21/10/2015

Le Collège St-Michel (Bruxelles) tolère l'antisémitisme (in: UBU, 23/05/2013)

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Jamal Ikazban (PS), antisémite (in: UBU, 14/03/2013)

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Véronique De Keyser (députée européenne PS et antisémite) (in: UBU, 23/05/2013)

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antisémitisme banalisé dans un athénée de Schaarbeek (in: UBU, 17/01/2013)

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Le PTB, parti antisémite (in: UBU, 08/05/2013)

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Des antisémites au conseil communal de Liège (in: UBU, 08/05/2013)

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in: Abramowicz Manuel, Extrême-droite et antisémitisme en belgique, De 1945 à nos jours, EVO 1993

Abramowicz Manuel, Extrême-droite et antisémitisme en belgique, De 1945 à nos jours, EVO 1993

Ansbert Kuyten (prêtre capucin), Jozef Hanssens (prêtere à pax Christi Anvers)

Préface

Comment cela a-t-il été possible ? la réponse fondamentale tient au problème du mal. Cela nous dépasse. Mais en même temps, il y a une réponse claire et nette : les gens au cœur droit n’ont pas réagi d’une manière adéquate aux premières insultes et aux premières attaques contre le peuple juif, à une époque où le nazisme commençait à s’organiser.

Plus jamais nous ne pouvons risquer qu’une telle terreur recommence contre le peuple juif. Pour cette raison, chaque forme d’antisémitisme doit être rejetée catégoriquement dès ses premières prémices.

 

Introduction

(p.7) Pourquoi un être antisémite ? Difficile interrogation. Pour Jean-Paul Sartre, "c'est un homme qui a peur. Non des Juifs, certes : de lui-même, de sa conscience, de sa liberté, de ses instincts, de ses res­ponsabilités, de la solitude, du changement, de la société et du monde; de tout sauf des Juifs. C'est un lâche qui ne veut pas s'avouer sa lâcheté; un assassin qui refoule et censure sa tendance au meurtre sans pouvoir la refréner et qui, pourtant, n'ose tuer qu'en effigie ou dans l'anonymat d'une foule; un mécontent qui n'ose se révolter de peur des conséquences de sa révolte. En adhérant à l'antisémitisme, il n'adopte pas simplement une opinion, il se choisit comme personne". Pour le philosophe français, "l'antisémitisme, en un mot, c'est la peur devant la condition humaine" i.

(p.9) Le rapprochement avec une certaine conception de la "Nation" déve­loppée jadis dans les plus sombres périodes de notre continent est démontré dans ce livre.

(p.12) La collaboration en Belgique concernait divers secteurs : écono­mique, culturel, politique et militaire. Pour le militaire, plus de 10.000 volontaires flamands et 8.000 wallons partirent, par exemple, pour le Front de l'Est combattre "la barbarie communiste" (sic) 2. Plus de deux pour-cent de Belges baignèrent dans la collaboration 3. A la Libération, les autorités légitimes rétablies demandèrent des comptes à ces traîtres.

(p.13) Le Standaard exprimait alors parfaitement ce sentiment. "Le pre­mier et le plus important remède au communisme est et doit être : la liquidation de la répression. La liquidation est un moyen positif : elle permet de renforcer nos forces anti-communistes de dizaines de mil­liers d'éléments de valeur", pouvait-on lire dans le journal catholique flamand en mars 1948. Un organe de presse qui n'hésita pas, en juillet 1950, à réclamer auprès de la police des étrangers l'expulsion du grou­pe de "Juifs, nègres et autre racaille" arrivé en Belgique afin d'aider la « subversion communiste ».

(p.19) Nier une réalité, certes embarrassante, voilà une stratégie maintes fois menée par l’ultra-droite ou les milieux nationaux-révolutionnaires pour pouvoir réhabiliter un passé des plus obscurs.

