11/04/2010

2.1 Manuel Abramowicz (2)

HONNEUR A EVOLA

Si la réhabilitation d'un certain passé se réalise de manière subtile dans des ouvrages de bandes dessinées, c'est surtout autour d'asso­ciations et de publications littéraires que cette manœuvre idéologique se produira. Inconnues du grand public, elles développent des ramifica­tions et des confluents non négligeables au sein de la périphérie des "écrivains de droite" et de leurs lecteurs. Objectif : réhabiliter, entre autres, la mémoire des auteurs bannis durant l'épuration pour faits de collaboration. Mais surtout accuser la démocratie de les avoir condam­nés. Ce sont des revanchards, n'ayant jamais oublié l'humiliation de la défaite de 1945.

Onze ans après la Libération, une revue intellectuelle fut fondée en Flandre. Elle se nomme Dietsland-Europa et s'inspira de Défense de l'Occident de Maurice Bardèche. L'un des fondateurs de la nouvelle publication flamande, Karel Dillen (son rédacteur en chef jusqu'en 1975), fut en 1952 le traducteur en néerlandais du premier livre négationniste de Bardèche

 

Les initiateurs de Dietsland-Europa, comme les rédacteurs de Défense de l'Occident, s'inspirèrent d'un certain passé historique. Karel Dillen est un inconditionnel de Rudolf Hess et sa revue se revendique alors du solidarisme, un des leviers de la collabo­ration flamingante. Ce périodique doctrinal - édité par les nationalistes de Were Di - publia en 1985 un numéro spécial consacré à l'œuvre et à la personne de Julius Evola (1898-1975), un théoricien raciste italien proche de l'idéologie de la SS et qui resta actif après la guerre. Idéologue du courant "traditionnaliste-révolutionnaire", il devint une référence des nationalistes ethno-centristes purs et durs. Des articles du numéro de Dietsland-Europa, publiés dix ans après le décès du baron Evola, furent écrits par le sociologue flamand Piet Tommissen, l'un des premiers animateurs de la Nouvelle Droite en Belgique, (...)

 

(p.125) MON AMI BRASILLACH...

En 1948, un cercle militant de lecteurs, à vocation internationale, est fondé en Suisse romande afin de perpétuer le souvenir de l'écrivain fasciste Robert Brasillach (1909-1945), proche de Charles Maurras et fusillé à la Libération pour son ralliement au nazisme. Cette association dénommée les Amis de Robert Brasillach (ARB) reçut immédiatement le soutien décisif de Maurice Bardèche, le confrère et beau-frère de Brasillach, auteur en 1948 du premier document négationniste. Des cercles français et belges furent bien vite créés. En 1985, les ARB comptaient plus de 750 membres 9.

Le but de l'association était de "faire sortir de l'ombre l'œuvre de Brasillach" 10. Dans ce sens, un appel fut lancé. Jean Anouilh, Marcel Aymé, Jean de La Varende... y répondirent favorablement. Par la suite, on tenta d'interdire en France l'association et une interpellation parle­mentaire fut faite condamnant l'ARB pour reconstitution de ligue dis­soute (interdit par la Constitution française). Si ce collectif de lecteurs fut rapidement soutenu par toute une série de personnalités "- dédoua­nées d'une quelconque sympathie à l'égard du national-socialisme comme tel, l'association a toujours reçu le soutien militant de groupus­cules et de revues agressivement néo-fascistes racistes (Nouvel Ordre Européen, l'Œuvre française, Rivarol... ) et de la mouvance intégriste (Lectures françaises, Lecture et Tradition, Présent, etc.). Elle bénéficia du soutien du belge Emile Lecerf (NEM), de Benoist-Méchin, de la Maréchale Pétain, de Robert Poulet et de la Nouvelle Droite. En 1985, Bernard Antony, alias Romain Marie, adhéra aux ARB 12. Fondateur du quotidien Présent, Antony est le dirigeant de l'aile intégriste du Front National français. En 1990, l'association rendit un hommage (sous le titre "nos deuils") dans son bulletin de liaison à Arno Breker (le "sculp­teur du führer"), à Pierre Gripari (intellectuel néo-droitiste aux propos antisémites) et à Saint-Loup (ex-SS français, un des idéologues de la Nouvelle Droite).

