26/08/2010

2.1 Manuel Abramowicz, Extrême-droite et antisémitisme en Belgique (1945-)

Abramowicz Manuel, Extrême-droite et antisémitisme en Belgique, De 1945 à nos jours, EVO 1993

 

 

Ansbert Kuyten (prêtre capucin), Jozef Hanssens (prêtere à pax Christi Anvers)

Préface

 

Comment cela a-t-il été possible ? la réponse fondamentale tient au problème du mal. Cela nous dépasse. Mais en même temps, il y a une réponse claire et nette : les gens au cœur droit n’ont pas réagi d’une manière adéquate aux premières insultes et aux premières attaques contre le peuple juif, à une époque où le nazisme commençait à s’organiser.

 

Plus jamais nous ne pouvons risquer qu’une telle terreur recommence contre le peuple juif. Pour cette raison, chaque forme d’antisémitisme doit être rejetée catégoriquement dès ses premières prémices.

 

 

Introduction

 

(p.7) Pourquoi un être antisémite ? Difficile interrogation. Pour Jean-Paul Sartre, "c'est un homme qui a peur. Non des Juifs, certes : de lui-même, de sa conscience, de sa liberté, de ses instincts, de ses res­ponsabilités, de la solitude, du changement, de la société et du monde; de tout sauf des Juifs. C'est un lâche qui ne veut pas s'avouer sa lâcheté; un assassin qui refoule et censure sa tendance au meurtre sans pouvoir la refréner et qui, pourtant, n'ose tuer qu'en effigie ou dans l'anonymat d'une foule; un mécontent qui n'ose se révolter de peur des conséquences de sa révolte. En adhérant à l'antisémitisme, il n'adopte pas simplement une opinion, il se choisit comme personne". Pour le philosophe français, "l'antisémitisme, en un mot, c'est la peur devant la condition humaine" i.

 

(p.9) Le rapprochement avec une certaine conception de la "Nation" déve­loppée jadis dans les plus sombres périodes de notre continent est démontré dans ce livre.

 

(p.12) La collaboration en Belgique concernait divers secteurs : écono­mique, culturel, politique et militaire. Pour le militaire, plus de 10.000 volontaires flamands et 8.000 wallons partirent, par exemple, pour le Front de l'Est combattre "la barbarie communiste" (sic) 2. Plus de deux pour-cent de Belges baignèrent dans la collaboration 3. A la Libération, les autorités légitimes rétablies demandèrent des comptes à ces traîtres.

 

(p.13) Le Standaard exprimait alors parfaitement ce sentiment. "Le pre­mier et le plus important remède au communisme est et doit être : la liquidation de la répression. La liquidation est un moyen positif : elle permet de renforcer nos forces anti-communistes de dizaines de mil­liers d'éléments de valeur", pouvait-on lire dans le journal catholique flamand en mars 1948. Un organe de presse qui n'hésita pas, en juillet 1950, à réclamer auprès de la police des étrangers l'expulsion du grou­pe de "Juifs, nègres et autre racaille" arrivé en Belgique afin d'aider la « subversion communiste ».

 

(p.19) Nier une réalité, certes embarrassante, voilà une stratégie maintes fois menée par l’ultra-droite ou les milieux nationaux-révolutionnaires pour pouvoir réhabiliter un passé des plus obscurs.

 

 

(p.22) •* 9 L'AGRA (Amis du Grand Reich allemand), également dénommé Mouvement Socialiste Wallon (MSW-AGRA), fut fondé à Liège en mars 1941 à l'instigation du Sicherheitsdienst (SD), le service de renseignement et de contre-rensei­gnement de la SS. Animé par des dissidents rexistes opposés à la conception de "Nation" du parti de Degrelle (qui prône, non l'annexion, mais la constitu­tion d'un Etat bourguignon indépendant du Reich), l'AGRA est caractérisé par des positions pan-germaniques. Son programme doctrinal se base sur l'idée d'une communauté ethnique wallonne, au nom de la race, intégrée au Reich nazi. Ce cercle culturel compte dans ses rangs une kyrielle de militants issus de la gauche révolutionnaire d'avant-guerre. L'AGRA, fort en 1942 de 2.500 adhérents (ils sont 1.500 en 1943 et 21 à la Libération), fut marqué par un antisémitisme exacerbé.

 

(p.25) DERIVE ANTISEMITE

Deux ans après la parution de son livre, Jo Gérard, journaliste au journal d'extrême-droite belge Europe Magazine, publia un article relati­visant le génocide hitlérien à rencontre des Juifs. Europe Magazine était lui aussi un fervent adepte de la dénonciation des complots fomentés par les "forces occultes". A d'autres moments, Jo Gérard se rendra responsable de nouveaux dérapages suscités par la fréquenta­tion d'un "univers intellectuel judéophobe". Il faut rappeller qu'il fut lié à la Jeunesse belge-Belgische jeugd qui apporta plus tard son soutien militant aux milieux maurrassiens bruxellois.

