26/08/2010

2.1 Jacques Willequet (ULB) (4)

(p.333) Jean, Mgr Cardijn et la Jeunesse ouvrière chrétienne, le haut fonctionnaire au Ministère de la Justice Platteau, de nombreux banquiers parmi lesquels le gouverneur de la Société Générale Galopin... (soit dit en passant, voilà qui rend quelque peu incompréhensible l'affirmation de Marcel Liebman, selon laquelle l'antisémitisme aurait été une création de la bourgeoisie et du capitalisme). Ces inspirateurs s'appuyaient sur une pyramide d'incalcu­lables dévouements individuels, d'autant plus nombreux que beaucoup négligèrent, mission accomplie, de se faire recenser après la Libération. Pendant ce temps-là, des dizaines de milliers d'individus adressaient des lettres de dénonciation à la Kommandantur, souvent pour régler de vulgai­res comptes personnels : ainsi, dans la hideuse et magnifique histoire des hommes, on voit sans cesse se côtoyer le meilleur et e pire... Quelque 4 000 enfants furent sauvés, bien des adultes, pourvus de logements et de timbres d'alimentation, purent disparaître dans la clandestinité. Pour des raisons évidentes, des chiffres exacts ne pourront jamais être établis. A la conférence de Wannsee, les Juifs de Belgique, présents à cette date, avaient été estimés à 43 000. 25 559 personnes passèrent par Malines, 1 244 rentrèrent de captivité en 1945... La proportion des sauvetages a donc été remarquable ; les trois quarts d'entre eux peuvent être attribués à l'action du CDJ.

En outre, cette organisation comprenait un groupe d'action directe, composé de Partisans armés (pas tous juifs, d'ailleurs). Lui revient la responsabilité du meurtre d'Holzinger, un dirigeant de l'AJB plus naïf encore que les autres, donc particulièrement nuisible (29 juillet 1942). Deux jours plus tard, ces résistants attaquaient et mettaient à sac le local bruxellois de l'AJB, afin d'en détruire les fichiers. Cet épisode devait être commenté par la Libre Belgique (Liège) de septembre 1942, mais en des termes qui nous montrent une fois de plus à quel point le camouflage nazi avait été efficace. Méconnaissant tout à fait le caractère allemand de l'AJB, ne croyant voir en elle qu'une œuvre de protection des Juifs, cette feuille résistante ne put que s'interroger. D'où venait cette agression ? De toute évidence, de la police allemande, qui avait voulu mettre la main sur les fichiers, enrichir sa liste de travailleurs potentiels. Et non sans résultats : ne voyait-on pas les Juifs partir à la cadence de mille par jour « vers les mines de sel de Pologne, vers les tissages de Silésie et les fortifications du nord de la France». — Outre quelques autres actions moins spectaculaires mais protectrices, cette unité de PA (à laquelle s'allièrent des membres du Groupe G) s'illustra, pendant la nuit du 19 au 20 avril 1943, par l'attaque d'un train de déportés près de Tirlemont. Cette action se solda par 108 évasions définitives, 75 échecs (c'est-à-dire des évadés repris) et, sans doute, 21 tués sur place.

La presse du CDJ, disions-nous, se caractérisa par la relative exactitude de ses informations, donc par son influence bénéfique. C'est elle qui publia, en 1943, le rapport d'un «espion» qui, sous la couverture d'un voyage scientifique, interrogea en Allemagne des travailleurs étrangers dont les propos ne pouvaient plus guère laisser de doute sur le sort des déportés

(p.334) raciques. Le Flambeau avait un premier mérite : il refusait de tomber dans une sorte de contre-racisme, de se montrer exclusivement philosémite. Les pratiques dénoncées menaçaient d'autres catégories sociales encore, de telle sorte qu'en aidant les Juifs, on servait l'ensemble de la population. Dans la misère générale, les Juifs ne sont qu'une avant-garde (mars et mai 1943). — On parle de cet « Est » mystérieux dont personne ne revient : « la déporta­tion, c'est la mort » (mars 1943). — « Le plus souvent, ce sont des nouvelles tragiques : des fusillades en masse, des empoisonnements par les gaz, des attaques armées contre les ghettos en Pologne ». Mais le refrain subsiste : solidarité pour tous. Il y en a d'autres qui se cachent. « Les réfractaires au travail obligatoire en Allemagne sont dans le même cas » (novembre 1943). — Et d'en revenir à la question essentielle : il ne s'agirait que de déportation dans des camps de travail ? Alors, pourquoi des vieillards, pourquoi des enfants? (janvier 1944). — Corollaire de ce que nous remarquions plus haut, le plus significatif, dans l'esprit de ce clandestin, c'est une réelle modération à l'égard du peuple allemand en soi. On pourfend « la bête hitlérienne, le fascisme, les sadiques nazis». Alors que la presque totalité des résistants étroitement « belges » mettent volontiers IIIe Reich et « Bo-chie » dans le même sac, les Juifs du CDJ (plus cosmopolites, ayant franchi davantage de frontières?) font mieux certaines distinctions.