(p.126)

Le 6 février 1963, la section belge des ARB organisa une soirée de commémoration de la mort de Brasillach. Y étaient présents Maurice Bardeche, l'écrivain belge Pol Vandromme et les responsables du men­suel néo-nazi L'Europe Réelle13. Les ARB ne sont pas les seuls à com­mémorer l'anniversaire du décès de l'écrivain "naziphile". Le Cercle Franco-Hispanique, une officine politico-religieuse française disciple des pouvoirs franquiste et vichyste, organise chaque année à Paris une telle manifestation nostalgique. Des délégations belges s'y rendent régulièrement. Ce fut le cas de l'ancien VMO et du groupe l'Assaut. En 1991, ce dernier y était présent avec un ancien SS collaborateur au mensuel judéophobe Le Choc du Mois, le fils et la femme de Paul Touvier, deux élus du Front National, l'Association Nationale Pétain-Verdun et Pierre Sidos, le leader "antisioniste" de l'Œuvre française.

 

(p.127) BAGATELLE POUR CELINE

 

En 1979, trois admirateurs belges sans bornes de Louis-Ferdinand Céline fondèrent une association publiant La Revue célinienne. Devenant une "amie" de l'association des disciples de Brasillach, cette revue reçut un accueil des plus favorables auprès des cercles de la Nouvelle Droite. Le bulletin du GRECE-Belgique, dirigé par un maurras-sien de longue date, se félicita de l'apparition de La Revue célinienne. En 1982, ce périodique changea de nom, pour devenir Le Bulletin Célinien (BC), un mensuel confidentiel vendu exclusivement par abonne­ment. Tout ce qui est publié, écrit ou dit sur cet écrivain qui cultivait des sentiments judéophobes est mentionné, analysé et critiqué par le BC. Marc Laudelout en devint le dynamique directeur. Cet enseignant colla­bora au Nouvel Europe Magazine. A la même époque, un "LFC Club fut fondé à Liège et diffusa un catalogue Célinien.

 

(p.130) TEL L'AIGLE...

En 1974, une revue du nom d'Altaïr 23 fut fondée par Jean-Pierre Hamblenne, un professeur de religion catholique à Namur, né en 1953, au­jourd'hui proche du culte orthodoxe. Son périodique

de "poésies et tradition" est diffusé en Belgique, en France, en Suisse et en Hollande à environ 250 exemplaires 24. Par la suite, le directeur de cette revue nationaliste mit sur pied les Editions Altaïr, afin de publier divers documents et pamphlets antisémites, intégristes et litté­raires.

 

 

Jean-Pierre Hamblenne fonda en 1983 une seconde revue, intitulée Les Amis de Paul Démulède, diffusée exclusivement en France, et consacrée à l'étude et à l'analyse des écrits littéraires de cet écrivain et homme politique partisan du putch contre le régime parlementaire en France. Paul Déroulède (1846-1914) fut l'une des références mar­quantes, mais peu connue, du nationalisme chauvin préfasciste d'outre-Quiévrain. Le numéro un des Amis de Paul Déroulède prit en exemple l'association des Amis de Robert Brasillach. Les ARB n'hésitè­rent jamais à citer les publications et la "bourse aux livres" de Jean-Pierre Hamblenne. Contrairement au Bulletin Célinien et aux Amis de Brasillach, la sensibilité politique de Hamblenne a toujours été claire­ment revendiquée.