(p.22) •* 9 L'AGRA (Amis du Grand Reich allemand), également dénommé Mouvement Socialiste Wallon (MSW-AGRA), fut fondé à Liège en mars 1941 à l'instigation du Sicherheitsdienst (SD), le service de renseignement et de contre-rensei­gnement de la SS. Animé par des dissidents rexistes opposés à la conception de "Nation" du parti de Degrelle (qui prône, non l'annexion, mais la constitu­tion d'un Etat bourguignon indépendant du Reich), l'AGRA est caractérisé par des positions pan-germaniques. Son programme doctrinal se base sur l'idée d'une communauté ethnique wallonne, au nom de la race, intégrée au Reich nazi. Ce cercle culturel compte dans ses rangs une kyrielle de militants issus de la gauche révolutionnaire d'avant-guerre. L'AGRA, fort en 1942 de 2.500 adhérents (ils sont 1.500 en 1943 et 21 à la Libération), fut marqué par un antisémitisme exacerbé.

 

(p.25) DERIVE ANTISEMITE

Deux ans après la parution de son livre, Jo Gérard, journaliste au journal d'extrême-droite belge Europe Magazine, publia un article relati­visant le génocide hitlérien à rencontre des Juifs. Europe Magazine était lui aussi un fervent adepte de la dénonciation des complots fomentés par les "forces occultes". A d'autres moments, Jo Gérard se rendra responsable de nouveaux dérapages suscités par la fréquenta­tion d'un "univers intellectuel judéophobe". Il faut rappeller qu'il fut lié à la Jeunesse belge-Belgische jeugd qui apporta plus tard son soutien militant aux milieux maurrassiens bruxellois.

(p.26) Jo Gérard, compagnon de route de Paul Vanden Bœynants (futur pre­mier ministre, dirigeant du Parti Social Chrétien et président dans les années septante de sa fraction ultra-conservatrice, le CEPIC), ne peut pas être accusé d'antisémitisme patent (il est parfois même considéré comme étant un véritable philo-sémite !), mais doit être considéré comme une "victime" consciente du syndrome du complot. Un syndro­me qui désigne derrière chaque crise ou institutions politiques des forces occultes se trouvant là afin de s'approprier le pouvoir, forces de l'argent (le "capitalisme apatride" ou "cosmopolite", imagé par l'empire Rothschild) et forces idéologiques (les judéo-bolchévistes, les judéo-ploutocrates, etc.) manipulant des marionnettes (ici, pour l'Algérie, le général De Gaulle) à leur fin personnelle 9.

 

(p.27) / Jean Thiriart/

Le mouvement thiriartien ne fut pas idéologiquement marqué par un antisémitisme probant, malgré la présence dans ses sections de parti­sans anti-juifs et la rédaction de certains articles dans La Nation Européenne par Jean Thiriart lui-même, essentiellement autour de l'année 1967, après la défaite des armées coalisées arabes de la guer­re des Six jours. Dans les rangs des troupes de Thiriart, l'antisémitisme et toutes références au nazisme furent d'ailleurs prohibés... officielle­ment !. Ce qui n'empêcha pas des journalistes ou des chercheurs en sciences politiques d'accuser Thiriart d'antisémitisme larvé, comme nous allons le voir.

 

(p.35) Mouldi M'Barek, un Tunisien auteur d'une carte blanche écrivait dans le quotidien Le Soir du 26 mai 1986 : "L'extrême-droite occiden­tale comme l'intégrisme musulman, ces deux mouvements tirent leurs succès de la même plaie : la crise, et mènent le même combat : le retour aux valeurs traditionnelles, le rejet de l'autre et l'adhésion aux pulsions autoritaires et fanatiques".