 

(p.26) Jo Gérard, compagnon de route de Paul Vanden Bœynants (futur pre­mier ministre, dirigeant du Parti Social Chrétien et président dans les années septante de sa fraction ultra-conservatrice, le CEPIC), ne peut pas être accusé d'antisémitisme patent (il est parfois même considéré comme étant un véritable philo-sémite !), mais doit être considéré comme une "victime" consciente du syndrome du complot. Un syndro­me qui désigne derrière chaque crise ou institutions politiques des forces occultes se trouvant là afin de s'approprier le pouvoir, forces de l'argent (le "capitalisme apatride" ou "cosmopolite", imagé par l'empire Rothschild) et forces idéologiques (les judéo-bolchévistes, les judéo-ploutocrates, etc.) manipulant des marionnettes (ici, pour l'Algérie, le général De Gaulle) à leur fin personnelle 9.

 

(p.27) / Jean Thiriart/

Le mouvement thiriartien ne fut pas idéologiquement marqué par un antisémitisme probant, malgré la présence dans ses sections de parti­sans anti-juifs et la rédaction de certains articles dans La Nation Européenne par Jean Thiriart lui-même, essentiellement autour de l'année 1967, après la défaite des armées coalisées arabes de la guer­re des Six jours. Dans les rangs des troupes de Thiriart, l'antisémitisme et toutes références au nazisme furent d'ailleurs prohibés... officielle­ment !. Ce qui n'empêcha pas des journalistes ou des chercheurs en sciences politiques d'accuser Thiriart d'antisémitisme larvé, comme nous allons le voir.

 

(p.35) Mouldi M'Barek, un Tunisien auteur d'une carte blanche écrivait dans le quotidien Le Soir du 26 mai 1986 : "L'extrême-droite occiden­tale comme l'intégrisme musulman, ces deux mouvements tirent leurs succès de la même plaie : la crise, et mènent le même combat : le retour aux valeurs traditionnelles, le rejet de l'autre et l'adhésion aux pulsions autoritaires et fanatiques".

 

(p.36) Israël, le foyer national des Juifs sionistes, est le premier Etat hébreu moderne. Le rassemblement unitaire des Juifs désireux d'y vivre. Une véritable concentration cosmopolite; tous les visages mon­diaux sont présents en Israël. La Diaspora toutefois reste mondiale, Israël ne regroupe qu'une minorité de Juifs. Et cependant dès sa nais­sance en 1948, cet Etat sera bien vite identifié à l'Etat DES Juifs. D'ailleurs, souvent le Juif ne sera plus défini comme "Juif", mais comme "israélien" ou "sioniste", métamorphose sémantique moderne

 

pouvant permettre une judéophobie constante et légendaire sous le couvert d'un antisionisme politique. Ce n'est plus le judaïsme ou les Juifs qui sont désignés dans les textes de propagande judéophobe mais les "sionistes", "l'internationale sioniste", "le pouvoir sioniste", "les lobbys sionistes"...

 

(p.40) En octobre 1990, le vice-président du Front National, Georges Demoulin, démissionna de son poste en compagnie de Roland Lemaigre, un militant d'origine juive. Ils dénoncèrent la présence constante au FN d'antisémites et de négationnistes. Pour sa part, le Conseil national de ce parti ethno-centriste, réuni le 12 octobre de la même année, exclura Georges Demoulin, pour avoir "tenu en privé des propos qui relèvent d'un antisémitisme primaire, viscéral, voir hystéroï-de"10. L'argument, bien entendu, est totalement faux, il s'agit d'un pré­texte pour devancer la démission de leur vice-président. Georges Demoulin sera d'ailleurs reconnu à plusieurs reprises comme étant un philosémite véritable, mais également un anti-arabe radical. L'analyse de l'affaire par le groupe néo-hitlérien l'Assaut, en relation avec les élé­ments philo-nazis du FN, est intéressante et démontre l'utilisation du terme "sioniste" afin de salir l'image des militants démissionnaires : "... Le récent départ en fanfare de deux militants du FN, sionistes acharnés, démontre que de pactiser avec cette sorte de gens est inuti­le et dommageable. Espérons que maintenent le FN va enfin et définiti­vement prendre une voie réellement nationaliste..." 11.

 

(p.59) Les négateurs, les prédateurs de la mémoire, nient la totalité  de la politique de la Solution finale, lees « révisionnistes »  veulent en minimiser la réalité.

 

(p.64) Mais dans son livre La Belgique sous l'occupation : 1940-1944, publié en 1984, Jo Gérard occulta les étapes de la déportation juive (25.257 personnes) et l'extermination des 24.052 Juifs de Belgique. Par contre, il dénonça avec indignation les bombardements de 1944 effectués par l'aviation alliée. Une erreur de taille pour un historien... Erreur assortie d'une certaine complaisance naïve pour les "thèses faurissoniennes" et le IIIe Reich?