A mentionner encore, dans cette œuvre protectrice, l'intervention personnelle de la Reine Elisabeth, qui obtint la promesse que les déportés seraient traités humainement (?) et qu'en tout état de cause les Belges (pas beaucoup plus de 3 000) seraient préservés — ce qu'ils furent jusqu'en septembre 1943. Submergés comme ils l'étaient en août 1942, les nazis pouvaient s'engager à titre provisoire. En outre, sans vouloir minimiser l'effet de cette intervention royale, il faut noter ce commentaire de Lucien Steinberg : accessibles à l'argent, bien des gestapistes ont pu saisir ce prétexte, qui ajoutait une couverture respectable à des motivations qui l'étaient beaucoup moins.

Il est temps, pour nous, d'en revenir à notre tentative d'analyse de l'opinion à travers la presse résistante. Toutefois, au risque de se répéter, une remarque s'impose, impérativement. Les trois quarts des clandestins ignorent complètement le problème, le dernier quart n'en fait que des mentions sporadiques : c'est presque comme s'il n'avait jamais existé, alors que de nos jours, il est devenu central. De plus, ces clandestins eux-mêmes, quel était leur rayonnement ? Nous en avons fait la surprenante expérience personnelle : on peut avoir vécu toute l'occupation dans un chef-lieu de province de 12 000 habitants, échangé les propos les plus ouverts dans un Athénée intégralement patriotique, n'avoir jamais eu sous les yeux le moindre pamphlet résistant... et apprendre une génération plus tard que cette ville avait vu naître une demi-douzaine de titres. Un certain nombre de personnes jouaient un rôle actif, le secret était bien observé, mais il avait ses inconvénients... A Bruxelles, Gand, Liège et Charleroi, en revan­che, les « grands » clandestins étaient bien diffusés, mais que savaient-ils, que disaient-ils ?

(p.335) Paul Struye, cet observateur sagace, nous heurte un peu lorsqu'il date du 1er décembre 1942 des observations sans aucun doute pertinentes, mais qui paraissent avoir été écrites quelques mois plus tôt : « Certes, on les tenait (ces mesures anti-juives) pour injustes. Mais dans l'ensemble, on y demeurait assez indifférent. Le Belge moyen n'admet assurément pas qu'on persécute une catégorie de citoyens pour des raisons d'ordre racique ou religieux. Mais il est hors de doute qu'il « n'aime pas les Juifs » et qu'il existe, tout au moins à Bruxelles et plus encore à Anvers, ce qu'on pourrait appeler un antisémitisme modéré. Personne — ou à peu près — ne croit que les Juifs sont à la source de tous les maux dont souffre l'Europe, mais assez nombreux sont ceux qui estiment qu'il s'était créé en Belgique un problème juif et que des mesures étaient — ou seront — nécessaires pour éviter qu'il ne prenne un caractère aigu ». — Plus proches de l'événement puisqu'ils écrivent au jour le jour, Ooms et Delantsheere restent très évasifs et confondent les déportés avec les « autres Belges dont certains reviennent d'Allemagne, tuberculeux ou dans un état lamentable». A la date du 2 août 1942, leur indignation grandit: on les persécute, «on les contraints à émigrer, on les enfourne comme des esclaves dans des wagons à bestiaux » qui les transportent « vers des destinations inconnues où ils perdront sinon la vie du moins la santé... » Ils sont emportés par groupes «vers la résidence qu'on leur a assignée», vers une «misère morale», particulièrement en ce qui concerne «les jeunes filles»... — Les jeunes filles ! Nous allons les retrouver, ces malheureuses, dans le texte qui suit, et les gorges ne pourront que se serrer devant l'abîme d'incompréhension qui se creusait entre un niveau de civilisation considéré comme acquis, et l'ensauvagement des mœurs nouvelles. La Libre Belgique du 15 septembre 1942 commente la déportation. Après en avoir montré le caractère illégal (elle viole la Constitution, le Droit international et les promesses de l'occupant lui-même), l'auteur en condamne les modalités : « II est difficile à tout homme ayant gardé un tant soit peu le sens de sa dignité humaine de ne pas avoir un haut-le-cœur de dégoût devant ce retour à la barbarie... Comment juger ceux qui entassent, pêle-mêle, jeunes gens et jeunes filles dans des wagons à bestiaux, sans aucun souci de moralité élémentaire ? Quelle appréciation porter sur ceux qui arrachent une mère à ses enfants en bas âge, sans se préoccuper du sort de ces derniers, et cela uniquement parce qu'ils ont les cheveux noirs et le nez crochu ? » Et ces criminels « ont le culot de réclamer des colonies ! » Ils devraient être rééduqués « avant de pouvoir s'entretenir sur un pied d'égalité avec le reste de l'humanité». Mais pourquoi ces persécutions, se demande le journal ? Encore que partiellement juste, sa réponse ne va pas très loin. Un régime totalitaire se doit de détruire tout mouvement qui reconnaisse, « au-delà de l'Etat, une solidarité internationale quelconque ». Le sort des Juifs guette, par consé­quent, les francs-rrTaçons demain, et les chrétiens ensuite. Que de prêtres déjà arrêtés ou molestés ! Les Israélites ne forment que le premier maillon d'une chaîne, et voilà « pourquoi le problème juif doit être aujourd'hui à l'avant-plan de nos préoccupations». (Sans doute mais, remarquons-le, ce (p.336) clandestin n'y reviendra plus. Dans un tourbillon comme celui-là, une préoccupation chasse l'autre...).

