comme le peintre l'a souhaité au départ. La structure, dont la forme en étoile de David se voit d'en haut, déjà présentée lors d'une exposition en Italie dans des lieux similaires, ne s'y trouvera pas. À méditer.

 

IL Y A TROIS  CHOSES  QU'ALLAH   N'AURAIT JAMAIS     CRÉER: «LES  PERSES,   LES  JUIFS   ET  LES   MOUCHES9

 

9.  Par Pilar Rahola, écrivain, ancienne députée du Parti socialiste espagnol, publié le 14/11 /2007. Conférence à l'Unesco Paris.

 

(p.207)

«LE  COMPTE  À  REBOURS   POUR   L'ANNIHILATION DU  RÉGIME  SIONISTE A COMMENCÉ. »

Imaginez qu'un rabbin fasse un discours de ce type : « II faut tuer tous les musulmans. Tout le monde déteste les musulmans. Ce n'est qu'avec leur extermi­nation que nous pourrons accéder au paradis. Ils détruisent tout. Tout le monde veut se venger d'eux. Ce sont des porcs14... » Et imaginez que la télévision israé­lienne diffuse de tels propos, sans aucune mise en garde ! Je suis persuadée que tous les médias occidentaux en parleraient, le dénonceraient sur le ton critique que cela mériterait. Cela ne fait aucun doute : ce type de déclarations ferait la une des journaux télévisés et de la presse écrite. Nos parlementaires rentreraient des inter-

 

14 Palestinian Media Watch, 03/09/2004.

 

(p.208)

pellations et qui sait, peut-être qu'une plainte serait déposée sur base de l'une ou l'autre loi. En tout cas, à juste titre, la réprobation serait unanime.

Retour à la réalité. La presse égyptienne, saoudienne, palestinienne, pour ne citer que quelques exemples connus, tout comme de nombreuses publications et déclarations dans ces pays, contiennent des propos antisémites, offensants pour le peuple juif. Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, ne cesse d'attiser la haine antisémite par plusieurs biais. Le premier est le négationnisme, on l'a vu, tout comme on a vu le peu de réactions à ses discours et actions. Quand on l'entend, on peut vraiment se dire que si un jour l'antisémitisme a créé la Shoah, aujourd'hui, la Shoah crée un antisémitisme. Et malgré les commémorations et les outils pédago­giques mis en place à travers l'Europe jusqu'aux États-Unis, des personnes peuvent à nouveau se lever et déclamer des obscénités sur la Deuxième Guerre mondiale sans susciter de réactions ou de réprobations fortes.

 

(p.210)

(…) Il faut refuser le racisme au nom d'une prétendue ignorance. Il faut batailler pour que la lutte contre l'antisémitisme devienne un levier d'émancipation pour des jeunes issus de l'immigration. La loi ne bouleversera pas les mentalités, les usages, les préjugés institués par des siècles d'antisémitisme. Il faut que la législation soit un outil mais pas le seul. Il faut que l'éducation retrouve ses droits, que le respect mutuel soit l'étalon de mesure. Et certains politiques devraient sans doute y réfléchir. Quand un parlementaire insulte un pays, quand un ministre délégitime ses dirigeants, même sous le coup de l'émo­tion, cela s'entend jusqu'au cœur des foyers et des classes. Et cette émotion est interprétée on l'a vu, et traduite dans les actes, souvent agressifs et violents. Alors l'incompréhension est totale, le dialogue est bloqué.

 

16:10 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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