 

(p.92) Nonobstant ces quelques exemples révélateurs, une autre globalisa­tion s'est faite dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Au lende­main de la libération des camps, l'extermination des Juifs d'Europe fut récupérée à des fins politiques ou religieuses. Pour l'Etat polonais stali­nien de l'après-guerre, la singularité juive fut occultée. Cette position de récupération idéologique fut identique à celle de certaines "fonda­tions de mémoire" dans une perspective anti-fasciste. L'Eglise de Pologne fera de même.

 

Auschwitz devint le lieu de toutes les convoitises, afin de récupérer la symbolique de celui-ci. Le pape Jean-Paul II, parti en 1979 en pèleri­nage dans ce haut lieu de la mort collective, encouragea les milieux ecclésiastiques désirant "christianiser" le génocide. Plus tard un carmel fut érigé dans l'ancien camp. C'est la récupération religieuse.

Autre globalisation, cette fois à des fins étatiques, celle opérée par l'Etat d'Israël. Un Etat, faut-il le rappeler, qui n'a pas été fondé à la suite du Judéocide, mais dont la découverte des camps de la mort pré­cipita le processus inévitable d'indépendance amorcé dès la fin du siècle dernier et renforcé avec la déclaration Balfour (1917).

Israël tente de centraliser la Mémoire du peuple Juif, d'être le dépo­sitaire de l'Histoire des victimes. L'Etat hébreu singularisera cette tra­gédie à sa création et, par la force des choses, confisquera la mémoire des Autres, celle des Juifs non sionistes, des Juifs communistes, des Juifs assimilés et de tous les autres "boucs émissaires" du système nazi.

 

(p.94) Faurisson ne fut jamais professeur d’histoire mais de littérature.

 

(p.122) TINTIN, DEGRELLE ET LES PIRATES...

Selon Léon Degrelle, le jeune reporter fut inspiré de son physique et de son dynamisme "rexiste" 3. Le "Beau Léon" conforte cette hypothèse aujourd'hui, allant jusqu'à affirmer : Tintin c'est moi 4. Il faut se souve­nir que le père de ce héros de la BD et le futur chef de REX étaient des amis de jeunesse dans les années trente, qui se sont rencontrés dans la salle de rédaction du quotidien catholique Le Vingtième siècle. Durant l'Occupation, Degrelle s'engagea militairement dans le soutien à l'Ordre Nouveau, Hergé le fit de manière plus culturelle. Ce dernier était alors l'auteur de caricatures antisémites 5. Degrelle affirma en 1988 : "II (Hergé, Ndla) est toujours resté un grand copain et, quand j'étais caché en Espagne ici après la guerre, il a continué à m'envoyer tous ses livres" 6. Cette relation entre le fùhrer belge et le dessinateur restera un sujet occulté et tabou de la biographie officielle.

Encline à la récupération à des fins bassement politiques, l'extrême-droite européenne prit durant les année quatre-vingts exemple sur Tintin et sa morale. Il représente pour ces "pirates" d'ultra-droite l'"homme blanc européen". Dans sa propagande, il ne sera pas rare de trouver des autocollants repiquant des dessins issus des aventures de Tintin 7. Ce jeune garçon blond deviendra, à l'insu de Hergé, une des coque­luches de la droite subversive...

 

Dans le domaine de la BD, nous pouvons encore citer les aventures des Schtroumpfs ainsi que celles de Tif et Tondu... dans lesquelles un antisémitisme sournois fut parfois développé. Le scénariste de bande dessinée Serge Algcet, co-fondateur en 1981 de la Chambre belge des experts en bande dessinée, est l'auteur de Front de l'Est, une BD élo-gieuse qui retrace T'épopée" de la "croisade des soldats perdus": les volontaires SS wallons. Elle fut publiée dans un souci historique, purement (p.123) motivée par une optique de réhabilitation des "croisés" partis combattre le "bolchévisme". Le texte d'introduction fait référence à trois sources : Guy Sajer, auteur du livre Le soldat oublié (Robert Laffont), feu Saint-Loup et Jean Mabire. Les deux derniers sont des écrivains clairement de "droite", spécialistes de la SS. Saint-Loup était un ancien volontaire français de ce corps d'élite. Mabire est l'un des intellectuels les plus en vue des "cercles" mystiques pré-chrétiens et ethniques. Tous deux apportèrent leur connaissance historique et doc­trinale à la Nouvelle Droite. Quant à Serge Algœt, il collabore depuis 1990 au National, le mensuel du Front National belge et serait proche, selon l'un de ses anciens vice-présidents, de l'amicale des "Bourguignons", regroupant des Wallons partis dans la SS sur le Front de l'Est...

20:33 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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