Mêmes sursauts de dégoût, mais aussi d'ignorance et d'inadéquation, dans la presse clandestine bourgeoise de Liège. Déjà en avril 1942, Chur­chill Gazette s'était étonnée. C'est une «race forte», les Allemands de­vraient donc l'admirer. D'accord, leurs ancêtres sont responsables de la Crucifixion, mais Jésus ne leur a-t-il pas pardonné depuis longtemps? Cette étoile jaune serait un signe d'opprobre ? Retournons l'argument : saluons, plaignons et aidons ces victimes. — Viennent, en juillet, les déportations. « Respect aux persécutés ! » s'exclame le même auteur (août 1942). Ensuite, il essaie de réfléchir : Ces mesures « touchent coupables et innocents... S'il existe des coupables... qu'on les cite devant les tribunaux belges, qu'on les juge et qu'on les condamne ! Pas de châtiments collectifs ! Saluons-les, parce que nous avons des ennemis communs : l'Allemand et le collaborateur». — «Ce sont nos frères dans le malheur» (septembre 1942) — une appréciation qui sera confirmée, le mois suivant, par l'ordon­nance sur le travail obligatoire en Allemagne. Confirmée, certes, mais du même coup les Juifs sembleront, davantage encore, se diluer dans une persécution générale. — En parallèle, le Coq Victorieux réagit de la même façon. Déjà le titre de son article est significatif : « Les tribulations d'Israël». La fuite en Egypte, remarque-t-il, débouchait sur la liberté; aujourd'hui, c'est un «départ pour l'esclavage». Les Allemands s'atta­quent-ils aux « représentants de cette finance internationale » qu'ils vili­pendent ? Mais non : leurs victimes sont des modestes, des artisans, des petits commerçants. On viendra nous dire : ce sont des étrangers. Mais on ne les renvoie pas chez eux ! « On pourrait admettre, jusqu'à un certain point», qu'on expulse des étrangers. Encore faudrait-il que, «tout au moins», on les laisse libres d'emporter leurs biens, ou qu'on leur laisse le temps de les réaliser. En plus, de la part de nos «protecteurs», c'est imprudent, puisque cela provoque des réactions en faveur des persécutés. C'est inhumain et ce n'est pas juste : on sépare des familles et on prive des gens de leur légitime propriété. Un officier allemand aurait dit que ce serait «une mort sans blessure... vers des climats rigoureux de Pologne et d'Ukraine ». Ces crimes inspirent un « profond dégoût ». Hitler n'aurait-il pas eu de mère? (août 1942). — Quant au bon Van de Kerckhove, rédacteur de Chut !, on a vu plus haut qu'en retard de deux guerres, il en était encore aux voleurs de pendules et peu au fait des « progrès » réalisés depuis 1870. Il ne parle des Juifs qu'une seule fois, le 1er septembre 1942. La civilisation est « couverte de honte, écrit-il. Il ne s'agit pas de prendre parti pour l'antisémitisme ou contre le sémitisme, de peser les arguments en faveur ou en défaveur (de ce) peuple », mais de répondre à la question : « Le Juif est-il un homme comme vous et moi ? Oui ou non ? La réponse est, ne peut être que positive... On peut aimer les Juifs ou les détester, c'est affaire de sentiment. Le sentiment n'a pas de prise sur un principe. » Et l'objectif de cette déportation, comment l'imagine-t-il ? Les hommes au travail forcé, les femmes dans des camps ou des mines de sel, les filles pour

(p.337) le plaisir des soldats... — Encore un, parmi d'autres innombrables, qui attendra 1945 pour y voir plus clair...