(p.131) Militant d'extrême-droite de longue date, Jean-Pierre Hamblenne fut, en 1975, le responsable de la section belge de l'Union Universelle des Poètes et Ecrivains Catholiques (UUPEC), une officine intégriste menée par Mgr. Ducaud Bourget. Il côtoya la section du Tournaisis du CLAN (Cercle de Liaison et d'Action Nationaliste) à la fin des années septan­te, une structure idéologique influencée par la méthodologie élaborée par la Nouvelle Droite. Membre du comité d'honneur en 1981 de la sec­tion française du CEDADE (néo-hitlérien) avec Maurice Bardèche, Francis Dessart, Saint-Loup,... 25, il écrivit, ensuite dans L'Eveil nationa­liste, l'organe bruxellois du Mouvement Social Nationaliste, d'obédien­ce rexiste pro-lepéniste. En 1984, Jean-Pierre Hamblenne se rapprocha du Parti des Forces Nouvelles, pour s'occuper de la rubrique littéraire de son périodique de presse. Cette même année, le jeune activiste réédita le document Le Mensonge d'Auschwitz, traduit en français par Michel Caignet, l'ancien leader de la FANE et du Mouvement Euro­péen26. Hamblenne ne se limita pas à ce pamphlet falsificateur. Effectivement, dans la collection "L'Histoire vraie" des Editions Altaïr, il proposa en 1987 un opuscule niant le massacre perpétré par les nazis à Oradour-sur-Glane. Il est membre avec G.A. Amaudruz (NŒ), feu Saint-Loup... du comité de parrainage de la revue Militant, du Parti Nationaliste Français. En 1988, les Editions Altaïr éditèrent le manifes­te du Rassemblement d'Action pour la Renaissance Européenne (RARE), animé par des dissidents radicaux de la Nouvelle Droite, dont l'objectif était "l'organisation de la race blanche" et de son "bastion, l'Europe" 27. Jean-Pierre Hamblenne manifesta ouvertement ses sympa­thies pour la revue NS Euro-Forum (par la suite il fut régulièrement cité par L'Assaut, confectionné par des anciens de Euro-Forum ), le Vlaams Blok et les volontaires SS belges partis combattre sur le Front de l'Est.

 

(p.133) EN BON FRANÇAIS

L'extrême-droite est aussi représentée par des férus de textes litté­raires. Ils pavoisent au sein d'associations vouées au culte et à la mémoire d'"écrivains maudits", ceux qui mirent leur plume durant l'occupation au service de l'Ordre Nouveau nazi. Faisant fi de la propa­gande antisémite préparant la déportation vers l'Est et la Solution fina­le, ces auteurs de talent par la force des choses se sont rendus cou­pables, par leur complicité et leur judéophobie, du crime prémédité et collectif. Ceux qui veulent aujourd'hui excuser, amnistier et finalement justifier l'action de ces intellectuels durant cet épisode de la Deuxième Guerre mondiale, à leur tour, deviendront des thuriféraires du racisme politique. Et c'est le cas, puisque nous venons d'observer par l'étude de ces milieux intellectuels la présence singulière et constante d'acti­vistes néo-fascistes, nationaux-socialistes, négationnistes et bien entendu antisémites. Tout ceci, en très bon français...

 

(p.134) 15. Pol Vandromme est l'un de nos plus illustres essayistes et romanciers. Collaborateur journalistique de nombreuses publications grand public, Vandromme, auteur d'ouvrages sur Céline, Drieu la Rochelle, Maurras et du premier consacré à Brasillach, est qualifié d'"écrivain de droite" proche des milieux traditionnalistes. En 1976, il collabora à Item, une "revue d'opinion libre" avec Jean Mabire (spécialiste de la SS), Louis Pauwels (du Figaro, alors lié à la Nouvelle Droite), Jacques Ploncard d'Assac (ex-collabo, antisé­mite notoire), Alain Renault (responsable des Cahiers-Européens, du Front National et collaborateur lui aussi à Défense de l'Occident), Mgr. Lefebvre, Jean-Marie Le Pen... Mais Pol Vandromme est aussi l'auteur de critiques positives concernant des livres sur le génocide juif !

 

(p.135) 13. NOUVELLES CROISADES

La tradition antisémite, et plus particulièrement l'anti-judaïsme, s'exprimait voici peu dans des sermons chrétiens. L'histoire de la Chrétienté est assortie d'étapes s'arc-boutant sur une dérive dogma­tique -officielle- de rejet du peuple Juif. L'obscurantisme est alors à l'ordre du jour. Accusés du meurtre de Dieu, par la crucifixion de Jésus-Christ, les Juifs furent au cours des siècles expulsés et massacrés au nom de la croix. L'accusation de déicide sur le "grand frère" fut mainte­nue jusqu'il y a peu. En 1992, le Pape Jean-Paul II reconnaissait la non-responsabilité des Juifs dans le meurtre du "premier socialiste".