(p.36) Israël, le foyer national des Juifs sionistes, est le premier Etat hébreu moderne. Le rassemblement unitaire des Juifs désireux d'y vivre. Une véritable concentration cosmopolite; tous les visages mon­diaux sont présents en Israël. La Diaspora toutefois reste mondiale, Israël ne regroupe qu'une minorité de Juifs. Et cependant dès sa nais­sance en 1948, cet Etat sera bien vite identifié à l'Etat DES Juifs. D'ailleurs, souvent le Juif ne sera plus défini comme "Juif", mais comme "israélien" ou "sioniste", métamorphose sémantique moderne pouvant permettre une judéophobie constante et légendaire sous le couvert d'un antisionisme politique. Ce n'est plus le judaïsme ou les Juifs qui sont désignés dans les textes de propagande judéophobe mais les "sionistes", "l'internationale sioniste", "le pouvoir sioniste", "les lobbys sionistes"...

(p.40) En octobre 1990, le vice-président du Front National, Georges Demoulin, démissionna de son poste en compagnie de Roland Lemaigre, un militant d'origine juive. Ils dénoncèrent la présence constante au FN d'antisémites et de négationnistes. Pour sa part, le Conseil national de ce parti ethno-centriste, réuni le 12 octobre de la même année, exclura Georges Demoulin, pour avoir "tenu en privé des propos qui relèvent d'un antisémitisme primaire, viscéral, voir hystéroï-de"10. L'argument, bien entendu, est totalement faux, il s'agit d'un pré­texte pour devancer la démission de leur vice-président. Georges Demoulin sera d'ailleurs reconnu à plusieurs reprises comme étant un philosémite véritable, mais également un anti-arabe radical. L'analyse de l'affaire par le groupe néo-hitlérien l'Assaut, en relation avec les élé­ments philo-nazis du FN, est intéressante et démontre l'utilisation du terme "sioniste" afin de salir l'image des militants démissionnaires : "... Le récent départ en fanfare de deux militants du FN, sionistes acharnés, démontre que de pactiser avec cette sorte de gens est inuti­le et dommageable. Espérons que maintenent le FN va enfin et définiti­vement prendre une voie réellement nationaliste..." 11.

(p.59) Les négateurs, les prédateurs de la mémoire, nient la totalité  de la politique de la Solution finale, les « révisionnistes »  veulent en minimiser la réalité.

(p.64) Mais dans son livre La Belgique sous l'occupation : 1940-1944, publié en 1984, Jo Gérard occulta les étapes de la déportation juive (25.257 personnes) et l'extermination des 24.052 Juifs de Belgique. Par contre, il dénonça avec indignation les bombardements de 1944 effectués par l'aviation alliée. Une erreur de taille pour un historien... Erreur assortie d'une certaine complaisance naïve pour les "thèses faurissoniennes" et le IIIe Reich?

(p.92) Nonobstant ces quelques exemples révélateurs, une autre globalisa­tion s'est faite dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Au lende­main de la libération des camps, l'extermination des Juifs d'Europe fut récupérée à des fins politiques ou religieuses. Pour l'Etat polonais stali­nien de l'après-guerre, la singularité juive fut occultée. Cette position de récupération idéologique fut identique à celle de certaines "fonda­tions de mémoire" dans une perspective anti-fasciste. L'Eglise de Pologne fera de même.

Auschwitz devint le lieu de toutes les convoitises, afin de récupérer la symbolique de celui-ci. Le pape Jean-Paul II, parti en 1979 en pèleri­nage dans ce haut lieu de la mort collective, encouragea les milieux ecclésiastiques désirant "christianiser" le génocide. Plus tard un carmel fut érigé dans l'ancien camp. C'est la récupération religieuse.

Autre globalisation, cette fois à des fins étatiques, celle opérée par l'Etat d'Israël. Un Etat, faut-il le rappeler, qui n'a pas été fondé à la suite du Judéocide, mais dont la découverte des camps de la mort pré­cipita le processus inévitable d'indépendance amorcé dès la fin du siècle dernier et renforcé avec la déclaration Balfour (1917).