Les déportations de l'été 1942 ont assurément suscité un intérêt indigné. Il se traduira par une pointe aiguë dans la courbe des mentions à découvrir dans la presse clandestine — ce qui ne veut pas dire, très loin de là et répétons-le, que tout le monde en parle. Il y a ceux qui ne voient rien du tout, et il y a ceux qui se contentent de signaler un fait épisodique : Le Bon Sens du 20 août 1942 relève l'arrestation d'une fillette rue de Flandre, à Bruxelles. Soit, sur la totalité de sa collection, 8 lignes sur 13,000. — Ou encore, comme le faisait déjà Bric à Brac en février 1942, on continue de joindre les Juifs aux autres persécutés. — L'allusion au déicide — pour réfuter l'argument, bien sûr — reparaît en novembre 1942 dans la Légion Noire : ceux qui font de l'antisémitisme à caractère religieux devraient se rappeler que tout ce que les textes liturgiques ont jamais demandé contre les Israélites, c'est «des prières». — Aussi faiblement informé que les autres, Demany n'en parle qu'en octobre 1942, mais à travers la déporta­tion des travailleurs belges : « On s'y attendait un peu. Les Boches s'étaient fait la main sur les Juifs. Les pogroms dans les quartiers Israélites, c'était la répétition générale. Car, quand Hitler fait de l'antisémitisme, c'est signe que quelque chose ne va pas dans le grand Reich. Et c'est pourquoi l'occupant vient de publier ses ordonnances sur le travail obligatoire. » Plus loin, il reproche à une dame juive de s'être suicidée : « Le geste de Mme Hirsch est tragique, mais il est inutile. Ce qui importe en ce moment, c'est de vivre, de vivre pour l'écrasement d'Hitler, le châtiment des traîtres, de vivre pour hâter notre libération » (Résistance, octobre 1942). — Le Pa­triote, de Forest, retourne l'argument : « Je n'ai rien ni pour ni contre les Juifs, et je ne crois pas me tromper si j'estime que la grosse majorité des Belges se trouvent dans les mêmes dispositions. Je suis le premier à reconnaître que les sémites possèdent quelques échantillons d'individus peu recommandables, mais... Notre pauvre Belgique a vu depuis le 10 mai 1940 le développement remarquable d'une faune immonde de reptiles baveux, plus connus sous les vocables de rexistes et de VNV. Ne devons-nous donc conclure que tous les Belges ne sont que d'affreuses canailles ? » Conclusion: aidons-les (2 novembre 1942). — «Boucs émissaires!» s'écrie Libération (FI). Les Juifs « sont déportés dans des camps de travail, à l'étranger». Après eux viendra le tour des officiers et des soldats, puis des jeunes classes, puis des organisations catholiques (juillet 1942). — La Meuse, elle aussi, se méfie de ce qu'elle considère comme une manœuvre de diversion : « II faut aider les Juifs. Il faut lutter contre l'occupant. — Le peuple de chez nous sait que les artisans de notre misère ne sont pas les Juifs, mais l'occupant et ses valets. Accordons notre soutien à toutes les victimes de l'oppresseur nazi mais sans distinction de catégories. Ne tom­bons pas dans le piège tendu » (août 1942). — Bec et Ongles consacre aux déportations vingt lignes sur douze pages, parle avec fureur de la « grande misère des Juifs... expédiés, c'est le mot, vers une destination inconnue... Une fois de plus, l'Allemand prouve qu'il ne respecte rien... Haine et (p.338) vengeance! Telle est, MM. les nazis, la moisson qui vous est promise» (août 1942).

Assez généralement, on fait surtout appel aux lois de l'humanité. « On déporte, on sépare les familles, écrit la Voix des Belges du 15 août 1942, et « tout fait prévoir que les souffrances des déportés seront bien plus grandes encore quand ils seront dans les lieux de travail forcé qui leur sont desti­nés ». — « On peut penser ce qu'on veut du rôle des Juifs, estime le Coup de Queue (Mons), les considérer comme dangereux pour la sécurité de l'Etat ou parfaitement inoffensifs, mais quel que soit le sentiment que l'on éprouve à leur endroit, il ne peut leur être infligé des traitements barbares, inhumains, qui en fassent des esclaves ou du vil bétail. Ce sont des hom­mes, faits comme les autres pour aimer, être heureux, vivre librement à la face de Dieu. » Hélas ! la morale nazie n'a que faire de ces évidences. Certains collabos, tel le quotidien Mons-Tournai du 1er août, poussent des cris de cannibales. Et ces Aryens « se prétendent seuls dignes du nom d'hommes. Ah ! les barbares ! » (août 1942). — Constatons que, depuis les communistes et trotskistes jusqu'à la droite bourgeoise, ce n'est qu'un cri de colère et d'indignation (du moins dans les feuilles qui en parlent), et cela dans les termes les plus durs. Toutefois, si le mot « extermination » appa­raît dans le Monde du Travail de février 1943, il est souvent associé à des rumeurs fausses ou douteuses, un peu comme si, pressentant la vérité, on cherchait des arguments pour l'établir avec certitude. — Une centaine de femmes et d'enfants auraient été gazés à Dusseldorf, nous apprend Chur­chill Gazette de janvier 1943. — Et le Monde du Travail assure que 200 cadavres auraient été brûlés au crématorium d'Uccle (février 1943). — Le Coq Victorieux croit savoir que des « milliers de Juifs, sans masques pro­tecteurs..., crèveraient en trois jours dans des mines de sel » (janvier 1943). — Libération (FI) attendra décembre 1943 pour affirmer l'existence d'une « campagne d'extermination des Juifs par les hitlériens, que des centaines de milliers sont tués par fusillades, asphyxie, injections mortelles, etc. », tandis que le même mois, son homonyme brabançon utilise le même mot, mais il le voit sous la forme d'« épuisants travaux forcés, nutrition insuffi­sante et bastonnades jusqu'à la mort». — En juillet-août 1943, le Coq Victorieux entame — avec quel retard ! — un reportage sur la caserne Dossin, tandis que Churchill Gazette, humour oblige, se livre au petit jeu des définitions : « Juifs. Race responsable de toutes les guerres et de tous les malheurs. Exemple : la Belgique a été envahie par les Juifs le 4 août 1914 et le 10 mai 1940» (mai 1943).