L'Eglise de Belgique, en matière de combat contre le fascisme, est exemplaire. Si le rexisme trouva son énergie de départ dans le monde catholique, très vite ce dernier devint un adversaire catégorique de Degrelle. Néanmoins, durant la guerre, une partie du clergé rejoignit les rangs de l'Ordre Nouveau, à l'ombre de la croix gammée; comme l'abbé Cyriel Verschaeven, continuellement adulé maintenant encore par des officines identitaires en liaison avec le Vlaams Blok. Autre cas, celui du père flamand initiateur de la collecte d'argent en 1985 pour le carmel d'Auschwitz. Accusé après la guerre de collaboration avec l'occupant nazi, il est maintenant soupçonné d'être lié à l'ultra-droite raciste. Son action consiste à christianiser l'image historique du génocide perpétré par le régime hitlérien, à occulter la singularité juive et par la force des choses, indirectement peut-être, à apporter sa pierre à l'édifice des thèses falsificatrices.

L"'Autre Eglise" fut l'honneur de la religion catholique. L'Eglise de la résistance contre le fanatisme politique. Celle qui sauva des milliers d'enfants, de femmes et d'hommes juifs pourchassés par les nazis et leurs lâches complices locaux. Des prêtres, des scouts, des religieuses et des paroissiens, au péril de leur vie, ont sauvé celle des victimes de l'idéologie raciste d'Hitler. Sans eux, le prix payé par le peuple juif aurait été bien plus terrible. L'action de Paix de toutes ces personnes ne pourra jamais être oubliée par leurs protégés et leurs descendants.

Mais les thèmes xénophobes (contraires à la Bible) pénètrent le monde catholique. En France plus particulièrement, puisque 25 % des catholiques pratiquants étaient prêts à voter en 1992 pour le Front National ±.

 

(p.143) L'intégrisme catholique enduit d'un vernis judéophobe et anti­judaïque est bel et bien récurrent, comme nous venons de l'étudier par cette radioscopie, mais son profil minoritaire -marginal- est caractéris­tique. Les antisémites chrétiens sont des racistes virulents, des parti­sans d'un pouvoir totalitaire, d'une Eglise isolationniste, des adver­saires de l'ouverture religieuse et de la diversité culturelle. Ce sont des "modernophobes". Par peur de l'évolution humaniste, ils rejettent l'Autre. Leur prochain...

 

(p.150) L'anti-judaïsme, synthétisé au rejet de la civilisation judéo-chrétien­ne dans son ensemble, des néo-païens et des nationaux-chrétiens inté­gristes est un avatar de plus (et un des premiers !) de l'antisémitisme moderne. Outre sa filiation au sein même de la doctrine philosophique SS, le paganisme germano-Scandinave raciste instrumentalisé par la (p.151) myriade d'organisations néo-nazies se rassemblant bi-annuellement afin de fêter les solstices est également vénéré par la Nouvelle Droite.

Cette religiosité politique s'alimente d'aspects anti-juifs complémen­taires, puisque beaucoup de néo-païens sont séduits par les autres cré­neaux antisémites. Ainsi, Le Partisan Européen (éditant le supplément Combat-Païen ) mettra en cause "... les mythes résistancialistes et exterminationistes sur lesquels s'appuie l'ordre établi (...) en Europe occidentale depuis 1945..." 6.

Les familles de l'ultra-droite révolutionnaire, conservatrice, contre-révolutionnaire, chrétienne, laïque ou païenne boivent en général l'eau de la même source...

 

 

 

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Simenon: anti-Semitic

In : labraiselg.blogspot.com/2009_05_01_archive.html

 

jeudi 14 mai 2009

Simenon : des penchants de droite ?

Pêché de jeunesse?
En 1920 Simenon a une rubrique fixe « Hors du poulailler » (de novembre 1919 à mai 1922), puis « Causons » (du 9 mai au 10 décembre 1922) dans « La Gazette de Liège », sous le pseudonyme Monsieur le Coq ou Georges Sim. dans ce cadre il publie, entre le 9 juin et le 13 octobre 1921, quinze articles sous le titre « Le Péril juif». Les sept premiers papiers paraissent de façon anonyme, mais les huit suivants sont signés « Georges Sim » et, à partir du dixième, leur auteur substitue avec franchise le je au nous.