Israël tente de centraliser la Mémoire du peuple Juif, d'être le dépo­sitaire de l'Histoire des victimes. L'Etat hébreu singularisera cette tra­gédie à sa création et, par la force des choses, confisquera la mémoire des Autres, celle des Juifs non sionistes, des Juifs communistes, des Juifs assimilés et de tous les autres "boucs émissaires" du système nazi.

(p.94) Faurisson ne fut jamais professeur d’histoire mais de littérature.

 

(p.122) TINTIN, DEGRELLE ET LES PIRATES...

Selon Léon Degrelle, le jeune reporter fut inspiré de son physique et de son dynamisme "rexiste" 3. Le "Beau Léon" conforte cette hypothèse aujourd'hui, allant jusqu'à affirmer : Tintin c'est moi 4. Il faut se souve­nir que le père de ce héros de la BD et le futur chef de REX étaient des amis de jeunesse dans les années trente, qui se sont rencontrés dans la salle de rédaction du quotidien catholique Le Vingtième siècle. Durant l'Occupation, Degrelle s'engagea militairement dans le soutien à l'Ordre Nouveau, Hergé le fit de manière plus culturelle. Ce dernier était alors l'auteur de caricatures antisémites 5. Degrelle affirma en 1988 : "II (Hergé, Ndla) est toujours resté un grand copain et, quand j'étais caché en Espagne ici après la guerre, il a continué à m'envoyer tous ses livres" 6. Cette relation entre le fùhrer belge et le dessinateur restera un sujet occulté et tabou de la biographie officielle.

Encline à la récupération à des fins bassement politiques, l'extrême-droite européenne prit durant les année quatre-vingts exemple sur Tintin et sa morale. Il représente pour ces "pirates" d'ultra-droite l'"homme blanc européen". Dans sa propagande, il ne sera pas rare de trouver des autocollants repiquant des dessins issus des aventures de Tintin 7. Ce jeune garçon blond deviendra, à l'insu de Hergé, une des coque­luches de la droite subversive...

Dans le domaine de la BD, nous pouvons encore citer les aventures des Schtroumpfs ainsi que celles de Tif et Tondu... dans lesquelles un antisémitisme sournois fut parfois développé. Le scénariste de bande dessinée Serge Algcet, co-fondateur en 1981 de la Chambre belge des experts en bande dessinée, est l'auteur de Front de l'Est, une BD élo-gieuse qui retrace T'épopée" de la "croisade des soldats perdus": les volontaires SS wallons. Elle fut publiée dans un souci historique, purement (p.123) motivée par une optique de réhabilitation des "croisés" partis combattre le "bolchévisme". Le texte d'introduction fait référence à trois sources : Guy Sajer, auteur du livre Le soldat oublié (Robert Laffont), feu Saint-Loup et Jean Mabire. Les deux derniers sont des écrivains clairement de "droite", spécialistes de la SS. Saint-Loup était un ancien volontaire français de ce corps d'élite. Mabire est l'un des intellectuels les plus en vue des "cercles" mystiques pré-chrétiens et ethniques. Tous deux apportèrent leur connaissance historique et doc­trinale à la Nouvelle Droite. Quant à Serge Algœt, il collabore depuis 1990 au National, le mensuel du Front National belge et serait proche, selon l'un de ses anciens vice-présidents, de l'amicale des "Bourguignons", regroupant des Wallons partis dans la SS sur le Front de l'Est...

 

HONNEUR A EVOLA

Si la réhabilitation d'un certain passé se réalise de manière subtile dans des ouvrages de bandes dessinées, c'est surtout autour d'asso­ciations et de publications littéraires que cette manœuvre idéologique se produira. Inconnues du grand public, elles développent des ramifica­tions et des confluents non négligeables au sein de la périphérie des "écrivains de droite" et de leurs lecteurs. Objectif : réhabiliter, entre autres, la mémoire des auteurs bannis durant l'épuration pour faits de collaboration. Mais surtout accuser la démocratie de les avoir condam­nés. Ce sont des revanchards, n'ayant jamais oublié l'humiliation de la défaite de 1945.