L'intérêt commençait à fléchir. Pour le ranimer temporairement, il fallut les rafles de Juifs belges, cette fois, en septembre 1943. Le Peuple signale : « Les Allemands ont repris la chasse aux Juifs. De nombreux Juifs belges ont été arrêtés ces dernières semaines (octobre 1943). — Fernand Demany se réveille : « Les persécutions contre les Juifs recommencent. A Bruxelles, les nazis ont arrêté une série de personnalités juives (Résistance du même mois). Les persécutions « recommençaient » ? Elles avaient donc cessé, une fois franchie la frontière belgo-allemande ? — Et à cette occasion, (p.339) la Légion Noire publie des commentaires comme toujours assez fortement « déphasés » : elle parle de mauvais traitements, de gardiens lâches qui, en plus, font signer à leurs victimes des attestations comme quoi elles n'ont subi aucun sévice et qu'elles se tairont sur les circonstances de leur internement (octobre 1943). — A rapprocher d'un article de L'Alouette, qui évoque l'« inconfort » et la « saleté » de la caserne Dossin, la discipline « prussienne » qui y règne (le mot est significatif !), la nourri­ture « insuffisante », les gardes-chiourmes qui volent les aliments apportés de l'extérieur (1er août 1943). On a parfois l'impression que cette presse patriote « imagine » des situations, mais qu'elle les imagine selon ses caté­gories à elle, qui sont loin de correspondre à celles de l'ennemi — d'où, nécessairement, une inadaptation. Sans être tout à fait adéquat, le Monde du Travail se rapproche davantage de la réalité lorsqu'il parle, « sans doute... de camps d'atrocité, antichambres pour d'épouvantables ago­nies... » (décembre 1943).

Chose étonnante, Front (FI) reprendra encore en mars 1944 une analyse pas bien différente de celle qu'on pouvait faire quatre ans plus tôt : la distinction entre assimilés de longue date, «Belges comme les autres», et les immigrés, « persécutés partout et depuis l'invasion aussi chez nous. Ils rêvent d'un foyer national en Palestine ou ailleurs et, en attendant, ils se cachent et combattent. » — De fait, en cette période ultime qui était devenue celle des rafles, des traques et des contrôles, trois sortes de Juifs subsistaient dans notre pays : les rescapés de l'AJB, tolérés parce qu'ils pourraient éventuellement servir, des dénonciateurs à la solde de la Ges­tapo et, Dieu merci, un nombre malgré tout appréciable de clandestins. Après octobre 1943, le thème redevient rarissime dans la presse patrioti­que. Le destin d'une toute petite minorité de la population a disparu dans les brumes de l'Est, chacun a d'autres soucis, plus personnels ou plus immédiatement contraignants. Loin des yeux...

 

Les frénétiques de la collaboration

 

Mais qu'en pensait-on, pendant ce temps-là, chez les tenants d'une politique de présence puis, dans l'autre bord, celui de la collaboration et du collaborationnisme ? Chose remarquable, une politique de présence, re­présentée par des quotidiens d'information, neutres et prudents, se main­tint jusqu'au bout en pays flamand. L'exemple le plus caractéristique nous est donné par YAlgemeen Nieuws, version camouflée du catholique Stan-daard que l'épiscopat encourageait pour ne pas laisser le champ libre aux séparatistes et aux païens — et qu'après la Libération le même épiscopat réussirait à sauver des poursuites de la justice militaire. Ce journal se contenta, sobrement, de remarquer le 31 mai 1942 qu'un Juif «sera toujours un Juif», qu'il porte une étoile ou non. — Het Vlaamsche Land, assez accessible aux thèmes « officiels», attendra jusqu'en août 1942 pour publier une série d'articles sur « La question juive sous l'angle catholique », (p.340) concluant que la religion ne pourrait que trouver profit (?) à l'exclusion des Israélites. — De bonne foi ou non, ce même organe écrira encore : « Le national-socialisme recherche à tous égards une solution humaine, qui devrait servir de leçon à nous-mêmes et au monde entier » (20 juillet 1944). — Côté francophone Le Soir, si prolixe et hargneux à l'époque de ses débuts, devenait à ce point de vue presque inexistant, de même que la Légia, où l'on ne retrouve plus que l'une ou l'autre petite remarque déplaisante. — Davantage encore que d'autres néerlandophones sous l'in­fluence de DeVlag et sous la plume du frénétique Ward Hermans, Gazet estimera dans un de ses ultimes numéros que Juifs ploutocrates et Juifs bolchévistes étant tous par vocation fauteurs de guerre, que l'Amérique ou la Russie l'emporte, en tout état de cause le malin Juif serait toujours du bon côté (2 juin et 21 août 1944). — Dans l'ensemble toutefois, le thème s'était dilué dans celui, plus vaste, d'une civilisation chrétienne menacée par le capitalisme et le marxisme, paradoxalement unis (Volk en Staat, 16-17 janvier 1944).