Elles consistent souvent en des citations des Protocoles des Sages de Sion. Ce faux tsariste est largement popularisé aux Etats-Unis par Henry Ford. Sim cite le «banquier juif anglais » Ricardo et le « Juif allemand » Karl Marx comme les inspirateurs d’une « internationale de l’Or et du Sang ». Il est dans la droite ligne d’une tradition catholique belge qui entretenait un antisémitisme quasi institutionnel. L'intégralité de ces articles a été rassemblée par l'historien J-C Lemaire, dans « Simenon, jeune journaliste, Complexe, 240 pp., 2003). Lemaire a aussi un site internet intéressant. La biographie d’Assouline pompe d’ailleurs joyeusement et abondamment à cette source. Dans ‘Quand j’étais vieux’ Simenon écrit : « Hitler a dû parler des Juifs comme j’ai parlé mardi des staphylocoques dorés, parce qu’on lui demandait d’en parler et que, en apparence, c’était un bon sujet. Je suis persuadé qu’il ne se doutait pas qu’on le forcerait à y revenir et, en fin de compte, à tuer je ne sais combien de millions d’Israélites » (Didier Pasamonik, « J-C Lemaître, Simenon jeune journaliste, un anarchiste» conformiste » dans Regards, Editions Complexe)
Dans « crime impuni » de 1953, il réduit à ‘quelques dizaines de milliers ‘ d’individus les victimes de la shoah (JC Lemaire isbn 2-87027-952-3 1000-00237468-6 p55).
Danielle Bajomée directrice du "Centre d'études Georges Simenon" de l'Université de Liège parle d’une série de 17 articles pugnaces, radicalement et effroyablement antisémites... Pour Simenon, les Juifs sont souvent banquiers ou diamantaires, ils ont le nez crochu, les cheveux crépus et dégagent une odeur désagréable."
Extraits « Le Péril juif» signés par Sim(enon) :
- "Tout se tient, tout se précise dans ce mouvement néfaste qui menace le vieux monde : les Juifs, dans leur rage de destruction et aussi dans leur soif de gains, ont enfanté le bolchevisme. L'Allemagne s'en est servie pour affaiblir et réduire à merci un ennemi gênant..."
- "Les Catholiques seuls ont gardé leur indépendance et, avec les patriotes clairvoyants, ils restent les ennemis de l'idéal juif."
- "Ainsi, la pieuvre juive étend ses tentacules dans toutes les classes de la société, dans toutes les sphères où son influence ne tarde pas à se faire sentir. Et il en sera ainsi jusqu'à ce que le monde se décide enfin à réagir. À moins qu'alors, il ne soit trop tard."

 

Plus tard, Simenon présente ces articles comme un pêché de jeunesse. Dans une lettre adressée à Jean-Christophe Camus le 6 septembre 1985 : «Les deux ou trois articles que j’ai écrits sur Les Sages de Sion ne reflètent nullement ma pensée d’alors ni d’aujourd’hui. C’était une commande et j’étais bien obligé de l’accomplir. À la même époque, parmi les locataires polonais et russes de ma mère, il y en avait plus de la moitié de juifs avec qui je m’entendais parfaitement. Toute ma vie, j’ai eu des amis juifs, y compris le plus intime de tous, Pierre Lazareff. Je ne suis donc nullement antisémiste [sic] comme ces articles de commande pourraient le laisser penser » (Jean-Christophe Camus, Simenon avant Simenon. Les années de journalisme (1919-1922), op. cit., p. 7).
La Gazette de Liège dénonce le "sémite Blum"
Ceci dit, le problème n’est pas l’individu Simenon. La Gazette de Liège (aujourd’hui La Libre) était un journal influent, très proche du parti gouvernemental. En octobre 1936 encore la Gazette de Liège dénonce le "sémite Blum" et "l'équipe de métèques"qui dirige la France. Elle sera l'un des nombreux journaux conservateurs à reprendre les listes de Juifs haut placés publiées dans le journal d’extrême droite Gringoire.
Nous retrouverions d’ailleurs
les mêmes positions antisémites dans les textes du grand leader socialiste Destrée, si l’Institut du même nom n’avait pas soigneusement “épuré” les éditions actuelles de ces textes. Un nettoyage tellement bien fait qu’en 1995, la révélation de l'historien de l'ULB Jean-Philippe Schreiber fit l'effet d'une bombe : Jules Destrée a été un antisémite convaincu.
Sur l’antisémitisme de Jules Destrée et d’Edmond Picard, lire : SCHREIBER, Jean-Philippe : « Jules Destrée, entre Séparatisme et Nationalisme » (pp. 243-254), in MORELLI, Anne: « Les grands mythes de l’Histoire de Belgique de Flandre et de Wallonie », éditions EVO-Histoire, Bruxelles, 1995.
Ce “bagage intellectuel de l’époque” n’est évidemment pas une raison pour minimiser ces points de vue. D’autant plus qu'il y avait bien à l’époque des tendances politiques qui combattaient activement l’antisémitisme. Ironie de l’histoire: c’étaient surtout les bolcheviques qui ont évacué, ensemble avec le tsarisme, une tradition séculaire de pogroms contre les juifs. Justement ces bolcheviques que Simenon met sur le même tas que les juifs …
Simenon « persiste et signe » : Simenonlieu en de affaire Stavisky .