Onze ans après la Libération, une revue intellectuelle fut fondée en Flandre. Elle se nomme Dietsland-Europa et s'inspira de Défense de l'Occident de Maurice Bardèche. L'un des fondateurs de la nouvelle publication flamande, Karel Dillen (son rédacteur en chef jusqu'en 1975), fut en 1952 le traducteur en néerlandais du premier livre néga-tionniste de Bardèche. Les initiateurs de Dietsland-Europa, comme les rédacteurs de Défense de l'Occident, s'inspirèrent d'un certain passé historique. Karel Dillen est un inconditionnel de Rudolf Hess et sa revue se revendique alors du solidarisme, un des leviers de la collabo­ration flamingante. Ce périodique doctrinal - édité par les nationalistes de Were Di - publia en 1985 un numéro spécial consacré à l'œuvre et à la personne de Julius Evola (1898-1975), un théoricien raciste italien proche de l'idéologie de la SS et qui resta actif après la guerre. Idéologue du courant "traditionnaliste-révolutionnaire", il devint une référence des nationalistes ethno-centristes purs et durs. Des articles du numéro de Dietsland-Europa, publiés dix ans après le décès du baron Evola, furent écrits par le sociologue flamand Piet Tommissen, l'un des premiers animateurs de la Nouvelle Droite en Belgique, (...)

 

(p.125) MON AMI BRASILLACH...

En 1948, un cercle militant de lecteurs, à vocation internationale, est fondé en Suisse romande afin de perpétuer le souvenir de l'écrivain fasciste Robert Brasillach (1909-1945), proche de Charles Maurras et fusillé à la Libération pour son ralliement au nazisme. Cette association dénommée les Amis de Robert Brasillach (ARB) reçut immédiatement le soutien décisif de Maurice Bardèche, le confrère et beau-frère de Brasillach, auteur en 1948 du premier document négationniste. Des cercles français et belges furent bien vite créés. En 1985, les ARB comptaient plus de 750 membres 9.

Le but de l'association était de "faire sortir de l'ombre l'œuvre de Brasillach" 10. Dans ce sens, un appel fut lancé. Jean Anouilh, Marcel Aymé, Jean de La Varende... y répondirent favorablement. Par la suite, on tenta d'interdire en France l'association et une interpellation parle­mentaire fut faite condamnant l'ARB pour reconstitution de ligue dis­soute (interdit par la Constitution française). Si ce collectif de lecteurs fut rapidement soutenu par toute une série de personnalités "- dédoua­nées d'une quelconque sympathie à l'égard du national-socialisme comme tel, l'association a toujours reçu le soutien militant de groupus­cules et de revues agressivement néo-fascistes racistes (Nouvel Ordre Européen, l'Œuvre française, Rivarol... ) et de la mouvance intégriste (Lectures françaises, Lecture et Tradition, Présent, etc.). Elle bénéficia du soutien du belge Emile Lecerf (NEM), de Benoist-Méchin, de la Maréchale Pétain, de Robert Poulet et de la Nouvelle Droite. En 1985, Bernard Antony, alias Romain Marie, adhéra aux ARB 12. Fondateur du quotidien Présent, Antony est le dirigeant de l'aile intégriste du Front National français. En 1990, l'association rendit un hommage (sous le titre "nos deuils") dans son bulletin de liaison à Arno Breker (le "sculp­teur du fùhrer"), à Pierre Gripari (intellectuel néo-droitiste aux propos antisémites) et à Saint-Loup (ex-SS français, un des idéologues de la Nouvelle Droite).