Ce qui nous mène au VNV, enfermé dans l'impasse d'un nationalisme flamand qu'il espère (ou que, de plus en plus, il feint d'espérer) réaliser dans le cadre de bonnes relations avec l'occupant. Volk en Staat se tient sur une réserve qu'un rapport de la Propaganda-Abteilung, daté de juin 1943, semble à la fois comprendre et regretter. La collaboration « modérée » était submergée de matériel de propagande, mais rien ne l'obligeait à l'utiliser, et elle l'utilisa peu : pour des raisons peut-être en partie honora­bles, l'administration militaire considérait sans doute que ce silence pou­vait avoir des côtés positifs — c'est-à-dire favorables à la paix intérieure et au camouflage qu'il importait de préserver.

Mais — refrain — il y avait la Militärverwaltung, et d'autre part la SS. Bien que désormais totalement inféodé à celle-ci, le Pays Réel essayait de toucher (sans y arriver le moins du monde) un plus large public, et il maintenait donc, parfois, une certaine couleur d'humanité. En témoigne par exemple (toutes proportions gardées !) son numéro du 9 avril 1943, où il s'indigne en apprenant que certaines commissions d'Assistance publique continuent de verser des secours à des Juifs, même étrangers. Certes, « la misère n'a pas de patrie», et nous-mêmes avons toujours fait preuve de solidarité humaine. Nous avons d'ailleurs été payés de retour, puisque l'Allemagne accueille nos enfants pour des vacances de grand air. Mais : « Les épreuves qui frappent aujourd'hui les Juifs sont méritées parce que ce peuple, par son action néfaste dans le domaine international comme dans la vie interne des peuples, a fait tout pour précipiter l'humanité dans la guerre et dans les misères morales et matérielles. Le Juif a voulu la guerre... et aujourd'hui encore, veille à ce que cette guerre perdure (sic) le plus longtemps possible. Que lui importent les souffrances des hommes, les détresses des foyers... Ce n'est pas le sang juif qui coule... Le Juif profite de la guerre (dans les pays alliés et, chez nous, en faisant du marché noir)... Qu'il y ait des Juifs malheureux, des Juifs éprouvés par la maladie, par la misère, nous voulons le croire, et nous ne serons jamais de ceux qui (p.341) s'opposeront à ce que remède soit apporté à ces cas exceptionnels. » Mais n'ont-ils pas, depuis le texte paru au Moniteur belge du 21 mars 1942 leur propre Association, expressément chargée de leur assistance ? Ils mange­raient donc à deux râteliers ? Le Christ l'a dit : on ne jette pas le pain des enfants aux chiens... « A l'heure où notre peuple souffre et où les efforts de tous les Belges sont nécessaires pour le sauver de la misère, on ne jette pas le pain des enfants belges aux chiens, ni aux Juifs ! »

Dans le rapport de la Propagande Abteilung évoqué plus haut 13, Rex, Algemeene SS (devenue Germaansche SS) et DeVlag étaient chaudement félicités. De fait, — encore un certain ésotérisme, que l'on peut opposer aux relatives prudences de la presse quotidienne — c'est dans leurs hebdo­madaires ou mensuels réservés à un noyau central de militants que l'antisé­mitisme se manifeste dans toute sa pureté. National-Socialisme, organe intérieur du mouvement rexiste était-il précisé, publie dans chacun de ses numéros une rubrique « Race » où l'accent est surtout porté sur la néces­saire harmonie qui règne entre un corps et une âme nordiques: le corps reflète l'âme et vice-versà, et voilà expliquée l'antipathie instinctive que nous éprouvons à l'égard des juifs, dont l'aspect extérieur trahit une mentalité qui nous est totalement étrangère. Le Juif est un taré, et les tares biologiques empêchent l'épanouissement des valeurs spirituelles (novem­bre et mai 1943). — D'ailleurs, « le racisme est par soi-même essentielle­ment socialiste », puisque le mélange des races affaiblit la souche et empê­che l'éclosion des qualités morales (avril 1944). — Et d'appeler à la rescousse une citation de l'incontestable Henri Pirenne : « En dépit de la langue latine qu'ils ont conservée, les Wallons nous apparaissent dès le 5e siècle comme un peuple germanique» (février 1944). — Dans le dernier numéro (15 août 1944), la fureur antisoviétique se traduit par des chiffres attribuant à l'URSS 1,77 % de population juive, mais un cadre de diri­geants où cette infime minorité monopoliserait les postes à concurrence de 76 à 100 %...