Dans son travail journalistique, Simenon reste bien sur une orbite de droite.
Fin 1933 Simenon se met dans la peau de Maigret, dans le cadre de
l’affaire Stavisky.
Cet escroc est un juif russe naturalisé français. Il est démasqué et se suicide. Quelques mois plus tard, le chef de la section financière du Parquet de la Seine, qui dirige l’enquête contre Stavisky, se suicide aussi. L’extrême droite profite de ces scandales pour déstabiliser le gouvernement et suggère qu’il s’agit d’assassinats. Simenon veut prouver ça aussi, et commence une enquête personnelle qui paraît en feuilleton au Paris Soir. Simenon n’arrive pas à prouver ses accusations; cette enquête lui mérité le surnom ‘Simenonlieu’. Cette campagne de haine débouche sur les émeutes antiparlementaires du 6 février 1934, avec15 morts et 2000 blessés. Le Syndicat des Journalistes fait une enquête sur les accusations comme quoi des fonctionnaires de la PJ et de la Sûreté auraient participé directement à l’enquête de Simenon
(Simenon, par Pierre Assouline, Julliard 1992).
Cette même année, Simenon entreprend un vaste tour d'Europe qui l'amène en Allemagne (où il croise Hitler dans un ascenseur), et en URSS. La rencontre dans un ascenseur lui donne assez de matière pour faire un article où il prétend avoir rencontré Hitler quatre fois au Kaisershof, quatre jours avant l’incendie du Reichstag. Ceci dit, son esprit de détective ne l’a pas lâché. Il explique comment Hitler et Goering ont tout mis en scène pour avoir un prétexte pour lancer la répression contre les communistes.
Ce détail est expliqué dans
«Voyages dans le Reich» d'Oliver Lubrich, un recueil de textes écrits par des écrivains et des journalistes occidentaux qui se sont trouvés en Allemagne entre 1933 et 1945. Simenon a déjà tout compris du régime et de son chef : «Hitler les a remis dans le rang. Il va les astiquer, leur redresser la tête, les mettre à neuf du haut en bas, ainsi que je les ai vus déferler, sûrs d'eux, confiants dans leur destinée et dans leurs caporaux, au long des rues en 1914.»
Simenon se rend aussi à Odessa. Ce corpus d’articles, intitulé ‘les Peuples qui ont faim’, constitue l’ébauche du roman ‘les Gens d’en face’ qu’il rédigera à l’issue de son voyage. Dans le roman, Simenon transpose son rapport conflictuel avec Sonia, une jeune guide de l’Intourist chargée par le Guépéou de contrôler ses allées et venues au pays des soviets.
Mais, exactement comme avec les articles antisémites dans la Gazette de Liège, le problème clef n’est pas la sympathie proHitler de Simenon. Paris-Soir est un des plus grands journaux français, et ce n’est pas d’extrême droite. C’est simplement un journal «qui est toujours du côté de celui qui a le pouvoir».
Ainsi, en 1937, le journal de Lazareff lance une série sur
« Les grands de ce monde dans l’intimité ».