(p.126)

Le 6 février 1963, la section belge des ARB organisa une soirée de commémoration de la mort de Brasillach. Y étaient présents Maurice Bardeche, l'écrivain belge Pol Vandromme et les responsables du men­suel néo-nazi L'Europe Réelle13. Les ARB ne sont pas les seuls à com­mémorer l'anniversaire du décès de l'écrivain "naziphile". Le Cercle Franco-Hispanique, une officine politico-religieuse française disciple des pouvoirs franquiste et vichyste, organise chaque année à Paris une telle manifestation nostalgique. Des délégations belges s'y rendent régulièrement. Ce fut le cas de l'ancien VMO et du groupe l'Assaut. En 1991, ce dernier y était présent avec un ancien SS collaborateur au mensuel judéophobe Le Choc du Mois, le fils et la femme de Paul Touvier, deux élus du Front National, l'Association Nationale Pétain-Verdun et Pierre Sidos, le leader "antisioniste" de l'Œuvre française.

 

(p.127) BAGATELLE POUR CELINE

En 1979, trois admirateurs belges sans bornes de Louis-Ferdinand Céline fondèrent une association publiant La Revue célinienne. Devenant une "amie" de l'association des disciples de Brasillach, cette revue reçut un accueil des plus favorables auprès des cercles de la Nouvelle Droite. Le bulletin du GRECE-Belgique, dirigé par un maurras-sien de longue date, se félicita de l'apparition de La Revue célinienne. En 1982, ce périodique changea de nom, pour devenir Le Bulletin Célinien (BC), un mensuel confidentiel vendu exclusivement par abonne­ment. Tout ce qui est publié, écrit ou dit sur cet écrivain qui cultivait des sentiments judéophobes est mentionné, analysé et critiqué par le BC. Marc Laudelout en devint le dynamique directeur. Cet enseignant colla­bora au Nouvel Europe Magazine. A la même époque, un "LFC Club fut fondé à Liège et diffusa un catalogue Célinien.

 

(p.130) TEL L'AIGLE...

En 1974, une revue du nom d'Altaïr 23 fut fondée par Jean-Pierre Ham-blenne, un professeur de religion catholique à Namur, né en 1953, au­jourd'hui proche du culte orthodoxe. Son périodique

de "poésies et tradition" est diffusé en Belgique, en France, en Suisse et en Hollande à environ 250 exemplaires 24. Par la suite, le directeur de cette revue nationaliste mit sur pied les Editions Altaïr, afin de publier divers documents et pamphlets antisémites, intégristes et litté­raires.

Jean-Pierre Hamblenne fonda en 1983 une seconde revue, intitulée Les Amis de Paul Démulède, diffusée exclusivement en France, et consacrée à l'étude et à l'analyse des écrits littéraires de cet écrivain et homme politique partisan du putch contre le régime parlementaire en France. Paul Déroulède (1846-1914) fut l'une des références mar­quantes, mais peu connue, du nationalisme chauvin préfasciste d'outre-Quiévrain. Le numéro un des Amis de Paul Déroulède prit en exemple l'association des Amis de Robert Brasillach. Les ARB n'hésitè­rent jamais à citer les publications et la "bourse aux livres" de Jean-Pierre Hamblenne. Contrairement au Bulletin Célinien et aux Amis de Brasillach, la sensibilité politique de Hamblenne a toujours été claire­ment revendiquée.

