09/12/2011

Gaume / anti-Semitism in an old traditional song during the "trimazot" or "danse de la mariée"

In : Edmond P. Fouss, La Gaume, éd. Duculot, 1979, p.38-69

La Danse de la mariée

Elle se pratique encore dans quelques localités. Elle est intéressante à observer, étant sur le déclin, et on peut saisir sur le vif quelques causes responsables de la lente et fatale disparition d'une coutume très ancienne.

La danse de la mariée, c'est-à-dire de l'enfant de Marie, n'est pas une danse à proprement parler. C'est un pas grave, un va-et-vient, suivant un rythme adapté plus ou moins à la musique des paroles que chantonnent des enfants. Elle est connue en Champagne, dans la moitié sud de l'Ardenne luxembourgeoise, en Lorraine jusque dans les Vosges.

Elle porte aussi le nom de « trimazot » dans la région de Florenville. Des fillettes, des enfants n'ayant généralement pas fait leur première communion sont appelées trimousettes ou trimouzets.

Ces chants sont, pour l'essentiel des chansons de quête dont le pro­duit n'est pas destiné à être distribué entre les quêteuses mais uniquement à l'ornementation de l'autel de la Vierge.

Le curé Deldime, de Villers-la-Loue, a soigneusement noté les carac­téristiques de la chanson vers 1880 et c'est cette version (elles sont nombreuses et diffèrent dans les détails d'un village à l'autre) que l'on donne ci-après.

La petite mariée est vêtue de blanc, des rubans serpentent sur sa robe, elle porte sur la tête une couronne, à la main, un bouquet. C'est une petite reine qui a pour cortège une troupe de jeunes compagnes, ravissantes comme elle. Tous les dimanches du mois de mai, après-midi on les voit parcourir les rues du village et aller de maison en maison.

(p.54)

Elles ont une formule pour demander à être introduites.

« Désirez-vous voir danser la mariée ? » Il est rare qu'un refus soit la réponse à la demande.

Les enfants sont admis, le cortège s'écarte en forme de cercle autour de la danseuse ; le chant commence. Pendant l'exécution, la mariée se promène lentement au milieu du groupe, prend l'air le plus modeste, tenant le bouquet élevé.

1.    Jésus s'en va parmi les champs (bis)

Sa mère le suit tremblant,  Jésus

Sainte-Marie mère de Dieu Jésus

2.     Sa mère le suit tout en pleurant (bis)

Où allez-vous mon bel enfant Jésus ?

Sainte-Marie mère de Dieu Jésus

3.     Où allez-vous mon bel enfant (bis)

Je m'en vais à Jérusalem Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

4.     N'y allez pas mon bel enfant (bis)

Car les Juifs vous trahiront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

5.     Car les Juifs vous trahiront (bis)

Couronné d'épines vous mettront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

6.     Couronné d'épines ils vous mettront (bis)

A la croix ils vous cloueront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

7.    A la croix ils vous cloueront (bis)

Vos pieds, vos mains ils perceront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

8.     Vos pieds, vos mains ils perceront (bis)

Votre saint côté ils ouvriront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

9.     Votre saint côté ils ouvriront (bis)

Et votre sang ils verseront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

10.     Et votre sang ils verseront (bis)

Quatre petits anges le recueilleront Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

11.     Quatre petits anges le recueilleront (bis)

Dans un calice le mettront, Jésus

Sainte-Marie Mère de Dieu Jésus

12.     Dans un calice le mettront (bis)

En paradis le porteront Jésus

A Dieu le Père ils l'offriront.

(p.55) Quelques instants de silence.

 

Quand les enfants ont chanté le couplet final, une des grandes filles recueille les offrandes puis toutes ensemble entonnent le chant final et remercient le public.

« En vous remerciant Monsieur (ou Madame) de vos bienfaits

Jusqu'à présent, ce n'est pas pour nous que nous demandons,

C'est pour la Vierge et son Enfant

Vivez content

Vivez longtemps

Vivez aussi joyeusement

C'est le mai, c'est le mai,

C'est le joli mois de mai. »

Le cantique achevé, la mariée fait une gracieuse révérence aux per­sonnes présentes. On lui remet alors les offrandes en argent, qu'elle ou une de ses compagnes place avec dignité dans une bourse attachée à sa ceinture. Et du coin de l'oeil elle saura surveiller la générosité de cha­cun.

A noter encore qu'au Pays de Florenville (Sainte-Cécile et Fontenoille), la demande de pouvoir chanter le cantique est exprimée par ces paroles :

« Madame, pouvons-nous faire le trimousèt ? »

La signification de ce terme est obscur. On s'accorde cependant à trouver dans le terme une parenté avec « Mazé » (rameau).

Les variantes des couplets récents proviennent du fait que les reli­gieuses s'occupant du maintien de la tradition ont essayé de mettre un peu plus d'originalité ou de littérature dans les figures du texte.

La coutume est perdue dans de nombreux villages. Les vêpres sont supprimés, les parents, possédant une automobile s'en vont en excur­sion en famille dès les premiers beaux jours de mai. D'autre part, préci­sément en raison de la circulation de plus en plus intense sur les routes, les petites filles exécutant leur va-et-vient devant les maisons, sur les chemins, ne se sentant plus en sécurité, les parents ont fait valoir de légitimes objections et la charmante tradition en a pâti !

22:43 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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