Le numéro du 12 décembre est consacré à Adolf Hitler. Une photo nous montre le dictateur jouant avec son chien sur la terrasse de sa résidence de Berchtesgaden. Le récit explique que, « pour se distraire des soucis politiques, Adolf Hitler dessine des villes, visionne des films, écoute du Wagner, lit des romans policiers ». On le suit durant une journée, et l’on apprend, par exemple, que « sobre et frugal », il se nourrit de légumes, de laitages et de fruits.
Lazareff est peut être de droite, mais en 1940, il part pour les États-Unis et rejoint l’Office of War Information où il dirige les émissions à destination de l'Europe occupée. Simenon partira en 45, en raison des inquiétudes engendrées par sa situation en France pendant l’épuration : les contrats passés avec le cinéma sous l’occupation allemande pouvaient passer pour des actes de collaboration.
Ironie de l’histoire: le Commissariat aux questions juives exige une enquête sur ses origines. Un mois lui est accordé pour prouver, au moyen des actes de baptême de ses aïeux, son appartenance aryenne. La Gestapo classe le dossier sans suite, un peu vite peut être…
Les ancêtres de Simenon habitaient dans la rue des Petits Juifs

Dans une lettre du 5 mai 1983 Simenon écrit: «L’histoire de Vlijtingen est fort amusante et j’ignorais qu’il y avait plus de cinquante Simenon qui y étaient enterrés mais je n’ai aucune envie de les y rejoindre. Le plus drôle, c’est la rue des Petits Juifs que des ancêtres ont habitée. J’apprends aussi que Simenon signifie ‘le Petit Simon’, de Simon le Zélote. Quant à moi, bien qu’il y ait eu des juifs dans mes ancêtres, cela ne me gêne pas du tout. Le Christ l’était bien lui aussi, de même que la Vierge et que tous les apôtres »
(Lettre signée, en-tête imp. «Secrétariat de Georges Simenon, ‘à Pierre Deligny, 5 mai 1983)
Pétain enlèvera la nationalité française à l’ami juif de Simenon, Pierre Lazareff de France Soir… Tandis que, sous l’occupation, Simenon vend ses droits d’auteur à la firme Continental Films, créée le 3 octobre 1940 par les allemands. En 1942 Continental lance trois films du commissaire Maigret: « Signé Picpus », « Cécile est morte » et « Les Caves du Majestic ». Ces films sortent seulement en octobre 1945.
En juin 1943, il reçoit sans antipathie affichée le correspondant du journal collaborationniste liégeois La Légia. Il se laisse photographier la pipe en bouche ou occupé à soigner ses melons. La Légia lui réserve l’honneur de sa « une » les 19-20, 21 et 23 juin 1943.Terre wallonne, l’hebdomadaire associé à La Légia, lui consacre un long entretien, mené par Théo Claskin, le 26 juin 1943 et reproduit quelques bonnes feuilles de Pedigree qui ne paraîtra en volume qu’en 1948.
Selon Claude Menguy,
(« Sélection d’interviews de Simenon », dans Cahiers Simenon, 3, 1989, p. 169) la « présence » littéraire de Simenon dans les organes de presse proches de Rex (L’Avenir, La Légia, Terre wallonne) a incité d’aucuns à supposer que notre auteur a donné des gages à cette faction radicale de la collaboration. La preuve tangible de cette allégeance n’a pas été apportée. Mais l’on est en droit de supposer légitimement que son frère Christian Simenon, responsable politique du mouvement, a facilité l’ouverture des colonnes des journaux rexistes à son frère.
Ceci dit, l’ouvrage posthume de DEGRELLE, Tintin, mon copain
(Klow, Syldavie, Ed. Pélican d’Or, 2001, 295 x 210, 232 p., nombr. reprod., couv. ill. 60 i)
comporte un chapitre intitulé «Le Rexiste Simenon» et reproduit une photo de Georges «dédicacée en 1939 au Pays réel». Maintenant, je n’oserais pas prétendre que cet écrit de Degrelle représente une preuve. C’est simplement un petit détail de l’histoire…
Toujours est-il qu’en 1945, "redoutant les cruautés de l’épuration sauvage, il ne songe plus qu’à quitter le territoire de la France métropolitaine et, dans cette attente, adopte un comportement quelque peu « approprié » aux circonstances : en février 1945,
il lit ostensiblement L’Humanité dans le but de laisser entendre qu’il est acquis aux idées des autorités publiques nouvellement en place".
Mais tout est bien qui finit bien : le 18 avril 1945, un tribunal de La Roche-sur-Yon (Vendée) le lave de tout soupçon de collaboration.
Au printemps 1945, alors qu’il séjourne quelque temps dans son appartement de la place des Vosges, qu’il voit son frère Christian, accusé d’avoir participé à l’expédition punitive de Rex contre les habitants de Courcelles en août 1944 et d’avoir vidé le chargeur de son arme sur le curé doyen de Charleroi, le chanoine Pierre Harmignie. Par souci de protéger son cadet contre les effets de la condamnation à mort par contumace prononcée par le Conseil de guerre ou pour éviter que son nom soit mêlé au souvenir de fautes bien plus graves que celles qui lui sont imputées par certains,
il conseille à Christian de s’engager, sous un nom d’emprunt, dans la Légion étrangère. Christian meurt sur la route coloniale 4 au Vietnam le 31/10/1947.
L’écrivain wallon Jean Louvet crée, pendant la grève générale 1960-1961, la troupe du Théâtre prolétarien de La Louvière. Il écrit en 1982 une pièce sur Julien Lahaut: « L’homme qui avait le soleil dans sa poche ». Il écrit en 1994 une pièce de théâtre « Simenon » qui décrit de manière poignante un dialogue entre les deux frères Simenon. Extraits