(p.131) Militant d'extrême-droite de longue date, Jean-Pierre Hamblenne fut, en 1975, le responsable de la section belge de l'Union Universelle des Poètes et Ecrivains Catholiques (UUPEC), une officine intégriste menée par Mgr. Ducaud Bourget. Il côtoya la section du Tournaisis du CLAN (Cercle de Liaison et d'Action Nationaliste) à la fin des années septan­te, une structure idéologique influencée par la méthodologie élaborée par la Nouvelle Droite. Membre du comité d'honneur en 1981 de la sec­tion française du CEDADE (néo-hitlérien) avec Maurice Bardèche, Francis Dessart, Saint-Loup,... 25, il écrivit, ensuite dans L'Eveil nationa­liste, l'organe bruxellois du Mouvement Social Nationaliste, d'obédien­ce rexiste pro-lepéniste. En 1984, Jean-Pierre Hamblenne se rapprocha du Parti des Forces Nouvelles, pour s'occuper de la rubrique littéraire de son périodique de presse. Cette même année, le jeune activiste réédita le document Le Mensonge d'Auschwitz, traduit en français par Michel Caignet, l'ancien leader de la FANE et du Mouvement Euro­péen26. Hamblenne ne se limita pas à ce pamphlet falsificateur. Effectivement, dans la collection "L'Histoire vraie" des Editions Altaïr, il proposa en 1987 un opuscule niant le massacre perpétré par les nazis à Oradour-sur-Glane. Il est membre avec G.A. Amaudruz (NŒ), feu Saint-Loup... du comité de parrainage de la revue Militant, du Parti Nationaliste Français. En 1988, les Editions Altaïr éditèrent le manifes­te du Rassemblement d'Action pour la Renaissance Européenne (RARE), animé par des dissidents radicaux de la Nouvelle Droite, dont l'objectif était "l'organisation de la race blanche" et de son "bastion, l'Europe" 27. Jean-Pierre Hamblenne manifesta ouvertement ses sympa­thies pour la revue NS Euro-Forum (par la suite il fut régulièrement cité par L'Assaut, confectionné par des anciens de Euro-Forum ), le Vlaams Blok et les volontaires SS belges partis combattre sur le Front de l'Est.

 

(p.133) EN BON FRANÇAIS

L'extrême-droite est aussi représentée par des férus de textes litté­raires. Ils pavoisent au sein d'associations vouées au culte et à la mémoire d'"écrivains maudits", ceux qui mirent leur plume durant l'occupation au service de l'Ordre Nouveau nazi. Faisant fi de la propa­gande antisémite préparant la déportation vers l'Est et la Solution fina­le, ces auteurs de talent par la force des choses se sont rendus cou­pables, par leur complicité et leur judéophobie, du crime prémédité et collectif. Ceux qui veulent aujourd'hui excuser, amnistier et finalement justifier l'action de ces intellectuels durant cet épisode de la Deuxième Guerre mondiale, à leur tour, deviendront des thuriféraires du racisme politique. Et c'est le cas, puisque nous venons d'observer par l'étude de ces milieux intellectuels la présence singulière et constante d'acti­vistes néo-fascistes, nationaux-socialistes, négationnistes et bien entendu antisémites. Tout ceci, en très bon français...

 

(p.134) 15. Pol Vandromme est l'un de nos plus illustres essayistes et romanciers. Collaborateur journalistique de nombreuses publications grand public, Vandromme, auteur d'ouvrages sur Céline, Drieu la Rochelle, Maurras et du premier consacré à Brasillach, est qualifié d'"écrivain de droite" proche des milieux traditionnalistes. En 1976, il collabora à Item, une "revue d'opinion libre" avec Jean Mabire (spécialiste de la SS), Louis Pauwels (du Figaro, alors lié à la Nouvelle Droite), Jacques Ploncard d'Assac (ex-collabo, antisé­mite notoire), Alain Renault (responsable des Cahiers-Européens, du Front National et collaborateur lui aussi à Défense de l'Occident), Mgr. Lefebvre, Jean-Marie Le Pen... Mais Pol Vandromme est aussi l'auteur de critiques positives concernant des livres sur le génocide juif !

 

(p.135) 13. NOUVELLES CROISADES

La tradition antisémite, et plus particulièrement l'anti-judaïsme, s'exprimait voici peu dans des sermons chrétiens. L'histoire de la Chrétienté est assortie d'étapes s'arc-boutant sur une dérive dogma­tique -officielle- de rejet du peuple Juif. L'obscurantisme est alors à l'ordre du jour. Accusés du meurtre de Dieu, par la crucifixion de Jésus-Christ, les Juifs furent au cours des siècles expulsés et massacrés au nom de la croix. L'accusation de déicide sur le "grand frère" fut mainte­nue jusqu'il y a peu. En 1992, le Pape Jean-Paul II reconnaissait la non-responsabilité des Juifs dans le meurtre du "premier socialiste".