Si, dans le parti rexiste, Léon Degrelle semblait plutôt se désintéresser de la question — il se réservait l'image héroïque du guerrier européen —, son bras droit Victor Matthys ne mâchait pas ses mots. Voici, d'après National-Socialisme de janvier 1943, des extraits du discours qu'il avait prononcé au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles le 25 octobre 1942 : « La révolution se fera, faut-il le dire, contre les Juifs à galette et contre ceux qui n'en ont pas. Lorsque nous agirons ce sera radical. Après huit jours il n'y aura plus de question juive dans le pays, parce qu'il n'y aura plus un Juif. — Cette question doit être envisagée d'une manière réaliste, sans l'ombre d'une sensiblerie ». — Que de souffrances ils nous ont infligées: les ban­quiers Franck et Barmat, l'« ersatz » de Juif Van Zeeland, Imianitoff qui voulait bolchéviser la médecine belge (note de l'auteur : il s'agit d'un faux

 

13 Rapport « Das Judentum in Belgien » (juin 1943), conservé à l'Instituut voor Oorlog-sdocumentatie d'Amsterdam et cité par E. De Bens : De Belgische dagbladpers onder duitse censuur, Kapellen 1973, pp. 468-469.

 

(p.342) médecin, attaché au cabinet de la Santé publique, condamné à la prison en 1939), les professions envahies... C'est bien tard qu'on leur a imposé l'étoile, « ces étoiles qui sont d'ailleurs devenues des étoiles filantes »... Ces deux guerres qu'ils ont voulues... Leur « littérature perverse »... Mais leur plus grand crime est sans doute d'avoir corrompu le socialisme, sain à l'époque de ses fondateurs aryens, ensuite réduit par eux à « un internatio­nalisme sans fondement dans le réel, vidé de sa véritable substance révolu­tionnaire... » — « Pas de pitié pour eux aujourd'hui malgré leur habileté à la susciter par leur pleurnicheries hypocrites chez les âmes émotives... Les mesures prises à leur égard sont extrêmement libérales. On leur a fait porter l'étoile, on les renvoie là d'où ils sont venus et on les fait travailler : quoi de plus logique et de plus humain ! » II ne reste qu'à les expulser jusqu'au dernier, y compris les officiers d'état-civil qui favorisent des accouplements monstrueux » (allusion à des mariages judéo-aryens de complaisance) : valets des Juifs, ils partiront avec les Juifs. »

On reste pantois devant cette logique paranoïaque, on en cherche les prémisses, et on trouve. Il est vrai que dans les années trente, d'assez nombreuses voix juives s'étaient élevées pour dénoncer les dangers qui menaçaient leur communauté en Allemagne, et il n'est que trop vrai que ces appels rendaient un son belliqueux très mal reçu par une opinion à peine sortie de l'affreuse guerre précédente, où chacun espéra, jusqu'à la dernière minute, voir sauver la paix. Les extraordinaires délires d'un L.F. Céline n'ont pas d'autre explication : cet homme d'extrême-gauche, paci­fiste absolu, croyait dur comme fer à l'existence d'un complot juif interna­tional : tuer des millions d'Aryens s'il le fallait, mais sauver 150000 Israélites allemands...

Le germanique flamand De SS Mon, lui, porte davantage l'accent sur deux thèmes : la nécessaire pureté de la race, et les dangers d'un métissage juif. Métissage voulu, d'ailleurs, et c'est une des armes que ce peuple a utilisées pour gagner « sa » guerre et nous dénaturer, affaiblir, pervertir et en fin de compte bolchéviser (6 février 1942). — L'iconographie est appelée à la rescousse. On met en regard deux portraits : le leader judéo-bolchevik dont le mufle respire la haine sauvage, l'ambition satanique, la volonté de domination hystériquement exacerbée, tandis que le visage aryen reflète l'esprit d'entreprise bâtisseur, l'intrépidité tranquille, la soli­dité des racines: une âme loyale et pure (11 avril 1942). — Les œuvres d'art en témoignent : un couple à la Arno Breker exprime « la plus noble grandeur » ; vu par un cubiste judéo-bolchevik, on n'y voit plus que « dégé­nérescence » et « insulte à la grandeur humaine » (23 mai 1943). — Pou­vons-nous livrer à ces germes de mort ce « sang nordique, héritage sacré » ? (8 août 1942). — La France l'a fait, pour son malheur. Grâce à ses origines franques, elle s'était placée à l'avant-garde de la civilisation : la voilà sur le déclin, irréversiblement métissée (13 septembre 1943). — D'ailleurs nous ne sommes pas antisémites, mais antijuifs. Les Arabes sont des sémites purs, donc respectables, ils se sont bien gardés, eux, de se mêler à un ramassis de bâtards dont la seule mission consiste à pourrir les autres (3  (p.343) avril 1943). — Une photo représente la cathédrale de Cologne bombar­dée : un « attentat juif » (18 septembre 1943). — Le dernier numéro, celui du 2 septembre 1944, publie un article sur la «Joyeuse entrée des Juifs à Paris ». Il traite du cours, favorable aux Américains, imposé par la mon­naie d'occupation. Les autres arguments ne valaient pas l'encre d'un com­mentaire, celui-ci mérite quelques mots, parce que le fait est peu connu ou oublié. Le gouvernement belge installé à Londres était resté pleinement dépositaire de la souveraineté nationale ; il fut traité de Puissance à Puis­sance par les Anglo-Américains. Bien différente était la position du géné­ral De Gaulle, puisqu'il n'était pas encore juridiquement reconnu. Les libérateurs débarquèrent donc dans un pays en principe du moins « oc­cupé», avec 80 milliards de faux francs que la Banque de France eut à racheter par la suite...

Enfin Balming, périodique de DeVlag se voulant culturel, nous mon­tre le beffroi de Bruges tendant les bras à celui de Dantzig et exalte le passé grand-germanique dans des articles qui sont loin d'être tous mauvais. Les mêmes poncifs antisémites sont ressassés d'un bout à l'autre ; l'inévitable Ward Hermans et un certain Emiel Francken s'y partagent la besogne.

Que penser de cet article de Cassandre, dû à la plume d'un fasciste italien, Massimo Rocca ? « Mais on ne martyrise pas les Israélites, on ne les prive pas de leur qualité d'hommes quand on les oblige à s'avouer et quand on les considère — sauf quelques exceptions individuelles — comme étran­gers à l'Europe, à son histoire et à son esprit ; quand on leur interdit une influence excessive sur la pensée, hors de proportion avec leur valeur et leur nombre ; quand on empêche leur mainmise sur l'économie et l'éduca­tion du pays, ainsi que toute participation à son gouvernement» (16 janvier 1944). Camouflage plus ou moins volontaire, sincérité relative, qui nous le dira ? Seule certitude : l'homme est sur la défensive. — Comme l'avait été De SS Man du 3 octobre 1942, rapportant que le curé d'un village flamand avait demandé « des prières pour nos frères juifs persécu­tés » : ce singulier prêtre « regretterait-il que le peuple élu de Dieu soit enfin obligé de travailler?».

On comprend qu'à partir de 1943, la SS ait tout misé sur Rex, la Germaansche SS et DeVlag : les deux premiers très peu nombreux et le troisième en apparence plus étoffé — mais que penser de ses chiffres énormément gonflés par l'adhésion obligatoire des travailleurs en Allema­gne, dont les cotisations étaient retenues d'office sur leurs salaires? Les précurseurs tel que René Lambrichts et le Dr. Ouwerx — nous parlerons de ce dernier plus loin — avaient été utiles, mais ils avaient fait leur temps. Pour mieux les contrôler, on fit pression sur Lambrichts pour qu'il intègre son groupe dans DeVlag, ce qu'il refusa ; Ouwerx se montra plus docile et se rapprocha de Rex. Mais ceci devient de la très petite histoire...

Pour la grande histoire en revanche, il reste l'exemple hallucinant d'un génocide bureaucratique, tel qu'ont pu le concevoir des cerveaux déshu­manisés par un raisonnement idéologique, et l'exécuter des hommes de main dans la discrétion d'un régime totalitaire. Le silence ne fut vraiment (p.344) brisé qu'en 1945. Au cours des années antérieures, ce silence du nazisme est bien compréhensible, mais on ne fréquente pas impunément un tel système — fût-ce pour le combattre. Le totalitarisme pourrit tout ce qui l'entoure, parce qu'il ne joue qu'en application de ses règles à lui. Resterait à expliquer un autre silence : celui du monde libre, de ses autorités politi­ques et morales, de ses mass média. Il y a moyen d'ailleurs, et d'une manière très convaincante. Mais ce n'est plus ici notre propos.

Un mot peut-être encore, qui nous fera redescendre dans un terre à terre immédiat et quotidien, d'autant plus significatif sans doute. Il n'est pas tout à fait exact de dire que les ondes londoniennes n'ont jamais mentionné le sujet. Titulaire d'une émission religieuse à la Radiodiffusion nationale belge (sous contrôle du gouvernement Pierlot), le Père Dantinne y consacra son émission du 13 février 1944 — nous disons bien : 1944. En termes que voici résumés. Les Juifs doivent être considérés par nous comme des frères et toutes les raisons de droit naturel, longuement déve­loppées, nous imposent ce devoir. Tout de même, il faut bien qu'on se pose la question, pourquoi leur histoire est-elle parsemée de malheurs ? La seule explication qui puisse venir à l'esprit, c'est qu'ils se sont rebellés contre le vrai Dieu. Et de conclure : la solution de leurs problèmes serait donc qu'avec le soutien de notre « charité compatissante », ils en arrivent à entrer dans la foi chrétienne 14. — Est-il monstrueux de supposer qu'en 1944, il devait encore y avoir infiniment plus de Belges pour approuver les analyses du Père Dantinne plutôt que celles de Rex ou DeVlag ?

 

14 CREHSGM. Fonds Inbel, n° 530.

 

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20:36 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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