Simenon
Je n’ai jamais fait de politique.
en 40, en France, je me suis occupé des réfugiés belges.
Je me suis dépensé sans compter.
(on entend deux coups de feu. Un homme est abattu par les rexistes)
Simenon : assassins !
Christian Simenon : détrompe toi. Chacun à notre manière nous sommes des tueurs. N’oublie pas que nous devons prouver à la face du monde que nous sommes virils. Toi tu as trouvé la solution : tu écris. Moi, je n’ai pas ton talent. Nous ne sommes pas frères pour rien. Nous avons un point en commun : nous sommes contre la lutte des classes. Toi, le gros Maigret arrange tout. Puis, il va pêcher à la ligne et il pense à sa retraite…
(entre le curé doyen Pierre Harmegnie)
Simenon : je vous attends parfois le soir, à l’heure tardive.

Ce frère Christian est le grand absent dans le roman autobiographique « Pedigrée ». Mais pour cela il faudra attendre le blog suivant…

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Quand Simenon écrivait à propos du "péril Juif".

LePérilJuifSimenon

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Simenon et la mort de Stavisky

Simenon&Stavisky

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2009 - LSM 24/01 - Gaza "Judenrein"

in : ISM, 24/01/2009

 

Sur votre éditorial "Massacre et hypocrisie"

 

«Votre éditorial "Massacre et hypocrisie" n'est qu'une analyse simpliste (...) Avec ses victimes, la guerre est toujours tragique. II n'y a pas de guerres propres. Néanmoins, vous qui critiquez, sans doute êtes-vous plus intelligent que les dirigeants israéliens, toutes tendances confondues y compris la gauche. Avez-vous une alternative plus pacifique pour arrêter les tirs de Grad et de Kassam qui pleuvent sur Israël? Ces tirs, depuis des années, terrorisent près d'un million d'Israéliens. Je voudrais aussi vous rappeler que le Hamas ne reconnaît ni Israël ni les accords signés par l'Autorité palestinienne. En plus de cela, Israël s'est retiré de la bande de Gaza qui est "Judenrein". Depuis ce retrait, le bombardement sur le sud d'Israël s'est intensifié. Que ferait la Belgique si près de 20% de sa population était en permanence terrorisée? Peut-être avez-vous des solutions miracles?»

 

Fam. S. P. (Anvers).

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Arel / Arlon (a synagogue since 1863)

ArelSynagoge1863

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2004 - LSM 04 - anti-Semitism in the Catholic church

2004LSM4

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