L'Eglise de Belgique, en matière de combat contre le fascisme, est exemplaire. Si le rexisme trouva son énergie de départ dans le monde catholique, très vite ce dernier devint un adversaire catégorique de Degrelle. Néanmoins, durant la guerre, une partie du clergé rejoignit les rangs de l'Ordre Nouveau, à l'ombre de la croix gammée; comme l'abbé Cyriel Verschaeven, continuellement adulé maintenant encore par des officines identitaires en liaison avec le Vlaams Blok. Autre cas, celui du père flamand initiateur de la collecte d'argent en 1985 pour le carmel d'Auschwitz. Accusé après la guerre de collaboration avec l'occupant nazi, il est maintenant soupçonné d'être lié à l'ultra-droite raciste. Son action consiste à christianiser l'image historique du génocide perpétré par le régime hitlérien, à occulter la singularité juive et par la force des choses, indirectement peut-être, à apporter sa pierre à l'édifice des thèses falsificatrices.

L"'Autre Eglise" fut l'honneur de la religion catholique. L'Eglise de la résistance contre le fanatisme politique. Celle qui sauva des milliers d'enfants, de femmes et d'hommes juifs pourchassés par les nazis et leurs lâches complices locaux. Des prêtres, des scouts, des religieuses et des paroissiens, au péril de leur vie, ont sauvé celle des victimes de l'idéologie raciste d'Hitler. Sans eux, le prix payé par le peuple juif aurait été bien plus terrible. L'action de Paix de toutes ces personnes ne pourra jamais être oubliée par leurs protégés et leurs descendants.

Mais les thèmes xénophobes (contraires à la Bible) pénètrent le monde catholique. En France plus particulièrement, puisque 25 % des catholiques pratiquants étaient prêts à voter en 1992 pour le Front National ±.

 

(p.143) L'intégrisme catholique enduit d'un vernis judéophobe et anti­judaïque est bel et bien récurrent, comme nous venons de l'étudier par cette radioscopie, mais son profil minoritaire -marginal- est caractéris­tique. Les antisémites chrétiens sont des racistes virulents, des parti­sans d'un pouvoir totalitaire, d'une Eglise isolationniste, des adver­saires de l'ouverture religieuse et de la diversité culturelle. Ce sont des "modernophobes". Par peur de l'évolution humaniste, ils rejettent l'Autre. Leur prochain...

 

(p.150) L'anti-judaïsme, synthétisé au rejet de la civilisation judéo-chrétien­ne dans son ensemble, des néo-païens et des nationaux-chrétiens inté­gristes est un avatar de plus (et un des premiers !) de l'antisémitisme moderne. Outre sa filiation au sein même de la doctrine philosophique SS, le paganisme germano-Scandinave raciste instrumentalisé par la (p.151) myriade d'organisations néo-nazies se rassemblant bi-annuellement afin de fêter les solstices est également vénéré par la Nouvelle Droite.

Cette religiosité politique s'alimente d'aspects anti-juifs complémen­taires, puisque beaucoup de néo-païens sont séduits par les autres cré­neaux antisémites. Ainsi, Le Partisan Européen (éditant le supplément Combat-Païen ) mettra en cause "... les mythes résistancialistes et exterminationistes sur lesquels s'appuie l'ordre établi (...) en Europe occidentale depuis 1945..." 6.

Les familles de l'ultra-droite révolutionnaire, conservatrice, contre-révolutionnaire, chrétienne, laïque ou païenne boivent en général l'eau de la même source...

11:00 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |